Perte du Triple A : quelles conséquences sur l’économie française ?

La France vient de perdre son triple A aux yeux de l'agence Standard&Poor's. Comme certains autres pays européens. Si le ministre de l'Economie François Baroin estime que ce n'est pas une catastrophe, L'Usine Nouvelle s'interroge sur les risques d'une telle dégradation pour les industriels.

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Perte du Triple A : quelles conséquences sur l’économie française ?

L’été dernier, le gouvernement faisait de la note "triple A" de la France un rempart contre la crise. Le rempart vient de tomber, l’agence Standard&Poor’s ayant décidé de dégrader plusieurs pays européens, dont la France, tout en préservant le triple A de l’Allemagne, du Luxembourg et des Pays-Bas. "L’Allemagne s’endette à environ 2 %, la France à près de 3,5 %, les marchés avaient donc déjà anticipé cette dégradation", commence Henri Sterdyniak, directeur du département Economie de la mondialisation de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques). La Bourse de Paris, si elle a réagi aussitôt les premières rumeurs lancées, ne s’est d’ailleurs pas affolée. Le CAC 40 qui a commencé à dégringoler à partir de 15h, n’a finalement perdu que 0,11 %. "Cela montre que la perte du triple A avait déjà été largement internalisée dans les cours, explique Xavier Ragot, professeur associé à Paris School of Economics. Mais il faut être prudent, on verra comment les marchés réagiront la semaine prochaine. Beaucoup d’éléments montrent néanmoins que cela ne sera pas une panique de grande ampleur."

Les conséquences sur l’Etat

Les économistes relativisent donc beaucoup l’impact économique de la décision de l’agence de notation. "La France ne va pas faire défaut, elle a un système fiscal qui fonctionne et qui permet de lever de l’argent et un plan d’austérité qui garantit une réduction des déficits publics, assure l’économiste de l’OFCE. Le problème, c’est que nous sommes soumis aux fantasmes des marchés qui, depuis deux ans, testent la solidité de l’euro."

Les émissions obligataires espagnoles et italiennes du 12 janvier, à des taux d’intérêt bien plus faibles que ceux pratiqués en décembre, avaient suscité l’espoir d’une détente sur le front de la dette européenne. "Cela s’est détendu parce que la BCE a fourni des liquidités aux banques, reprend Henri Sterdyniak. Mais Standard&Poor’s n’a pas pour autant renoncé au coup préparé pour ce weekend." Dans le pire des scénarios, la dégradation de la note française pourrait avoir des effets en chaîne sur l’économie européenne. D’abord sur le fonds de stabilité européen (FESF), dont les emprunts sont garantis par les triples A de plusieurs pays de la zone euro. En France, le Trésor pourrait voir ses taux d’emprunt obligataires augmenter et entraîner dans son sillage le financement de l’économie réelle.

Les conséquences sur les collectivités territoriales

"Les institutions publiques dont on sait qu’elles feraient défaut si l’Etat faisait défaut devraient voir leur note abaissée aussi, comme par exemple la Ville de Paris et certainement d’autres collectivités locales", remarque Xavier Ragot. Pour elles aussi, la levée de fonds sur les marchés pourrait être plus chère. Un surcoût financier qui pourrait contraindre leurs dépenses et donc leur commande auprès des entreprises.

Les conséquences sur les entreprises privées

Pour les entreprises privées, tout dépend de la composition de leur bilan. Les banques sont les premières visées, en fonction du niveau de dette française qu’elles détiennent dans leur portefeuille. Plus elles en détiendront, plus elles seront considérées comme étant risquées. Elles ont d’ailleurs commencé depuis l’été dernier à se désengager progressivement des Etats en difficulté, comme la Grèce, l’Italie et l’Espagne. Par ailleurs, les taux d’intérêt sur les prêts aux entreprises pourraient aussi être impactés si la note des banques baisse.

Les entreprises dont l’Etat est actionnaire, comme Renault, GDF Suez, Thales, Safran, etc., en revanche, ne seront pas forcément directement touchées par la perte du triple A français. "Lorsque l’Etat est actionnaire, il n’y pas de raison que ces entreprises fassent défaut si l’Etat fait défaut, reprend Xavier Ragot, de Paris School of Economics. Ce n’est pas le lien actionnarial qui compte, mais le fait de détenir de la dette française."

La France retrouvera-t-elle un jour son triple A ? "C’est un objectif légitime pour une grande démocratie, ce n’est pas du fétichisme, note Xavier Ragot. Mais il ne faut pas sur-réagir sur le court terme. Il faut l’envisager sur cinq ans, en continuant de consolider la dette publique. C’est le même horizon de gestion que la crise européenne."

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