Pékin refuse que le yuan soit le bouc émissaire des Etats-Unis

PEKIN (Reuters) - Les Etats-Unis ne doivent pas faire du yuan chinois le bouc émissaire de leurs propres difficultés intérieures, a déclaré vendredi un porte-parole du ministère chinois du Commerce.

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Pékin refuse que le yuan soit le bouc émissaire des Etats-Unis

Le Trésor américain devrait publier dans la journée son rapport semestriel sur les politiques de change des principaux partenaires commerciaux de Washington et il pourrait, à cette occasion, accuser formellement la Chine de "manipuler" sa monnaie.

Il n'est pas loyal de critiquer le taux de change du yuan en prenant comme seul argument l'excédent commercial chinois, a déclaré Yao Jian, le porte-parole du ministère chinois du Commerce.

"Les Etats-Unis ont totalement tort de considérer l'excédent commercial chinois comme un problème et donc d'exercer des pressions sur le taux de change du yuan", a-t-il déclaré lors d'un point de presse du ministère.

L'excédent de la balance commerciale chinoise a légèrement diminué en septembre mais il reste supérieur à 20 milliards de dollars (14,2 milliards d'euros) par mois depuis près d'un semestre. Et le statut de premier exportateur mondial de la Chine incite certains de ses partenaires à dénoncer sa politique de changes.

"D'autres pays n'ont aucun droit de s'exprimer sur le niveau de l'excédent commercial du pays, qui est raisonnable", a ajouté Yao Jian, avant de désigner nommément le Japon.

"Le Japon n'est pas le bon pays pour dire cela: il a enregistré un excédent commercial avec la Chine pendant huit ans d'affilée", a-t-il rappelé.

PRESSION

Le ministre japonais des Finances, Yoshihido Noda, a dénoncé cette semaine la lenteur de la réforme du yuan.

La réduction de l'excédent commercial chinois, qui pourrait résulter d'une augmentation de la consommation intérieure, est considérée par nombre d'économistes comme un élément clé du rééquilibrage jugé nécessaire de l'économie mondiale.

Yao Jian a ajouté que la Chine était un pays responsable et qu'il poursuivrait la réforme de sa politique de change en se fondant sur ses propres critères intérieurs.

Le yuan s'est apprécié d'environ 2,7% depuis que la banque centrale a annoncé le 19 juin la fin de son lien fixe avec le dollar américain, en vigueur depuis la crise financière de la fin 2008. Mais le dollar s'est déprécié de 10% sur la même période par rapport à un panier de référence composé de six autres grandes devises.

Le yuan, dont la fluctuation est limitée à 0,5% par jour autour d'un cours pivot fixé par la banque centrale, se traitait vendredi à son plus haut niveau depuis la réévaluation de 2005, à 6,6442 pour un dollar.

Face à l'euro, la devise chinoise s'échangeait à 9,3320, ce qui correspond à une dépréciation de 10,3% depuis le 19 juin.

Pour les analystes, les pressions politiques liées aux élections américaines du 2 novembre et au sommet du G20 à Séoul mi-novembre devraient favoriser dans les prochaines semaines une poursuite de l'appréciation.

Yao Jian a néanmoins réaffirmé que la réforme des changes serait graduelle, en expliquant qu'une hausse rapide du yuan pénaliserait les entreprises chinoises.

"Si le taux de change du yuan augmente de 3%, cela se traduira par une forte pression sur certains exportateurs chinois", a-t-il dit à des journalistes en marge du point de presse.

Mais il a aussi tenu des propos plus positifs sur l'impact de l'évolution du yuan sur la plupart des exportateurs chinois.

"Environ 85% des entreprises exportatrices sont des entreprises privées ou détenues par des sociétés étrangères et elles sont capables d'ajuster la structure de leurs produits aux fluctuations des taux de change", a-t-il expliqué.

Aileen Wang et Simon Rabinovoch, Marc Angrand pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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