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Pétrole: le match des prévisionnistes

Myrtille Delamarche , ,

Publié le

D’un côté, l’Agence internationale de l'énergie, portant haut son annonce tant attendue par le secteur pétrolier mondial : la baisse de production américaine est enfin là. De l’autre, les analystes des banques d’investissement qui, douchant ce furtif espoir des pétroliers, annoncent un pétrole "moins cher, plus longtemps".

Si on en croit l’Agence internationale de l'énergie (AIE), ça y est. Les producteurs américains de pétrole de schiste ont renoncé à la croissance continue, confortant l’Arabie saoudite dans sa stratégie de maintien des volumes extraits pour conserver ses parts de marché, menacées par le futur exportateur américain. La production hors-Opep (comprenant les schistes américains) pourrait même baisser de 500 000 barils par jour en 2016, affirmait l’AIE le 11 septembre.

Pourtant, la baisse de production longtemps attendue chez le nouveau "swing producer", ou producteur d’ajustement du marché, n’a pas provoqué de hausse des prévisions de prix pour l’année à venir. Au contraire, Goldman Sachs publiait le même jour une note de son équipe d’analystes matières abaissant leurs prévisions de prix pour le WTI. Le baril de brut américain de référence coté à New-York vaudrait seulement 38 dollars en octobre 2015, 40 dollars dans 6 mois et 45 dollars en 2016 (contre 51 dollars précédemment).

Les pétroles de schiste plus résilients qu’attendu

Les prix bas, s’ils menacent des milliers de postes dans le secteur des hydrocarbures en mer du Nord, devront le rester longtemps pour que l’offre retombe au niveau de la demande. L’équipe Commodities research de Goldman Sachs n’écarte plus totalement la possibilité de voir le baril de WTI atteindre les 20 dollars.

Nous ne sommes pas encore dans le scénario d’un baril à 35 dollars pendant 6 mois, qui pousserait selon l’équipe de Jason Gilbert chez Goldman Sachs les producteurs d’huiles de schiste les plus endettés à multiplier les arrêts pour maintenance et provoquerait une inévitable restructuration. Et même cela n’y suffirait pas, puisque leurs meilleurs actifs seraient rachetés et la production relancée par des sociétés plus saines. Pour observer un réel effet sur le marché, il faudrait aussi que les compagnies pétrolières américaines les mieux portantes, qui produisent trois fois plus que celles qui sont déjà fragilisées, baissent leur production. Et cela n’arrivera que si les prix restent "très bas, très longtemps" (titre de la note de l’équipe de Jeffrey Currie).

La baisse de prix prévisible ne signifie en rien la mort des producteurs d'huiles de schiste. Car, contrairement à de nombreuses prévisions, ils parviennent encore à réduire leurs coûts. Selon Mike Wittner,  analyste de la Société générale Cross assets research, le point mort de la plupart des producteurs de schiste américains - bassins de Bakken, Eagle Ford et Permien confondus - est tombé de 60-65 dollars le baril au second semestre 2014 à 50 dollars actuellement (dont un coût marginal, investissement non compris, entre 15 et 25 dollars). Et ces coûts pourraient encore chuter de 10% d’ici la fin de l’année. Ce qui les amènerait à un point mort de 45 dollars par baril, proche des prévisions de prix révisées de Goldman Sachs.

Un "swing producer" qui fait swinguer le marché

Si on regarde d’un peu plus près les décomptes de puits, on s’aperçoit que les producteurs n’en creusent pas moins. Simplement, les puits ne sont ni complétés, ni fracturés. Ce qui veut dire que la production va chuter rapidement, mais peut reprendre tout aussi rapidement au moindre sursaut du marché. En outre, alors que les décisions de l’Opep concernant les quotas  étaient à la fois centralisées et durables, les producteurs d’huiles de schiste américains sont des milliers, avec des seuils de résistance différents. Le nouveau "swing producer" provoque donc plus de volatilité que son prédécesseur saoudien.

Demande en berne

Seule la demande pouvait encore faire vaciller les prévisions baissières des banques d’investissement. Mais le bulletin mensuel de l’Opep, qui annonce le 14 septembre la révision à la baisse de sa prévision de croissance de la demande de pétrole brut en 2016, vient ponctuer comme un coup de grâce le difficile week-end du secteur pétrolier. Le cartel d’exportateurs estime que la demande globale, à 94,08 millions de barils par jour (mbj), connaîtra une croissance moins forte que prévu (50 000 barils de moins). Voilà qui vient conforter le surplus de production annoncé pour les trois premiers trimestres 2016.

Myrtille Delamarche

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