Pétrole : la crise est une occasion "d’assainir le secteur"

Pour Jean Ropers, président du groupement pétrolier GEP-AFTP (association résultant de la fusion en 2011 du Groupement des entreprises parapétrolières et paragazières et de l’Association des techniciens et professionnels du pétrole), l’indispensable réduction des coûts dans la filière pétrolière va contribuer à assainir le secteur, en mettant fin à certaines dérives.

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Pétrole : la crise est une occasion

Comment le secteur pétrolier vit-il la chute actuelle des cours du pétrole ?

Nos adhérents sont inquiets. Certes, les développements lancés seront menés à bien, les champs déjà développés vont continuer à produire et nécessiteront suivi et maintenance, mais la profession est quand même pénalisée par la situation actuelle. D’une part, nous sommes affectés par la réduction des investissements lourds, liée à la volonté, depuis quelques années déjà, de réduire les coûts de développement et de production. D’autre part, nous subissons un coup d’arrêt sur les futurs projets considérés comme pas assez rentables au vu du cours actuel du pétrole.

Il faut se rendre compte que les compagnies internationales ne travaillent pas seules : les champs pétroliers sont généralement opérés par des regroupements de compagnies. Il suffit que l’une d’elles souhaite décaler le démarrage d’un projet pour que celui-ci soit reporté.

Il faut aussi considérer que la saine concurrence entre fournisseurs d’équipements et de services parapétroliers devrait connaitre une vigueur nouvelle. En conséquence, les coûts de développements qui seront lancés dans cette période nouvelle et les coûts opérationnels devraient montrer une baisse sensible.

Qui sont les premières victimes ?

Les effets de la concurrence accrue se ressentent d’abord tout en amont de la filière, dans la géophysique. D’où les difficultés actuelles de CGG et de ses concurrents. Après la phase d’évaluation des bassins sédimentaires vient celle de l’exploration proprement dite des prospects identifiés. Ce sera donc le tour des foreurs.

Doit-on s’attendre à des coupes dans les effectifs ?

Ce n’est pas la première fois que l’on connaît de telles variations du coût du baril. Ces dernières année, de nombreux postes ont été occupés par des consultants, souvent de jeunes retraités qui vont être libérés... Ensuite viendra le tour des CDD, puis éventuellement des CDI. Les impératifs du contenu local (personnel et services régionalisés) ne seront sans doute pas impactés.

Dans la hausse récente des coûts de développement, il y avait une composante matières premières et une composante coût de l’énergie (notamment de fuel pour les bateaux participant au développement offshore), mais il y avait également une importante composante de ressources humaines. Les organigrammes étaient truffés de personnes contractées qui n’avaient pas toujours intérêt à proposer des solutions satisfaisantes aux problèmes qui pouvaient se poser. Cette sortie des contractés est un premier assainissement du secteur, qui va voir se concentrer les expertises professionnelles.

Et en termes de types de gisements ?

A 60 dollars le baril, peu de forages profonds passent la rampe. J’étais moi-même un peu surpris de voir qu’on envisageait des forages à 3000, 4000, voire 5000 mètres d’eau. Généralement, à ces profondeurs, on est hors des zones d’intérêt exclusif des pays limitrophes. La situation actuelle va peut-être permettre un éclaircissement des conditions d’exploration de ces zones, qui sont situées hors des eaux territoriales. Sur l’onshore, où les compagnies nationales sont le plus souvent opératrices et ne devraient pas trop ralentir leurs activités, nos parapétroliers subiront quand même des ralentissements de travaux.

Les huiles de schistes semblent résister mieux que prévu ?

D’abord, il y a une certaine rémanence : les matériels et services contractés ne peuvent pas être libérés sans pénalité avant la fin des contrats. Mais au-delà, les dernières évaluations que nous avons compilées nous laissent penser qu’à 55 dollars, les champs d’Eagle Ford et de Bakken [les principaux gisements de schistes américains], restent rentables, car ils ont développé une véritable exploitation industrielle qui devient de plus en plus compétitive. Par contre, d’autres projets, ailleurs, ne vont pas se réaliser ou vont être reportés, y compris aux Etats-Unis.

Plusieurs analystes évoquent une reprise de la demande au second semestre 2015. Partagez-vous cet espoir ?

La crise que nous connaissons n’en est qu’à son début. En 2004-2005, personne n’avait vu venir la hausse brutale du prix du baril liée à l’explosion de la croissance chinoise. Exactement comme cette fois-ci, bien que la crise soit là, personne n’avait anticipé son ampleur, et l’impact qu’elle aurait sur la consommation chinoise. Il faut tout de même rappeler que la demande (environ 90 millions de barils/jour) ne baisse pas. L’Agence internationale de l’Energie vient certes de revoir ses perspectives 2015, mais la demande resterait néanmoins en croissance. L’impact sur l’offre finira donc par venir. Personnellement, je ne crois pas que cette situation puisse durer plus de deux ans. Si les prix du baril et de l’essence baissent, la consommation va augmenter et fera nécessairement repartir la demande. De même, un retour de la croissance mondiale entraînera une montée de l’appel aux énergies fossiles y compris le pétrole. Or on ne connait pas les véritables surcapacités des grands producteurs, qui ont tout intérêt à les gonfler un peu en période de négociations.

Mais en deux ans, bon nombre de restructurations peuvent s’avérer nécessaires ?

Les restructurations sont inévitables dans notre filière en pareille conjoncture. Ceci dit, la consolidation a déjà démarré : Schlumberger propose depuis longtemps toute la gamme des services disponibles. Halliburton, avec Baker Hugues désormais, compte bien en faire autant.

Propos recueillis par Myrtille Delamarche

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