Economie

Peu de voitures vertes au catalogue

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Dossier Une offre en devenir et un coût global encore prohibitif obligent les véhicules à faible émission de C02 à jouer les seconds rôles sur le marché français.

Peu de voitures vertes au catalogue

 



Ecologistes et fondus d'automobile pourront-ils un jour monter dans la même voiture ? A en croire l'offre de véhicules propres présentée aux gestionnaires de flottes d'entreprise, la réponse est non ! Hausse du prix du carburant, nouvelle taxe sur les véhicules de société taxant les émissions de CO2, pression médiatique autour du réchauffement climatique... rien n'y fait. Les constructeurs préfèrent sortir de leurs cartons des motorisations essence ou Diesel moins gourmandes plutôt que des voitures vertes. « L'offre est quasi inexistante », confirme Thierry Dubois, le directeur d'Aon Auto (42 000 véhicules gérés), filiale de location longue durée de l'assureur éponyme.

Des solutions existent

Dénicher une automobile « environnementalement correcte » est, de fait, une gageure. L'an dernier, Nature et Découvertes a troqué ses 14 véhicules classiques pour des Toyota Prius (hybrides) et ne s'est vu proposer que trois modèles hybrides seulement par son prestataire. « Nous ressentons une demande pour ce type de véhicules mais nous n'en avons aucun à leur proposer. L'offre est trop limitée en termes de modèles, de carrosseries ou de marques pour être pertinente », regrette Jean-François Chanal, le président du syndicat national des loueurs de voitures longue durée (SNLVLD) et directeur général d'ALD Automotive, troisième loueur du marché avec 207 000 voitures gérées.

Des solutions existent pourtant. Trois offres technologiques (hybride, biocarburant et électrique) s'affrontent même sur ce qui reste encore un marché de niche. Les trois réunis n'ont pas vendu plus de 10 000 véhicules en France l'an dernier. Des faibles volumes essentiellement dus aux handicaps lourds que traînent ces solutions. Prenons l'hybride par exemple. Son coût global d'exploitation est de 10 % supérieur à celui d'un véhicule classique. « Le prix à l'achat est plus élevé essentiellement du fait des petits volumes écoulés », reconnaît Etienne Ruth, le directeur du développement durable de Nature et Découvertes. Cette solution, mixant moteur thermique et électrique, pâtit aussi de ses piètres performances sur les longues distances. « Si ces voitures sont très compétitives en ville et sur des trajets courts, dès que l'on roule en campagne ou sur autoroute, leur performance écologique est proche d'un Diesel », assure Jean-François Chanal, d'ALD Automotive.

Il n'y a que 24 pompes au bioéthanol en france !

Les biocarburants (bioéthanol E85, biodiesel B30...) ont un peu plus le vent en poupe. Cette technologie semble a priori plus souple. Elle permet de mixer essence et bioéthanol ou biodiesel au gré des besoins. Problème : dans les faits, si le premier carburant est facile à dénicher, faire le plein du second relève du parcours du combattant. Seules 24 pompes au bioéthanol (sur 13 000 stations essence) sont disponibles en France. Autant dire que pour un commercial qui parcourt 30 000 km par an, ce réseau de distribution est loin d'être pertinent. De plus, « aujourd'hui, nous ignorons totalement quel sera le niveau de revente de ces véhicules », complète Dominique Prieto, le chef du marketing de Diac Location.

Nature et Découvertes hybride son parc

Chantre du développement durable, Nature et Découvertes (153 millions de chiffre d'affaires, 969 salariés) a converti récemment son parc automobile à l'écolo attitude. Depuis l'an dernier, l'ensemble de sa flotte - jusque-là composée de 14 véhicules classiques - s'est teintée de vert en adoptant unilatéralement une voiture hybride. Surcoût de l'opération ? « Notre budget a grimpé de 10 % par rapport à notre ancien parc », précise Etienne Ruth, le directeur du développement durable. Un engagement coûteux pour un choix limité. « Trois véhicules répondaient à nos critères en termes d'autonomie, de mobilité et de facilité d'utilisation », précise le dirigeant. Et si la Honda Civic a longtemps tenu la corde, c'est la Toyota Prius qui s'est imposée grâce à une meilleure habitabilité.


L'électrique, chère et peu endurante

Reste l'électrique, de loin la technologie la plus propre. Si La Poste y voit un moyen de locomotion d'avenir, elle se trouve bien esseulée. Et pour cause ! Aucune offre industrielle n'existe sur le marché faute d'une demande forte cô té client. Le coût également est prohibitif. Le directeur général délégué de La Poste, Raymond Redding, estimait, en lançant son appel d'offres (500 voitures), qu'un industriel proposant un véhicule 100 % électrique à un prix deux fois plus important qu'une voiture thermique serait pertinent. Non contente de saler l'addition, cette technologie se trouve être limitée en termes d'endurance. Si elle convient aux besoins de la plupart des tournées de courrier, son rayon d'action de 130 km est loin d'être suffisant pour la majorité des flottes automobiles (30 000 km par véhicule et par an). Ajoutons à cela que les seules offres disponibles sur le marché (la Cleanova de Heuliez et Dassault ou la Bluecar de Bolloré) en sont encore au stade du concept, et cette solution perd définitivement son attractivité.

Malgré ces handicaps, quelques loueurs, et leurs clients, tentent de relever le défi. Depuis 2006, GE Fleet Service (80 000 voitures gérées) a développé une politique proactive sur le front de l'écologie. Un responsable en interne a été nommé pour suivre cette thématique et, récemment, un outil, Visiocost, a été mis au point pour matérialiser le coût total d'exploitation d'un véhicule en tenant compte de l'impact de la TVS et de la défiscalisation. « Nous voulons démontrer à nos clients qu'il est possible de faire un parc plus propre avec des véhicules existants notamment l'hybride ou le diesel », confie Arnaud Müller, le directeur marketing de GE Fleet Services. ALD Automotive s'est aussi engagé dans cette voie. Le loueur teste, depuis l'an dernier, Cleanova. « Cela va nous permettre d'engranger une expérience sur le coût de la maintenance, la fiabilité des véhicules, leur autonomie », énumère Eric Trelet, son directeur commercial. le biocarburant a la faveur des constructeurs.

Du côté des constructeurs, le biocarburant reste le plus convoité. Ford et Saab ont tiré les premiers avec une gamme de véhicules assez restreinte. Renault prévoit de lancer une Mégane biocarburant en juin et Peugeot devrait lui emboîter le pas en juillet. La marque au losange se dit même prête à convertir du jour au lendemain l'ensemble de sa gamme à cette solution. Seule condition ? « Que les stations se mettent à la page », pointe Benoît Alleaume, le directeur des ventes flottes de Renault. Faute de pouvoir faire le plein, la révolution verte risque fort de rester au parking.

Thibaut De Jaegher


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