Pays basque : L'aciérie d'ucin réveille bayonne

Les Basques misent sur l'investissement espagnol pour créer des emplois, revitaliser le port de Bayonne et développer les relations transfrontalières.

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Bayonne l'a emporté sur Pasajes. Après avoir étudié la proposition du port commercial de San Sebastian, le groupe basque espagnol Ucin a choisi le Pays basque français pour implanter une aciérie électrique qui fabriquera des billettes d'acier. A la clé, un investissement de 540millions de francs, 200emplois directs et près de 800emplois indirects. Les premières billettes destinées aux travaux publics et au bâtiment devraient sortir de l'usine fin 1996, la production annuelle prévue étant de 800000tonnes. Les 22hectares nécessaires à l'aciérie sont sur la zone de Boucau-Tarnos, à cheval sur deux départements, les Pyrénées-Atlantiques et les Landes. Pour le port de Bayonne, la nouvelle est excellente. "L'arrivée d'Ucin va lui donner un ballon d'oxygène. Son activité est saisonnière. On travaille six mois de l'année, après on tire la langue", affirme un industriel. De fait, l'installation d'Ucin devrait accroître d'un bon tiers le trafic du port, qui oscille autour de 3millions de tonnes. Appréciable dans le contexte actuel: le trafic de maïs doit diminuer dans les prochaines années de 25% du fait de la mise en oeuvre de la politique agricole commune et celui du soufre, qui atteignait 1million de tonnes dans les années70, s'est réduit de moitié du fait de la fermeture programmée du bassin de Lacq. Aujourd'hui, le port investit. L'Etat, la région, le département et la Chambre de commerce de Bayonne vont mettre la main au portefeuille. Et des aides européennes restent à négocier. La région de Bayonne-Sud des Landes étant en déclin industriel, 270 millions de francs vont y être injectés pour, notamment, faciliter l'entrée des navires dans le port, rendre l'Adour accessible à des bateaux de 20000tonnes, agrandir la zone portuaire et remodeler les quais. L'investissement espagnol d'Ucin ne constitue pas un phénomène isolé. Sur la zone de Bayonne, 180sociétés à capitaux espagnols sont inscrites au registre du commerce, dont 80 depuis 1990. Si beaucoup ne sont guère plus que des boîtes aux lettres (mais cela montre l'intérêt que les Espagnols accordent à une simple présence), 80millions de francs d'investissements industriels ont généré 500emplois directs. Les raisons de ces implantations: des coûts d'exploitation inférieurs de ce côté-ci des Pyrénées, les disponibilités en zones industrielles et la proximité. De Bayonne à San Sebastian (une demi-heure en voiture), il y a une continuité urbaine où vivent 700000habitants qui ont des projets communs (transport public de Saint-Jean-de-Luz à Irun, traitement des déchets). La coopération transfrontalière reste cependant limitée, pour des raisons administratives. Et elle se transforme parfois en rivalité, comme le montre l'exemple de Sylvio Marchese, P-DG de la Société commerciale de l'Adour, qui s'était associé avec deux de ses fournisseurs espagnols pour créer la Scammar. Un investissement de 14millions de francs pour une unité de production de beignets de crevettes et de calamars. Les relations se dégradant, les Espagnols ont créé leur propre société, Aramar, à Saint-Jean-de-Luz. Une concurrence que Sylvio Marchese digère difficilement. Autre défi: la population vieillit. L'université est peu attractive (moins de 2000 étudiants). D'où la revendication d'une université autonome sur place. Le déséquilibre entre la côte (66% de la population) et l'intérieur est flagrant. Le Pays basque a aussi le sentiment d'être quelque peu oublié au sein de sa région. Le "désert landais" le sépare de la métropole, Bordeaux, qui regarde de surcroît vers le nord. Des responsables basques, dont le député Michel Inchauspé, ressortent régulièrement un projet de réforme départementale. Le club de prospective Pays basque 2010, un Conseil de développement réunissant élus et socio-professionnels, un tout récent Conseil des élus se proposent de faire bouger les choses. L'implantation d'Ucin à Bayonne peut fournir un levier pour recréer une dynamique.

Colette GOINÈRE





USINE NOUVELLE N°2492

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