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Perspectives 2009 : retour de la rigueur salariale pour les cadres

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Emploi-Pro Des salaires qui n'augmentent pas et malgré tout un pouvoir d'achat qui se maintient : tel est le paysage pour les cadres en 2009. Explications du paradoxe d'une année où, plus que jamais, il vaudra mieux être spécialiste dans une entreprise qui va bien q

Perspectives 2009 : retour de la rigueur salariale pour les cadres

Cela pourrait être le treizième des travaux d'Hercule, tant la mission semble impossible. Trouver aujourd'hui un économiste optimiste quant à l'évolution des salaires en 2009 est plus difficile que de trouver le saint Graal. Le pessimisme est de mise. Ça ne veut pas dire qu'il soit fondé ou que les événements ne lui donneront pas tort.

En tout cas, les cadres ne se font déjà plus d'illusions. Interrogés par le cabinet de conseil en recrutement Robert Walters, 37 % d'entre-eux estimaient que leur bonus de fin d'année serait proche de zéro. L'étude menée par le cabinet Hewitt, fin octobre, relativise pourtant ces sombres prévisions. Il n'était pas alors question de réduire systématiquement les budgets d'augmentation. L'accumulation de mauvaises nouvelles depuis changera-t-elle le comportement des entreprises ? Bernard Brunhes, vice président de BPI Consultants en est convaincu : « 2009 ne sera pas un bon millésime pour les salaires », explique-t-il, agacé et étonné qu'on puisse l'interroger sur la question.

La hausse du chômage, ennemi des augmentations de salaires

Ce qui change, c'est le climat général, comme l'explique Eric Heyer, économiste à l'office français des conjonctures économiques (OFCE). Précisant d'emblée qu'il ne peut pas fournir d'évolution sur le salaire des cadres - l'OFCE est le temple de la macroéconomie -, il explique cependant : « il y a un lien entre taux de chômage et taux de salaire. Quand le chômage est faible, un salarié peut négocier une hausse de salaire ou partir ». Le retour du chômage contrecarre donc ces stratégies auxquelles les salariés s'étaient habitués ces dernières années. Pourtant, les cadres gardent des marges de manœuvre même réduites, car, pour eux, le taux de chômage part de plus bas. Sur quelques micro marchés, où les compétences sont rares, certains peuvent espérer s'en sortir un peu mieux. Le spécialiste, que tout le monde veut avoir, a encore un pouvoir de négociation. Par contre, le cadre aux compétences plus standard peinera. Ainsi, mieux vaut être un consultant en progiciels de gestion qu'un communiquant... Jean-Marie Peretti, professeur à l'Essec et à l'IAE de Corte, se risque même à un pronostic avec toutes les réserves d'usage : « les salaires des commerciaux aura le vent en poupe, mais aussi celui des fonctions d'expert, notamment les RH, qui pourraient être revalorisées ».

Pour les jeunes diplômés, 2009 risque d'être un mauvais cru. Les budgets d'embauche pourraient être gelés, papy boom ou pas. Face à une demande atone ou en baisse, les entreprises hésiteront avant de recruter. Comme l'explique Nicolas Bouzou, fondateur du cabinet Asteres, « les grandes entreprises qui continuent d'avoir accès au crédit bancaire, pour lesquelles la crise n'est qu'un mauvais moment à passer, continueront à rechercher des hauts potentiels. En revanche, les entreprises les plus fragilisées avec d'importantes difficultés de trésorerie, comme, par exemple, les sous-traitants, pourraient bien arrêter de recruter ». Toutefois, Jean-Marie Peretti estime que les plus jeunes (jeunes actifs diplômés de l'enseignement supérieur et hauts potentiels de 30 à 40 ans) « seront mieux lotis que les seniors qui pâtiront de la rigueur ».

