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L'Usine Auto

"Pas de fin de crise tant que nous n’avons pas dépassé les 16 millions de voitures en Europe", juge Carlos Tavares

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Publié le , mis à jour le 12/07/2014 À 15H11

Exclusif Le nouveau patron de PSA Peugeot Citroën, qui achève la tournée des sites industriels du groupe, participait ce jeudi 3 juillet à la conférence Automobile Business Club organisée par L’Usine Nouvelle. Pour lui, l’outil industriel renferme un énorme potentiel qui reste à optimiser.

Pas de fin de crise tant que nous n’avons pas dépassé les 16 millions de voitures en Europe, juge Carlos Tavares © Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

"Nous avons beaucoup de grain à moudre !", a lancé Carlos Tavares en ouverture de la conférence Automobile Business Club, organisée par L’Usine Nouvelle ce jeudi 3 juillet à Paris. Devant un parterre de patrons du secteur automobile, le patron de PSA Peugeot Citroën, arrivé il y a six mois, a évoqué le redressement du groupe. "Il est indépendant du marché. Il se fera ! Nous avons l’ambition de devenir un constructeur mondial. Nous ne le sommes pas encore assez."

A Lire : "Le patron de PSA CONFIRME SES DEUX CHIFFRES D'OR DE LA SORTIE DE CRISE"

Le nouvel homme fort de PSA achève une tournée des usines du groupe. Il lui reste encore les sites de Sevelnord et de Madrid à visiter. "Je suis très confiant. Les visites que j’ai faites m’ont convaincu de l’énormité du potentiel. Mais c’est comme si pendant plusieurs décennies, on n’avait rien demandé à nos collaborateurs ! La bonne nouvelle, qui est en même temps la mauvaise nouvelle, c’est qu’il y a beaucoup de choses qui ne sont pas optimales. Nous avons évoqué hier avec les directeurs d’usine d’Europe occidentale des leviers de performance industrielle, et nous nous sommes aperçu que nous avons énormément de potentiel en la matière."

Frais fixes, prix nets, coûts variables…

Le successeur de Philippe Varin a évoqué la timide reprise du marché européen. "Nous sommes repartis en petite foulée. Reste à savoir si c’est durable. Tant que nous n’avons pas dépassé les 16 millions de voitures en Europe et les 2 millions en France, on ne peut pas parler de fin de crise", juge Carlos Tavares, qui se dit "préoccupé par le manque de soutien à l’auto comme outil de mobilité des citoyens. Tout ce qui peut limiter cette mobilité peut à terme se traduire par des difficultés pour l’industrie automobile".

"Nous avons trois problèmes : des frais fixes trop importants, un problème de prix net car nous ne communiquons pas suffisamment sur la qualité de nos produits pour justifier des prix au moins égaux à ceux de nos concurrents, comme par exemple sur la 308 qui a été élue voiture de l’année. Et nous avons un problème de coûts variables qui nous pousse à améliorer notre performance industrielle". La surcapacité de l’outil industriel européen vient s’ajouter à ce contexte difficile, explique le patron du deuxième constructeur français.

Compacter les outils

Pour Carlos Tavares, la compétitivité ne se résume pas à une histoire de coût de la main d’œuvre, un discours qu’il défendait déjà chez Renault. "Beaucoup de véhicules mainstream vendus en dessous de 10 000 euros ne peuvent plus être fabriqués en France en étant rentables. Mais cela nous laisse tout le reste du marché ! Il faut éviter la caricature : la part de la main d’œuvre représente environ 15 % du prix de revient d’une voiture. Il ne faut donc pas réduire la compétitivité à une question de prix de main d’œuvre."

Les usines françaises ont été construites il y a 50 à 30 ans ajoute Carlos Tavares : "A l’époque, ce qui était gros était beau. Aujourd’hui, nous sommes dans le monde l’efficience et nous cherchons à optimiser les flux et à obtenir une certaine compacité de nos outils, à dimensionner au plus juste, et surtout à faire bien du premier coup". Les outils français ne sont pas homogènes, selon le patron : "Il y a du benchmark à faire. Je ne vais pas citer de noms pour ne pas créer de traumatismes, mais dans certains de nos sites français, 70 % des véhicules sont bons du premier coup, d’autres sont à 90 %".

Carlos Tavares a défendu le choix de passer en monoflux sur plusieurs sites : "A isocadence, si on fait sur une ligne au lieu de deux, on économise des mètres carrés, on optimise la maintenance, l’énergie et les coûts de structure". Le patron a réaffirmé l’engagement de ne pas fermer de site en France, du moins pas avant 2016. Il a indiqué que le site de Rennes allait se spécialiser davantage dans le premium et le haut de gamme, indiquant que "la 508 n’étant pas exactement l’endroit où nous voulons arriver en matière de haut de gamme…"

Vingt ans pour installer DS

Concernant les trois marques, Peugeot, Citroën et DS, le patron a affirmé leur vocation d’être des marques mondiales. "DS est un travail de longue haleine. En Allemagne, il a fallu trente ans à Audi pour y arriver. Il faut donner vingt ans à DS pour prendre racine dans le premium. J’ai découvert récemment les six prochains modèles de DS, et ils sont ahurissants de talent !". Carlos Tavares défend l’idée de lancement de modèles au niveau mondial : "La nouvelle DS6 WR que venons de lancer en Chine ne respecte pas la réglementation européenne, nous ne pouvons donc pas la vendre en Europe", regrette-t-il.

Le groupe maintient va maintenir ses investissements, assure-t-il. "Nous dépensons 7 à 8 % de notre chiffre d’affaires en R&D, affirme le patron de PSA. Cela équivaut à 8 ou 10 % chez nos concurrents car nous mettons en œuvre des procédures qui génèrent des économies. Si je réduis le nombre  de véhicules de 45 à 26, j’économise de la R&D que je peux allouer ailleurs. Si je travaille avec DongFeng à un centre technique commun, je bénéficie de ses prestations. Sur l’ensemble des coopérations, nous partageons les tickets d’investissements et cela représente des économies".

A ce sujet, concernant la technologie Hybrid Air développée par le groupe avec Bosch, Carlos Tavares a confirmé l’intérêt du groupe mais a expliqué qu’il attendait que d’autres partenaires, hormis PSA et DongFeng, s’associent pour partager l’investissement. Le nouveau patron de PSA a par ailleurs confirmé vouloir développer un plug-in hybride essence d’ici trois à quatre ans. Concernant le véhicule autonome, "les premières étapes seront visibles chez nous d’ici 2020-2022 avec d’ici là des démonstrateurs, estime Carlos Tavares. Le véhicule autonome, c’est bien, mais ce n’est pas quelque chose d’essentiel. Cela apporte  un confort d’utilisation dans certaines conditions. Mais la question sera de savoir qui va faire quoi dans le véhicule autonome, et elle sera longue à trancher".

Patrick Déniel

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