Pechiney : Une défense qui s'annonce difficile

L'intérêt d'une fusion Pechiney-Alcan n'est pas contestable. Le canadien a su profiter d'une faiblesse passagère de Pechiney.

Partager

La photo a à peine vieilli. Trois P-DG aux six mains entrelacées arborent leurs plus beaux sourires pour les caméras. En ce mercredi 11 août 1999, en pleine torpeur estivale, les P-DG du français Pechiney, du canadien Alcan et du suisse Algroup viennent d'annoncer leur intention de fusionner. Dix mois plus tard, ils n'étaient plus que deux. Le français avait renoncé plutôt que d'accepter les conditions imposées par Bruxelles. Mais le canadien a su attendre et pourrait bien achever l'oeuvre laissée en suspens il y a trois ans. L'intérêt stratégique d'un rapprochement est tout aussi évident qu'il y a quatre ans. Unis, Alcan et Pechiney seraient plus forts face au numéro un mondial, Alcoa. Comment renier ce qu'on a défendu haut et fort ? C'est le premier point faible de Pechiney. Le deuxième point faible, c'est aujourd'hui son cours de bourse. Il a perdu entre 25 et 30 % en trois ans, alors que celui d'Alcan n'a pratiquement rien cédé. Pour le canadien, la fenêtre de tir est idéale : il peut aujourd'hui offrir " généreusement " une prime de 38 % sur le cours moyen du mois précédent...
Troisième faiblesse de Pechiney, son manque de chance. Il avait signé fin 2002 pour racheter l'aluminium du néerlando-britannique Corus. Un coup stratégique unanimement salué et qui devait le replacer dans la course. Hélas ! quelques mois plus tard, le projet capotait sur fond de querelles intestines et nationalistes entre les administrateurs néerlandais et britanniques de Corus. Quatrième faiblesse de Pechiney : Jean Pierre Rodier n'a pas eu le temps de tirer profit de ses dernières actions de croissance : construction en Afrique du Sud de la première usine dotée de sa technologie ultra-performante AP50 (d'ici à 2010 le groupe en comptera deux, peut-être trois, promettait-il), développement dans le laminage pour emballage à Dubai, accords prometteurs en Russie...
Cinquième faiblesse : pénalisé par la morosité de la conjoncture qui touche ses marchés clés en Europe (automobile et aéronautique), Pechiney a lancé des actions de restructuration qui mettront du temps à produire leurs effets, comme toujours en France... Alors, oui, Jean Pierre Rodier a raison de dire que l'offre d'Alcan n'est pas très généreuse et qu'elle ne reflète pas la valeur économique de son entreprise. Mais le canadien n'a pas seulement su profiter d'une opportunité boursière. Fort de l'expérience née de son échec d'il y a trois ans, il s'est préparé à la négociation avec Bruxelles. Et il ménage les susceptibilités en offrant aux équipes de Pechiney des rôles de choix dans son organisation : la direction mondiale des activités aérospatiales (normal vu le poids d'un client comme Airbus), le centre d'excellence pour la R & D (normal vu l'avance de l'AP 50) et la direction de la production d'aluminium primaire pour l'Europe (normal encore dans un groupe qui pèse plus lourd en Europe qu'en Amérique du Nord). Alors, Jean Pierre Rodier pourra-t-il obtenir plus qu'une rallonge sur le prix pour ses actionnaires ? Pourra-t-il lever l'incertitude qui plane sur le laminoir de Neuf Brisach dont la pérennité au sein du groupe est menacée par le site performant d'AluNord en Allemagne ?
Pour le P-DG lui même, la pilule serait amère. Il y a quatre ans, il était le successeur désigné du président d'Alcan de l'époque, Jacques Bougie. Comme promis celui-ci est parti. Son successeur finalement désigné, Travis Engen, est désormais bien dans la place.
Par Jean-Léon Vandoorne, directeur de la rédaction

Partager

SUJETS ASSOCIÉS
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS