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L'Usine de l'Energie

Patrick Pouyanné (Total) : "Le climat, un défi énergétique"

Publié le

Entretien Le PDG de Total considère que son groupe a un rôle à jouer dans la lutte contre le changement climatique.

Patrick Pouyanné (Total) : Le climat, un défi énergétique © L'Usine Nouvelle

Sommaire du dossier

Que sera Total dans dix ans ?

Le groupe sera toujours l’une des plus grandes entreprises pétrolières et gazières au monde. Lorsque j’ai pris mes fonctions, j’ai lancé un exercice collectif et participatif pour définir où emmener le groupe à horizon de vingt ans. Cela a abouti au projet One Total dont l’ambition est de fournir une énergie sûre, fiable, bon marché et propre. Car l’accès à une énergie bon marché est essentiel au développement socio-économique du monde. La volonté d’une énergie propre renvoie à la notion de changement climatique qui est avant tout un défi énergétique. Nous avons l’ambition de prendre en charge ce sujet. En tant que pétrolier, nous sommes classés dans le camp des « méchants ». Mais nous allons faire évoluer notre mix de produits énergétiques afin de baisser graduellement son intensité en CO2 de façon à participer au maintien du réchauffement en dessous de 2 °C. Cela veut dire produire et commercialiser plus de gaz et développer nos business bas carbone.

Quelle pourrait être la part des énergies renouvelables ?

Les business bas carbone, dont les renouvelables, mais aussi le stockage d’énergie, comptent pour 5 % des capitaux du groupe. Ils pourraient atteindre 10 à 15 % dans dix ans. Mais cela se fera seulement si c’est rentable. Aujourd’hui, peu d’entreprises du solaire gagnent de l’argent. Les électriciens prennent des contrats à base de solaire avec des prix du kilowattheure très faibles. Ils se fondent sur des prix de cellules photovoltaïques qui ne permettent pas aux fabricants d’amortir leurs investissements, même s’il est vrai que le coût des cellules photovoltaïques baisse et que les technologies évoluent. Tous les fabricants de cellules consomment du cash flow pour investir et couvrent à peine leurs coûts d’exploitation. La rentabilité viendra, il faut être patient. La bonne manière de rendre le solaire rentable est de pouvoir stocker l’électricité. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons réalisé une acquisition dans le stockage avec Saft. Et, même si ce n’est pas simple, j’ai le sentiment qu’avec SunPower et Saft, nous possédons deux actifs peut-être parmi les plus intéressants de cette industrie.

Avec le solaire, vous serez une entreprise mieux aimée ?

J’aimerais surtout que les gens soient fiers de Total. Nous sommes la plus grande entreprise de France et il y a une fierté en interne de ce que nous sommes et de la trajectoire que nous suivons. J’aimerais que les Français aient la même fierté. Dans beaucoup de pays, les citoyens seraient contents d’avoir une entreprise de 92 ans qui est un leader mondial. C’est parfois un peu frustrant, mais il ne tient qu’à nous de faire rejaillir cette fierté autour de nous.

Le monde est de plus en plus instable. Cela vous inquiète-t-il ?

Total est une major qui s’est construite sans ressources domestiques en dehors du gaz de Lacq (Pyrénées-Atlantiques). Nous avons toujours dû sortir de nos frontières. Or la dimension géopolitique est majeure dans nos zones d’activités, que ce soit au Moyen-Orient ou en Afrique. Notre réponse a été de diversifier le risque. Nous savons prendre des risques, être audacieux sans jamais être téméraires. La priorité est d’assurer la sécurité des personnes car c’est une valeur sur laquelle on ne transige pas !

Pourquoi faites-vous de la sécurité une valeur de Total ?

L’accident majeur est la seule chose qui m’empêche de dormir. L’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon de BP, dans le golfe du Mexique, s’est révélée un événement majeur. Personne n’imaginait qu’un puits de pétrole puisse coûter 60?milliards de dollars à une entreprise. C’est le talon d’Achille de grands groupes comme les nôtres, plus que les événements géopolitiques. C’est pour ça que j’ai décidé de faire de la sécurité une valeur de Total, car on ne fait aucun compromis avec une valeur ! En 2015, nous avons connu neuf décès dans le groupe, alors que nos principaux concurrents en ont connu treize à eux quatre. J’ai donc décidé de mettre ce sujet sur la table. Et depuis un an, plus de 400 jours même, il n’y a pas eu un seul décès dans les opérations de Total à travers le monde, c’est un record.

Quel regard portez-vous sur l’économie française ?

Il faut avoir conscience des forces de la France. En premier lieu, une force géopolitique grâce à son siège de membre ­permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Grâce à lui, la France existe sur la scène internationale. Il faut y ajouter sa capacité de projection internationale comme cela a été le cas au Mali. C’est l’un des rares pays à pouvoir le faire. Sa deuxième force tient dans ses infrastructures de haut niveau, y compris par rapport aux États-Unis et à l’Allemagne. Enfin, nous avons un enseignement scientifique d’un excellent niveau. Sa faiblesse est que notre jeunesse ne travaille pas assez ! L’apprentissage devrait être perçu comme un facteur de réussite. Et il ne faut pas qu’un jeune qui travaille gagne autant qu’un jeune qui ne travaille pas. Je suis pour la solidarité. Mais une incitation à aller travailler est nécessaire. Si celui qui travaille a 100, celui qui ne travaille pas devrait avoir 75… et pas 95 ou 99 ! Il faut redonner du sens à la valeur du travail tout en maintenant des mécanismes de solidarité.

Peut-on réindustrialiser la France ?

La France est un pays de main-d’œuvre qualifiée et de centres de décision. Nous n’allons pas reconstruire des usines comme au xixe siècle. Les usines nouvelles seront ­digitales et s’appuieront sur des centres de R & D. La France doit attirer davantage de centres de décision. Pour cela, il faut travailler sur l’attractivité du pays ! Or depuis des années, nous prenons des décisions pour ne pas le rendre très attractif. Il y a un outil formidable qui est le crédit impôt recherche, à condition de ne pas le remettre en question tous les six mois. Il est aussi nécessaire de repenser des questions de fiscalité pour pouvoir attirer et recruter des cadres étrangers. ??

Trois idées phares pour 2017


Développer l’attractivité de la France « Le débat sur la réindustrialisation de la France n’est pas pris de la bonne manière. Il faut avant tout rendre la France accueillante fiscalement pour les centres de décision et les centres de R & D. »

Changer l’image de l’apprentissage « Faire en sorte que les voies d’apprentissage soient mieux valorisées et soient perçues comme un facteur de réussite. Ce sont elles qui donneront accès à l’emploi à une jeunesse qui ne travaille plus. »

Redonner du sens à la valeur travail « Il faut donner une incitation financière à travailler. Que celui qui a un emploi gagne plus que celui qui n’en a pas, sans oublier cependant les valeurs de solidarité de la France. » ??

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Usine Nouvelle N°3496-3497

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