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Patrice Caine, 4e PDG de Thales en 6 ans, mise sur la continuité

Hassan Meddah , , , ,

Publié le

Avec le retrait fracassant d’Henri Proglio du conseil d’administration du groupe Thales la veille de son assemblée générale, Patrice Caine cumulera les fonctions de directeur général et président du groupe de défense. Un choix validé par les deux actionnaires principaux, l’Etat et Dassault Aviation qui veulent éviter de déstabiliser l’entreprise alors qu’elle renoue avec la croissance.  

Patrice Caine, 4e PDG de Thales en 6 ans, mise sur la continuité
Patrice Caine, nouveau PDG de Thales
© LinkedIn

Ce 13 mai, dans la salle du grand auditorium de Palais Brongniart, place de la Bourse à Paris, Patrice Caine a présidé sa première assemblée générale en tant que PDG de Thales. Au premier rang, les deux actionnaires principaux étaient présents en force : Eric Trappier et Charles Edelstenne les deux derniers PDG de Dassault Aviation, actionnaire à 25% de l’électronicien de défense ; juste à leurs côtés, Laurent Collet-Billon délégué général à l’Armement, l'un des administrateurs représentant de l’Etat actionnaire à 26%. En fait, tous les membres du conseil d’administration étaient présents lors de cette assemblée générale exceptionnelle. Et pour cause : ils avaient dû se réunir en urgence le matin même pour tirer les conséquences de la démission d’Henri Proglio en tant qu’administrateur, et de son refus d’accepter la présidence non exécutive du groupe.  

Des actionnaires enfin d’accord

Les petits actionnaires étaient donc aux premières loges pour connaître les conclusions de cette rencontre au sommet, d’autant plus qu’ils étaient censés voter des résolutions visant la mise en place d’une gouvernance dissociant les fonctions de directeur général et de président. Avant de parler dividendes, le dirigeant de 45 ans, est donc rentré dans le vif du sujet devant ses actionnaires : "Le projet de gouvernance dissociée ne sera pas mis en œuvre." Exit donc les régles spécialement prévues pour accueillir l’ancien patron d’EDF et de Veolia comme la résolution 23 pour l’octroi d’une voix prépondérante pour le président du conseil d’administration et la 24 prévoyant un recul de 65 à 69 ans l’âge de départ à la retraite du président.

Cette gouvernance devrait durer. Les représentants de Dassault Aviation et de l’Etat ne semblent plus vouloir se lancer dans une nouvelle crise de gouvernance avec la recherche d’un nouveau président. "Thales a devant lui un carnet de commandes correspondant à deux années de travail et des commandes Rafale à honorer. Il faut se mettre au boulot", explique-on du côté de l’Etat. Chez l’avionneur, qui avait appuyé la nomination d’Henri Proglio, Eric Trappier explique : "Il ne s'agit plus de comprendre, mais de prendre acte."

Une équipe dirigeante remaniée à la marge

Cette assemblée générale a été l’occasion pour les actionnaires de découvrir ce jeune PDG à la tête du groupe depuis quatre mois mais qui peut déjà s'appuyer sur treize années d’ancienneté. "Depuis ma nomination, j’ai fait le tour des grands clients et des partenaires en France comme à l’étranger", a-t-il expliqué.

Patrice Caine a montré qu’il comptait s’inscrire dans la continuité des actions qui ont permis le redressement du groupe : les prises de commandes ont augmenté de 11% à 14,3 milliards d’euros en 2014, la rentabilité opérationnelle (hors DCNS) de 13% à 1,1 milliard. "J’entends poursuivre la stratégie. Elle commence à porter ses fruits", explique ce bon connaisseur du groupe. Ainsi, il a modifié à la marge l’équipe dirigeante. Pour le remplacer à son précédent poste de directeur général chargé des opérations et de la performance, il a promu Michel Matthieu, l’ancien responsable des activités avioniques. Il a également nommé un dirigeant confirmé dans l’exécution des grands programmes internationaux, Millar Crawford, pour redresser la branche Transport qui traverse une passe difficile.

Patrice Caine va s’appuyer sur les outils de développement déjà mis en place : le plan "Ambition 10" qui vise une augmentation du chiffre d’affaires de 10 milliards d’euros en dix ans, et le plan "Ambition Boost", un ensemble de mesures opérationnelles pour gagner en compétitivité. Deux initiatives mises en place depuis bientôt deux ans... qu’il a contribué à préparer alors qu’il était le bras droit du PDG de l’époque, Jean-Bernard Levy.

Apporter au groupe la stabilité qui manque

Il a par ailleurs confirmé les priorités stratégiques du groupe. L’ambition reste de se développer dans les pays émergents où les prises de commandes ont atteint 4,3 milliards d’euros, soit une croissance de 40% depuis 2012. "Il faudra augmenter notre empreinte industrielle dans ces pays car les clients nous le demandent", explique le PDG. Concernant la branche Transport qui affiche une rentabilité (EBIT) de 2,3%, très en deçà des activités Défense-Sécurité (9,6%) et Aérospatiales (10%), il a confirmé son intention de la conserver.

Quatrième PDG à la tête de Thales en six ans, Patrice Caine sait qu’il doit surtout apporter la stabilité qui a tant manqué au groupe. Avec des actionnaires qui semblent avoir enterré la hache de guerre, la croissance du carnet de commandes retrouvée, les premiers contrats à l’export du Rafale… il semble avoir les cartes en main pour réussir cette mission plus que délicate.

Hassan Meddah

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