Pékin et Moscou devraient profiter des sanctions contre l'Iran

par Dmitry Zhdannikov

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DAVOS (Reuters) - La Chine et la Russie devraient être les principaux bénéficiaires des sanctions européennes et américaines contre l'Iran, tandis que la majeure partie des compagnies pétrolières occidentales en seront les grandes perdantes, estiment les spécialistes des milieux pétroliers.

L'Iran continuera d'écouler le même volume de pétrole - 2,6 millions de barils par jour (bpj), soit 3% environ de l'offre mondiale - mais la quasi-totalité de ce brut partira en Chine. Comme celle-ci restera le seul gros client de l'Iran, elle sera en mesure de négocier un prix considérablement revu à la baisse, notent les analystes.

L'Union européenne a décidé lundi d'interdire tout nouveau contrat concernant l'importation, l'achat ou le transport de pétrole iranien, mais les contrats déjà signés entre l'Iran et les pays membres pourront être honorés jusqu'au 1er juillet.

Les Etats-Unis comptent imposer des sanctions à la Banque centrale d'Iran et peut-être à sa compagnie maritime. Des majors du pétrole comme Total et Royal Dutch Shell ont d'ores et déjà renoncé à leurs achats de brut iranien ou sont en train de le faire.

Le Japon et la Corée du Sud ont fait comprendre de leur côté qu'ils pourraient réduire leurs achats de brut iranien pour s'aligner sur les sanctions américaines, qui visent à faire pression sur l'Iran dans le domaine du nucléaire.

Un nombre croissant de clients vont être en concurrence pour obtenir de nouveaux fournisseurs. L'attention se tourne inévitablement vers l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial et seul pays en mesure d'accroître rapidement sa production pétrolière et d'éviter ainsi une montée en flèche du cours de l'or noir. "Tout ce que nous avons à faire, c'est ouvrir des valves", expliquait il y a dix jours le ministre saoudien du Pétrole, Ali al Naimi.

Le Fonds monétaire international (FMI) a prévenu cette semaine que les cours du brut pourraient augmenter de 20% à 30% si l'Iran ripostait en interrompant complètement ses exportations.

Pour les décideurs du secteur pétrolier, réunis à Davos ces jours-ci à l'occasion du Forum économique mondial, les marchés de l'énergie peuvent se permettre de perdre la moitié des 2,6 millions de bpj produits par l'Iran. Cela équivaudrait en gros au manque provoqué par l'arrêt de la production libyenne pendant les mois de conflit entre insurgés et kadhafistes.

"Le pétrole iranien trouvera toujours à s'écouler sur les marchés asiatiques, en Chine, et sans doute à un prix inférieur", a-t-on dit à Reuters de source saoudienne haut placée.

"Si l'Iran produit disons 50% de pétrole en moins, nous sommes à même de suppléer à ce manque, comme ce fut le cas pendant les événements libyens", ajoute-t-on.

LA RUSSIE EN EMBUSCADE

Le directeur du monopole pétrolier saoudien Aramco, Khalid al Falih, a enchaîné cette semaine les tête-à-tête avec des clients potentiels au Forum économique de Davos.

En un mois, l'Arabie a reçu des demandes de livraisons supplémentaires émanant de l'Union européenne, du Japon, troisième économie mondiale, ou encore de la Corée du Sud, quatrième économie d'Asie. L'UE et la Turquie représentent à l'heure actuelle près du tiers des exportations pétrolières iraniennes, le restant se partageant entre la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l'Inde et l'Afrique du Sud.

La Russie elle aussi devrait profiter des sanctions occidentales contre l'Iran. Le premier producteur mondial de pétrole sera bien placé pour accroître ses livraisons à l'Europe, même si certains clients du "vieux continent" ne veulent pas dépendre excessivement de Moscou pour leurs hydrocarbures.

"Je suis convaincu que la Russie observe la situation avec beaucoup d'intérêt", déclarait José Sergio Gabrielli, patron de la compagnie brésilienne Petrobras.

En vertu d'un contrat qui expire en mars, la compagnie japonaise Showa Shell achète 100.000 bpj à l'Iran. Comme d'autres compagnies, elle s'exposera aux sanctions américaines si elle n'obtient pas une dérogation aux mesures prises par Washington. "Nous attendons des directives du gouvernement (nippon)", a déclaré Jun Arai, le patron de Showa Shell.

En ce qui concerne Total, les directives sont claires. Le président français Nicolas Sarkozy s'est fait le chantre de sanctions plus dures contre Téhéran. Le groupe pétrolier français a d'ores et déjà cessé d'acheter du brut à l'Iran, comme l'a expliqué à Davos son président directeur-général, Christophe de Margerie. Le groupe achetait auparavant autour de 80.000 bpj à Téhéran.

Peter Voser, PDG de Royal Dutch Shell, indique de son côté que sa compagnie aura sans doute besoin d'un certain temps avant de suspendre ses achats, que des sources proches du marché évaluent à 100.000 bpj.

"Nous sommes une compagnie européenne et par conséquent nous sommes concernés par les sanctions. Il est clair que nous les appliquerons. J'ai besoin d'étudier tous les détails afin de voir comment continuer", a-t-il dit.

Si la Chine, deuxième consommateur de pétrole au monde, s'est abstenue jusqu'à présent d'augmenter ses achats de brut iranien, elle aura, pour les analystes du marché, du mal à s'abstenir de le faire à un "prix d'ami".

Eric Faye pour le service français

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