Ce qui frappe, c'est l'incertitude : tout dépend du secteur, de l'entreprise, de la fonction, et même pour un métier donné des compétences de chacun. Un contexte pour changer d'emploi malgré la crise ? C'est ce que pense Nicolas Bouzou : « il ne faut pas hésiter à être mobile. En période de crise, il faut avoir de l'audace, car c'est maintenant que les opportunités vont se créer. Une entreprise qui marche bien pourra proposer une augmentation de salaire. Ce n'est pas le cas le plus courant mais cela va arriver à certains ».

Le salaire variable en berne

Pour les autres, la hausse du salaire des cadres reste mesurée pour une autre raison : la réduction des parts variables. Personne n'anticipe une augmentation des éléments variables traditionnels. Ainsi, Bernard Brunhes analyse : « la période des variables importants est passée. Dans la période de crise qui est la nôtre, les entreprises n'augmenteront pas les parts variables ». Une approche partagée par Nicolas Bouzou rappelant que cette part dépend des profits réalisés. D'autres moyens existent toutefois pour donner un coup de pouce sans engager durablement l'entreprise, estime Jean Marie Peretti. Quand l'incertitude est très grande comme cela pourrait être le cas en 2009, rien ne fait plus peur à un décideur que les décisions irréversibles. La loi Tepa pourrait très bien être utilisée. « Pour les cadres au forfait jour, des jours supplémentaires bénéficiant d'exonérations fiscales et sociales fort appréciables » sont un moyen d'accorder une gratification, estime le professeur de l'Essec. D'après lui, d'autres pistes combinant reversibilité et efficacité seront appréciées, comme, par exemple, le Cesu (Chèque emploi service universel) et tous les éléments hors salaire bénéficiant d'exonérations. Si cela ne se transforme pas en espèces sonnantes et trébuchantes ou n'accroît pas directement le solde du compte bancaires, ces modes de rémunération augmenteront le pouvoir d'achat.

C'est le paradoxe de 2009 : la rigueur salariale ne devrait pas entamer le pouvoir d'achat des cadres qui conserveront leur emploi. En effet, le coup de frein donné aux salaires s'explique aussi par la diminution brutale de l'inflation. « Avec une hausse des prix comprise entre 1,2 et 1,3 %, les revendications salariales seront plus dures à exprimer, analyse Eric Heyer. Ceux qui conserveront des revenus du travail pourraient même voir leur pouvoir d'achat progresser ». Pour les salariés en place, 2009 pourrait donc malgré tout être une année pas si mauvaise que ça. Après tout, nombreux sont ceux qui n'ont pas vu la crise arriver. Ils sont peut être tout aussi nombreux à ne pas anticiper une sortie plus rapide que prévue.

Austérité pour les patrons en 2009 ?

Les conseils d'administration seront-ils les premières victimes de la volonté de moralisation du capitalisme ? En tout cas, le président de la République ne cesse de répéter qu'il entend mettre fin aux pratiques « scandaleuses » des parachutes dorées et autres retraites chapeau. Sans présager de ce qu'il adviendra, rappelons que le 7 octobre dernier, l'Elysée demandait aux entreprises du CAC 40 de se mettre en conformité avec les recommandations du Medef. Prenant acte de leur peu d'empressement, il leur a donné jusqu'à la fin du premier trimestre de 2009, rappelant qu'une loi contraignante serait votée si les propositions du mouvement des entrepreneurs n'étaient pas suivies d'effets.

Faut-il compter sur l'auto-discipline ? Bernard Brunhes y croit. Fait-il preuve de naïveté ? Le contexte économique difficile et les effets des révélations sur le grand public pourrait inciter les conseils d'administration à la sagesse. Les directeurs généraux de la Société générale et du Crédit agricole ont cependant annoncé le 19 janvier qu'ils ne renonceront pas à leur bonus pour 2008.


La semaine prochaine : le troisième volet de notre enquête sur les perspectives 2009 : quel développement de carrière possible ?

Lire aussi :
« Mon rêve pour 2009 : remettre à plat tous les salaires dans l'entreprise »
« Mon rêve pour 2009 : diminuer le coût du travail »

Christophe Bys

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