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L'Usine de l'Energie

PCB : le temps est compté pour les industriels

Publié le

Les détenteurs de matériel contenant des PCB doivent les éliminer avant la fin de l’année. ERDF y consacre quatre cents équivalents temps plein. Les petits industriels doivent aussi s’intéresser au sujet.

PCB : le temps est compté pour les industriels

Les PCB ont fait les beaux jours de l’industrie. A partir des années 30, ils ont été utilisés massivement comme lubrifiants dans les turbines, composants ignifuges des peintures ou isolants électriques dans les transformateurs et les condensateurs. Mais aujourd’hui, les trois lettres, derrières se cachent le très toxique polychlorobiphényle, font souvent la une de l’actualité à la rubrique « pollution des rivières ». Et ce malgré un arrêt de leur production dans les années 80 et une interdiction définitive de mise sur le marché en 1987. Pour se débarrasser du problème, reste donc à éliminer les produits anciens. Instauré en 2003, le plan national de décontamination et d’élimination des appareils contenant des PCB et PCT (polychloroterphényles) a fixé un calendrier très précis. Et l’échéance approche. D’ici la fin de l’année, les derniers appareils doivent disparaître. Exception faite des « transformateurs ayant entre 50 et 500 ppm de PCB » qui « seront éliminés à la fin de leur terme d’utilisation ».

Un manque de transparence chez ERDF ?

Décidé tôt, ce plan a permis aux grands utilisateurs de PCB d’anticiper. Au moins une fois par an, ceux qui possèdent plus de trois cents appareils* doivent même rendre des comptes aux pouvoirs publics à l’occasion d’un comité de suivi supervisé par des associations de défense de l’environnement. La dernière, fin novembre, a été moins calme que les précédentes. France Nature Environnement n’a pas apprécié l’attitude d’ERDF et l’a fait savoir. « Pendant le comité, ils nous ont présenté quatre transparents avec des chiffres peu précis, rapporte Nathalie Villermet, chargée de mission déchets et industrie pour l’association. Pendant ce temps, l’armée, par exemple, nous faisait un état des lieux précis des produits déjà éliminés et de ceux en phase de l’être ». Si c’est le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité qui est montré du doigt, c’est aussi pour une raison simple. « ERDF possède presque autant de transformateurs que tous les autres réunis, ajoute-t-elle. Nous craignons qu’ils ne remplissent pas leurs obligations dans les temps, mais on ne nie pas l’effort. Ça représente un sacré budget ».

Un sacré budget en effet. Environ deux cents millions d’euros pour ERDF. Et quatre cents équivalents temps plein sur l’année. En charge du projet depuis 2006, Thierry Nouvion détaille la démarche de l’entreprise : « Notre priorité était d’éliminer les transformateurs contenant jusqu’à deux cents litres de PCB pur. Ce travail est terminé. L’enjeu est très différent pour les transformateurs polluées aux PCB qui eux, en contiennent 200 grammes ». Pour les identifier, ERDF a lancé une vaste campagne d’analyse en prélevant un peu d’huile dans chaque machine. Sur 450 000 transformateurs potentiellement contaminées, environ 350 000 étaient testés fin 2009. « Sur les 100 000 restants, 90 % des prélèvements devraient être faits début juin, estime Thierry Nouvion. Et on sait désormais que 14,5 % des transformateurs dépassent le seuil de 500 ppm ». Reste à faire appel à un opérateur agréé pour enclencher le cycle de dépollution : Les matériels trop anciens ou très pollués sont éliminés. Les autres sont simplement décontaminés et réinstallés sur le réseau.

Un recensement à terminer

« On nous donne des chiffres pour les produits retirés du réseau mais pas de produits éliminés. Or le stockage peut poser un problème », insiste Nathalie Villermet. « Les transformateurs collectés sont toujours conservés avec les précautions nécessaires, et rarement plus d’une semaine, répond quant à lui Thierry Nouvion. On connaît la filière jusqu’aux bout. Nos prestataires ont des autorisations administratives et nous rendent des compte sur chaque appareil ». Dernière incertitude : sur le réseau, des transformateurs peuvent-ils avoir été oubliés en route ? « Nos bases de données sont bien renseignées. On n’est pas à la merci d’une erreur, mais ce serait vraiment à la marge ».

Chez France Nature Environnement, Nathalie Villermet justifie son opiniâtreté. « Ils ont l’impression qu’on s’inquiète pour rien, mais il est normal qu’on demande des chiffres », insiste-t-elle. ERDF n’est d’ailleurs pas la seule préoccupation de l’association. « On sait que des transformateurs n’ont pas été répertoriés, dans les établissements scolaires, les collectivités, les bateaux ou les centres commerciaux par exemple ». Toutes les installations qui utilisent de grandes quantités d’électricités doivent désormais s’intéresser sérieusement à la question ! « Il ne s’agit pas d’agiter le chiffon rouge pour faire peur aux industriels, poursuit-t-elle. Ce qu’on veut éviter à tout prix, c’est que des produits dangereux pour l’environnement et pour la santé se retrouvent dans la nature ». Pour ne pas encourager les PME affolées à recourir aux dépôts sauvages pour se débarrasser de leurs machines en toute hâte, « la question des pénalités n’a d’ailleurs pas été envisagée ».

Olivier Descamps

* Les principaux détenteurs concernés par cette exigence sont ERDF, Arcelor France, EDF, Areva, le CEA, France Telecom, le ministère de la Défense, PSA, la RATP, Renault, RFF et la SNCF


Faut-il dépolluer les sédiments ?

Les machines polluées doivent être éliminées, mais le sort des PCB déjà bien installés dans le sol est plus complexe. Ne faut-il pas les laisser là où ils sont ? La question est très sérieusement posée par les pouvoirs publics pour des raisons financières puisque le prix de la dépollution est estimé à cent euros le mètre cube. Mais aussi pour des raisons environnementales. En creusant le sol, leur extraction peut « remettre en contact avec le milieu aquatique les sédiments les plus anciens et les plus contaminés », explique le ministère de l’écologie. Avec un risque bien plus grand : « leur transfert vers d’autres portions du réseau hydrographique ». Dernier inconvénient, les techniques de dépollution des sols sont encore en période d’apprentissage. La dégradation biologique en particulier s’appuie sur les plantes et les bactéries pour détruire les PCB. Elle offre ainsi de belles perspectives... mais avec beaucoup d’incertitudes puisqu’il faut éviter à tout prix que la dégradation ne recrée d’autres polluants plus petits.


Pour en savoir plus :
- Pour les entreprises qui possèdent des matériels contenant du PCB, les décisions sont à prendre au cas par cas
- Les noms commerciaux du PCB
 

 

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