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Pas d'Europe sans industrie

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Carlo Bozotti dirige STMicroelectronics, l’un des trois fleurons européens des semi-conducteurs aux côtés de NXP et Infineon. Il plaide en faveur d’une extension des aides publiques pour la R & D et la mise en production.

Pas d'Europe sans industrie
Carlo Bozotti, dirigeant de STMicroelectronics


Vous avez eu des relations tendues avec Emmanuel Macron, quand il était ministre de l’Économie, au sujet de votre stratégie à la tête de STMicroelectronics. Comment appréhendez-vous son élection à la présidence de la République ?

Nous opérons dans un domaine qui connaît différentes phases, dont certaines sont difficiles. Nous avons eu à gérer l’effondrement de notre client Nokia, puis l’arrêt des circuits numériques pour décodeurs. C’était une période difficile où nous avons dû redéployer 2 500 ingénieurs dans d’autres activités. Cette phase d’adaptation est aujourd’hui achevée. S’il y avait une incompréhension, elle venait de difficultés de communication et de manque d’explications de notre part. Mais je suis convaincu que la stratégie mise en place est la bonne. La prochaine fois, nous essayerons de mieux communiquer.

Avec Emmanuel Macron en France et peut-être bientôt Matteo Renzi en Italie, vous auriez deux jeunes dirigeants européens. Qu’en attendez-vous pour la microélectronique européenne ?

C’est une opportunité. Je suis confiant dans leur leadership. Ils devront tout faire pour conforter la croissance, car c’est fondamental. Je ne vois pas l’Europe sans industrie. Nous avons aujourd’hui deux champions dans les semi-conducteurs, ­STMicroelectronics et Infineon. Il importe de développer l’électronique dans l’automobile et l’industriel. Deux domaines où l’Europe peut jouer un rôle moteur.

Les États français et italien sont les actionnaires de référence de STMicroelectronics. Est-ce que vous souhaitez changer la structure particulière du capital qui vous empêche de faire ce que vous voulez ?

Non. Cette structure ne pose pas de problème. Elle fait partie de la spécificité de la société depuis sa création il y a trente ans.

La microélectronique répond à des enjeux importants de souveraineté. Que demandez-vous à l’Europe pour soutenir la filière ?

L’Union européenne se prépare à lancer un plan R & D dans le cadre des initiatives IPCEI (Important projects of common european interest). Je pense qu’il faut aller au-delà de l’horizon habituel de trois ans et inscrire ce type de projet sur des durées plus longues, jusqu’à 2024, par exemple. Mais il y a quelque chose de fondamental : l’Europe doit soutenir non seulement l’effort de R & D, mais également la phase de passage en production, car il y a un lien fort entre la phase de R & D et la phase de mise en production. Aujourd’hui, les aides publiques à la production ne sont autorisées par la Commission européenne que dans les régions économiquement défavorisées. C’est très limité. Il y a convergence des points de vue sur la nécessité d’élargir le soutien à la production. Mais ce n’est pas encore fait.

NXP, qui regroupe les anciens semi-conducteurs de Philips et Motorola, est en train de se faire racheter par l’américain Qualcomm. Qu’est-ce que cela vous fait de voir un champion européen filer aux États-Unis ?

Cette opération présente des risques, mais aussi des opportunités. Il faut rester prudent. Les fusions-acquisitions ne sont pas toujours faciles à transformer en réussites. NXP et Qualcomm ont annoncé un plan ambitieux de synergies. Il faudra supprimer beaucoup de postes pour les atteindre. Les clients, qui préfèrent avoir le choix entre deux fournisseurs plutôt que d’être confrontés à un seul, risquent de ne pas aimer cette concentration. Mais pour STMicroelectronics, ceci pourrait offrir des opportunités.

Êtes-vous attristé de voir l’Europe perdre l’un de ses champions dans les semi-conducteurs ?

C’est dommage pour l’Europe, bien sûr. Mais la perte de Nokia dans les mobiles me paraît plus dommageable. L’Europe était leader dans les mobiles avec la génération de technologie GSM. Et Nokia était le porte-étendard de ce leadership mondial. Aujourd’hui, l’Europe n’est pas présente du tout dans les smartphones.

D’autres joyaux de la microélectronique européenne, comme CSR, ARM et e2v ont déjà filé hors d’Europe. S’ils étaient américains, est-ce que les États-Unis auraient laissé faire ?

Je ne sais pas ce qu’auraient fait les États-Unis. En revanche, la stratégie de l’administration d’Obama face aux grands investissements chinois, où la frontière entre le public et le privé n’est pas toujours claire, me semble efficace. Je n’ai pas de vision de l’Europe sans industrie. Il faut protéger l’industrie, la développer et investir en R & D. Il faut protéger les entreprises européennes stratégiques et rester très attentifs en particulier quand les investissements ne respectent pas les conditions du marché.

Les États-Unis se sont opposés à de nombreuses acquisitions dans les semi-conducteurs, y compris à celle de Wolfspeed par l’allemand Infineon. Les Européns sont moins interventionnistes. Le regrettez-vous ?

Il commence à y avoir en Europe une prise de conscience des enjeux de souveraineté de la microélectronique, et plus généralement de la high-tech. Le débat sur le sujet est en train de monter. Le rachat du constructeur ­allemand de robots Kuka par le chinois Midea a créé une prise de conscience en Allemagne et en Europe sur les enjeux de protection des fleurons nationaux et européens de la high-tech. J’ai participé moi-même à une réunion avec le gouvernement allemand sur le sujet. La sensibilité en Allemagne sur ces questions de souveraineté est devenue très importante.

Êtes-vous d’accord avec le projet d’Emmanuel Macron de créer en Europe un organe de contrôle des investissements étrangers, comme le CFUIS aux États-Unis, pour protéger les entreprises européennes stratégiques ?

Absolument, oui.

La Chine est en train d’investir 160 milliards de dollars en dix ans pour devenir un géant dans les puces. Faut-il, comme aux États-Unis, s’en inquiéter ?

Il faut faire attention et être sûr que ce plan soit conforme aux règles du marché. Il faut rester attentif lorsqu’il s’agit d’investissement privé. Mais si c’est de l’investissement public, cela risque de créer de graves distorsions sur le marché. Il est difficile de distinguer le public du privé dans ce plan. Il faut s’assurer également du respect des règles de réciprocité. Ce que les Chinois prévoient d’investir est considérable. Toutefois, arriver à leurs objectifs leur prendra des années. Mais, pour nous, la Chine reste un marché ouvert et important. Nous réalisons aujourd’hui 16 % de notre chiffre d’affaires avec des clients chinois tels que Huawei, Oppo et Vivo.

En quelques dates

  • 1952 Naît à Noviglio, près de Milan, en Italie.
  • 1976 Obtient son diplôme d’ingénieur en électronique à l’université de Pavie, en Italie.
  • 1977 Entre comme ingénieur R & D chez SGS-ATES, leader italien des semi-conducteurs.
  • 1987 Promu directeur général de la division produits télécoms lors de la création de STMicroelectronics par la fusion de SGS Microelettronica avec le français Thomson Semiconducteurs.
  • 2005 Devient le PDG de STMicroelectronics.

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