Passage de relais à la CGT, Thierry Lepaon soulève peu l’enthousiasme de ses camarades

Des sifflets et des huées, des intervenants parfois radicaux pendant trois jours et finalement un premier discours assez neutre du nouveau secrétaire général de la CGT. Au dernier jour du 50e Congrès, l’heure était surtout à l’émotion provoquée par le départ de Bernard Thibault. Une démonstration d’unité en attendant une mobilisation pour rappeler au gouvernement et à l’opinion les fondamentaux de la CGT.

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Passage de relais à la CGT, Thierry Lepaon soulève peu l’enthousiasme de ses camarades

L’enthousiasme de la salle est proportionnel au suspens inexistant en cette dernière journée du 50e Congrès de la CGT. Comme c’était prévu, Thierry Lepaon qui vient du secteur privé (une première !) est devenu ce matin secrétaire général de la confédération de Montreuil. Pour l’occasion, George Séguy, Louis Viannet et Bernard Thibault, ces prédécesseurs à ce même poste, avaient fait le déplacement.

Pour son premier discours, en tant que secrétaire général, Thierry Lepaon est resté finalement assez vague sur ses intentions, presque consensuel, n’eurent été ces salutations "à nos camarades en lutte" qui ont fait un triomphe à l’applaudimètre ou encore ces attaques contre "la crise engendrée par le système capitaliste", crise "violente et dévastatrice". Les solutions qu’il préconise passent par une sortie de l’austérité, une relance de la croissance et une hausse des salaires.

Il a aussi ressorti l’idée d’une sécurité sociale professionnelle, idée mise en avant par son prédécesseur Bernard Thibault, qui n’a jamais vraiment réussi à lui donner un contenu concret. Le secrétaire général s’est aussi prononcé en faveur d’un renouveau industriel : "au coût exorbitant du capital, nous opposons l’investissement productif et la reconquête de l’emploi industriel pour redonner des capacités de développement économique et social en France et en Europe", a-t-il dit sans réussir à enflammer la salle, par manque de métier sûrement.

Pour mener à bien son projet, la CGT entend pousser son concept de syndicalisme rassemblé, en dépit des débats qu’il a suscité durant le Congrès et des piques qui ont pu être prononcées à l’encontre de la CFDT à propos de l’accord sur la sécurisation et le maintien dans l’emploi. Mais qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas de diluer les forces de la CGT. Thierry Lepaon veut relancer les adhésions. "Notre syndicalisme va s’organiser pour reconquérir un pouvoir d’agir collectif des salariés dans l’entreprise." a-t-il déclaré. La CGT devrait faire un effort particulier en direction des plus jeunes pour qu’ils rejoignent la confédération. A l’issue du congrès, lors d’un point presse avec le nouveau bureau confédéral, il a précisé les contours de cette politique offensive. "Nous ne pourrons pas faire le bonheur des salariés malgré eux. Ils doivent intervenir, s’impliquer. Le temps où on leur disait 'voter pour nous on s’occupe de tout' est révolu."

Visiblement très ému, l’habituellement très réservé Bernard Thibault, qui a passé 14 ans au poste de secrétaire général, s’est lui félicité du score obtenu par le rapport d’activité couvrant son dernier mandat. Un rapport voté massivement puisqu’il a obtenu 85 % des voix. Un bon résultat rapporté aux remous qu’a traversé la CGT ces derniers mois, notamment les difficultés pour trouver un successeur à Bernard Thibault. Pour les cégétologues, le sens du vote est légitimiste : il s’agit avant tout de resserrer les rangs. Bernard Thibault a redit devant les congressistes ce qu’il avait expliqué la veille aux journalistes. Les "décibels" émis par les protestataires pendant le Congrès ne sont pas significatifs du degré d’adhésion à la ligne suivie. Il a aussi rappelé que les résultats avaient été obtenus à l’issue d’un processus démocratique et qu’il n’y avait pas de chef à la CGT car "c’est contraire aux statuts", s’assurant une ovation.

Car le dernier jour, en dépit des discours parfois offensifs de certains congressistes ou plus insidieusement critiques envers la direction, était réservé à l’émotion et à l’affichage d’une indispensable unité pour reprendre la lutte "tous ensemble, tous ensemble", comme aime à le scander les cégétistes. Alors, pour parachever le rassemblement, avant d’entonner la Marseillaise puis l’Internationale, les congressistes ont pu voir un étonnant film retraçant la vie du camarade Bernard Thibault. Un portrait lisse qu’on aurait pu croire sorti du cerveau d’une agence de communication oeuvrant pour une entreprise du Cac 40, du travail de pro sans bavure.

C’est donc des Bernard : le militant, le sportif, mais aussi le père et le mari, avec témoignages des collègues de Montreuil à l’appui qui a été mis en avant et applaudi. Avec l’indispensable touche d’humour de la communication qui se veut moderne, l’apparition en guest star de ce court métrage, du coiffeur Franck Provost. Ce dernier a invité l’homme à la coiffure devenue "culte" à venir en changer, maintenant qu’il va avoir "une nouvelle vie".

L’heure n’était plus aux querelles idéologiques. La CGT avait une nouvelle tête à la coiffure plus conventionnelle, il s’agissait de la fêter. D’ailleurs, Thierry Lepaon avait rappelé un peu plus tôt que la fête faisait partie de la culture de la centrale syndicale.

Son premier acte, outre de répartir les postes entre les membres du bureau confédéral (voir ci-dessous), sera d’organiser une mobilisation le plus unitaire possible "tous ensemble, tous ensemble" !

Christophe Bys, envoyé spécial à Toulouse

Un nouveau bureau confédéral

Ils étaient 8, ils seront 10. 2 membres qui pourraient faire la différence. On a reproché à Bernard Thibault un mode de travail un peu trop solitaire. Thierry Lepaon a promis qu’il travaillerait avec une équipe. Les deux nouveaux sont donc deux symboles du changement annoncé. Le secrétaire général a indiqué qu’il souhaitait « que chaque membre du bureau ait une responsabilité clairement identifiée. Les dossiers seront répartis dans quinze jours ». En attendant, pendant le point presse, il était le seul à parler. Les 9 autres membres sont restés muets.

Liste du bureau :

  • Eric Aubin construction bois et ameublement
  • Marie-Laurence Bertrand Finances
  • Sophie Binet UGICT (techniciens et cadres)
  • Eric Lafont Union départementale de l’Alllier. C’est l’administrateur de la confédération.
  • Philippe Lattaud Union départementale du Val d’Oise
  • Agnès le Bot, union départementale du Nord
  • Thierry Lepaon, Union départementale du Calvados. Secrétaire général
  • Valérie Lesage, Union départementale Seine et Marne
  • Agnès Naton, Union départementale Haute Savoie
  • Mohammed Oussedik, fédération du verre et céramique.

A noter : Nadine Prigent, de la fédération de la santé et de l’action sociale qui avait été présentée comme la candidate de Bernard Thibault pour sa succession, ne fait plus partie du bureau confédéral. Son agit’ prop’ mercredi après-midi, où plusieurs représentants de sa fédération avait quelque peu détourné les débats du congrès ont beaucoup irrité, provoquant des huées répétées. Dans son discours final, Thierry Lepaon a fait le service minimum, la remerciant, avec Michèle Chay, elle aussi partante, pour "leur apport personnel au bureau". On était loin, bien loin de l’hommage à Michel Doneddu, administrateur du bureau depuis 2001, et, bien sûr, des mots très chaleureux pour Bernard Thibault.

 

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