Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Aéro

Pas de tirs à Kourou

Hassan Meddah ,

Publié le

Pas de tirs à Kourou
Le blocage du Centre spatial guyanais coûte 500?000 euros par jour à Arianespace.

Des fusées dans leur hangar, des satellites mis en sécurité, des ingénieurs et techniciens bloqués dans les hôtels de Kourou quand ils ne sont pas rentrés en métropole… Le centre spatial guyanais (CSG) offre un triste spectacle. Arianespace et ses clients espéraient encore, en fin de semaine dernière, une issue positive aux discussions entre le gouvernement et le collectif « Pou la Gwiyann dékolé » (« Pour que la Guyane décolle ») en vue d’une reprise rapide des tirs de fusées. Trois campagnes de lancement ont déjà été annulées, clouant au sol deux Ariane et un lanceur Soyouz. « La situation est exceptionnelle. Un tel blocage est unique depuis vingt ans. Cela nécessite de sécuriser les pas de tir, les lanceurs et les satellites », prévient Pacôme Revillon, spécialiste du secteur spatial, à la tête du cabinet Euroconsult.

Les opérateurs de satellites sont les premières victimes. Les deux satellites de Thales Alenia Space pour le gouvernement brésilien et le sud-coréen KTsat attendent sous la coiffe d’Ariane 5 depuis le 20?mars. « Nous avons maintenu une poignée d’ingénieurs et de techniciens sur place pour redémarrer l’activité le plus vite possible », indique le fabricant de satellites. Autre victime, l’opérateur européen Eutelsat. Son satellite E172B, le premier du genre en Europe, à propulsion électrique, a fait un aller-retour après avoir passé une semaine dans la soute climatisée d’un Antonov sur l’aéroport international Félix Éboué avant de revenir en salle blanche à Toulouse. De quoi pénaliser le client final Panasonic qui compte dessus pour offrir des services de connectivité Internet aux avions. Empêchés de travailler sur les lanceurs, une soixantaine d’ingénieurs et techniciens d’Airbus Safran Launchers (ASL) et d’Arianespace découvrent le coworking forcé dans les hôtels de Kourou. Si le blocage perdure, des mesures de chômage technique pourraient être envisagées.

Redémarrer, c’est le désir de tous. Pour Arianespace et ses partenaires, la facture sera salée. La société estime à environ 500 000?euros par jour le coût de l’indisponibilité de la base où s’activent 1 700 salariés en temps normal. En métropole, l’industrie est également frappée par l’arrêt de la base. Plusieurs usines d’ASL, maître d’œuvre industriel de la fusée Ariane, pâtissent de la situation. À commencer par le site de Toulouse qui produit le perchlorate, le composant qui permet la fabrication des ergols des fusées. « Ce produit se stocke dans des unités particulières. Les capacités de stockage au Haillan (Gironde) sont saturées. On sera contraint d’arrêter la production si les tirs ne reprennent pas », explique Philippe Géry, délégué syndical central ASL pour la CFE-CGC. Le site du Haillan est également sous tension pour la production des tuyères des boosters d’Ariane 5. Ces grands équipements nécessitent des conteneurs spécifiques au standard spatial pour les transporter, qui restent bloqués en Guyane. « Si la crise continue, le site des Mureaux (Yvelines), qui assemble l’étage principal cryotechnique, sera à son tour touché », alerte le syndicaliste.

enjeu financier

Malgré tout, Arianespace espère encore sauver son année. Son président, Stéphane Israël, croit encore en la possibilité d’atteindre son objectif de 12 lancements en 2017. La société a en effet une chance inouïe : du fait de l’indisponibilité de satellites à ces dates, aucun tir n’était prévu entre début mai et fin juin. « Dès la reprise des opérations de préparation de lancement, l’important sera de se mobiliser le plus efficacement possible avec nos partenaires de la base sur le planning des prochains lancements, afin de rattraper ce qui n’a pas pu être fait ces dernières semaines. Nous estimons à environ huit jours ouvrés le délai nécessaire pour effectuer le lancement VA236 initialement prévu le 21?mars », souligne la direction.

L’enjeu est également financier pour Arianespace. Rater des opportunités de tirs, c’est du chiffre d’affaires perdu. Cela fragiliserait encore plus l’équilibre financier d’Arianespace confronté à une guerre des tarifs de lancement engagée par l’américain SpaceX. Les conséquences commerciales à long terme devraient être minimes. Arianespace en sait quelque chose : la société n’avait récupéré qu’un client de SpaceX après chacun des accidents de tir de la fusée Falcon 9 de?2015 et?2016 et ses mois d’indisponibilité. « À moins que le blocage s’éternise, il serait difficile et peu pertinent pour un opérateur de satellites de basculer sur un autre lanceur. L’offre alternative de qualité et compétitive reste rare. Les carnets de commandes sont pleins pour les deux prochaines années », confirme Pacôme Révillon d’Euroconsult. L’autre lanceur américain United Lauch Alliance (ULA) ainsi que le lanceur japonais H-II sont sensiblement plus chers, et la fusée chinoise Longue Marche est hors-jeu, interdite d’embarquer des satellites intégrant des composants américains. Toutefois, ce blocage doit être pris comme un avertissement au plus haut niveau. Alors que l’Europe prépare Ariane 6, un climat social apaisé en Guyane est un impératif pour éviter de clouer au sol l’industrie spatiale européenne. 

Le Centre spatial guyanais, un atout pour l’Europe spatiale

Empêchés de travailler au Centre spatial guyanais (CSG), près de 300 techniciens et ingénieurs russes ont plié bagage pour rentrer au pays. De quoi rappeler que la base spatiale ne se contente pas de lancer Ariane. Y décollent aussi la fusée russe Soyouz pour le compte d’Arianespace ainsi que la fusée italienne Vega, dernière venue dans la famille des lanceurs européens. Sa localisation ne doit rien au hasard. Tiré d’une zone proche de l’équateur, le lanceur dispose d’une trajectoire optimale pour rejoindre l’orbite géostationnaire à 36 000?km d’altitude. Par ailleurs, les risques sont réduits : absence de cyclones et de tremblements de terre, moindres retombées de débris sur les populations en raison des façades maritimes au nord et à l’est. Mis en service en 1968, le CSG et ses 1 700 salariés vont encore écrire l’histoire. Le Cnes y construit le pas de tir d’Ariane 6, le futur lanceur low cost européen. Le coût de fonctionnement de la base est estimé à environ 393?millions d’euros par an. 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Nous suivre

 
 

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle