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L'Usine Santé

Partageons les données de santé !

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Publié le

Enquête L’ouverture des données médicales n’est pas qu’un enjeu de santé publique. Elle constitue aussi une opportunité pour les industriels.

Partageons les données de santé !
Les technologies du big data permettent d’anonymiser les données.

Les entreprises citées

Affaire du Mediator, pilules de troisième génération… Ces récents scandales sanitaires auraient-ils pu être évités si l’on avait eu accès à toutes les données de santé ? La question est posée depuis la mise en ligne de la pétition "Libérez les données de santé !", fin janvier. "Nous défendons la position qu’un partage plus large des données sur le système de soins améliorerait la transparence sur son fonctionnement et ses performances", expliquent les signataires (chercheurs, médecins, économistes ou représentants d’usagers de santé). Les industriels aussi ont tout à y gagner.

Pourquoi ouvrir l’accès à ces données ?

Autorités sanitaires, hôpitaux, industriels de la pharmacie ou du dispositif médical, entre autres, les acteurs de la santé conservent jalousement les données qu’ils produisent. Il s’agit d’informations sur les remboursements des médicaments issues de la Caisse nationale d’assurance-maladie (Cnam), de registres de morbidité, d’essais cliniques, d’ordonnances, d’imagerie médicale… Leur mise en commun améliorerait la sécurité du système du médicament. Qu’il s’agisse de détecter plus facilement les effets indésirables des traitements et les prescriptions inappropriées, comme celle de Diane 35, l’antiacnéique détourné comme pilule contraceptive. Ou d’évaluer l’impact médico-économique de nouveaux produits. Ce recoupement serait moins coûteux que la mise en place de registres, comme ceux utilisés dans les pays nordiques depuis des décennies [lire aussi page 76].

Quel intérêt pour les laboratoires pharmaceutiques ?

Pour avancer plus rapidement dans le domaine de l’épidémiologie, les chercheurs du public, représentés par l’Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan), et ceux du privé, réunis au sein de l’Alliance pour la recherche et l’innovation des industries de santé (Ariis), ont créé un portail commun (1) pour publier leurs protocoles d’études. Les laboratoires pharmaceutiques veulent aussi avoir accès aux bases de données du public, pour l’instant réservées à quelques organismes de la recherche publique. "Elles sont éventuellement exploitables par des acteurs du privé, mais il faut connaître les équipes académiques qui y ont accès, confie Jean-Michel Joubert, le directeur des affaires gouvernementales d’UCB Pharma. Or ces collaborations, historiquement fondées sur la confiance, sont plus compliquées en ce moment…" Les répercussions des scandales sanitaires ont poussé les experts publics à prendre leurs distances avec l’industrie. De l’ensemble des bases, le Système national d’informations inter-régimes de l’assurance-maladie (Sniiram) fait l’objet de toutes les convoitises. "Il nous permettrait de mieux répondre aux demandes des autorités, en particulier lorsque la Haute Autorité de santé [qui décide du remboursement des médicaments, ndlr] nous demande des études sur le bon usage d’un nouveau traitement", estime Sophie Muller, la responsable de la pharmacovigilance chez GSK.

L’industrie voudrait aussi une amélioration de la pharmacovigilance, c’est-à-dire la notification des effets indésirables des médicaments commercialisés. Ces informations que les laboratoires doivent faire remonter aux autorités sanitaires sont trop peu fournies par les médecins ou les patients. Or il s’agit de données précieuses sur la sécurité d’un produit, qui peuvent aussi conditionner son succès. Chez les fabricants de dispositifs médicaux connectés, c’est l’utilisation de données issues de capteurs ou de systèmes de télésurveillance qu’on voudrait faciliter, afin d’évaluer plus facilement l’impact médico-économique des produits. Et pouvoir les lancer plus vite. "On en est encore à l’ère préhistorique", se désole Thierry Zylberberg, le directeur d’Orange Healthcare.

Les laboratoires à l’heure du donnant-donnant

Grâce aux partenariats public-privé, les industriels se font au partage des données. Et ils jouent la carte de la transparence lorsqu’ils réalisent des études de pharmaco-épidémiologie sur leurs médicaments en vie réelle, spontanément ou à la demande des autorités sanitaires. Mais ils pourraient encore s’améliorer. Notamment en rendant publics les essais de médicaments dont le développement a échoué. Un moyen de faire gagner du temps à la recherche ! "C e serait bien de publier sur un mécanisme qui ne marche pas afin d’éviter à un chercheur de l’expérimenter, mais pour l’instant aucun journal ne veut le faire", se défend Patrice Denèfle, de l’Ariis. Les laboratoires pourraient aussi mutualiser les programmes d’accompagnement des patients qui associent sites internet et centres d’appels en partenariat avec des prestataires comme Mondial Assistance, par exemple, pour des pathologies aux traitements onéreux (ostéoporose, sclérose en plaques). "Un tel programme coûte 400 à 600 euros par patient : les laboratoires pourraient se partager les coûts, et les données", estime Patrick Biecheler, du cabinet Roland Berger

Quels garde-fous peut-on installer ?

Si leur utilisation était si restreinte, c’est parce que ces données sont très sensibles et souvent personnelles. Nul ne souhaite les voir diffuser auprès d’un assureur, à des fins commerciales… Elles sont aussi à 80% non structurées. Et doublent de volume chaque année ! De nombreux garde-fous comme l’anonymisation, la sécurisation ou un encadrement éthique de leur usage et des technologies nouvelles sont indispensables pour les manipuler. Ainsi, le Centre de bio-informatique de l’École des mines ParisTech fournit en quelques semaines des méta-analyses à partir de dizaines de milliers de séquençages de tumeurs, qui sont ensuite mis gratuitement à la disposition des chercheurs dans le cadre de consortiums internationaux. Mais comment traiter les données issues de sources différentes ? Les outils des big data ouvrent le champ des possibles. Après avoir absorbé plus de 600 000 données, 2 millions de pages issues de 42 revues médicales et d’essais cliniques, le robot Watson d’IBM est capable de passer au crible les dossiers médicaux de 1,5 million de patients et de fournir aux cliniciens des options de traitement en quelques secondes.

Si l’anonymisation des données est courante, l’industrie pharmaceutique préfère rester vigilante. "Dans les essais cliniques, très réglementés et réalisés avec le consentement des patients, les chercheurs ne postent dans les bases de données publiques que des données biologiques, sur la caractérisation moléculaire d’une tumeur par exemple, sans faire référence à l’histoire médicale du patient", explique Patrice Denèfle, l’un des représentants de l’Ariis. Côté sécurisation, il faut désormais être homologué par le ministère de la Santé pour héberger des informations médicales. Un sésame octroyé pour trois ans, dont disposent pour l’instant 45 prestataires qui appliquent des mesures de sécurité drastiques. La Commission nationale sur l’informatique et les libertés (Cnil) veille. Elle a déjà retiré son agrément à un hébergeur qui n’avait pas crypté les données.

où en est la loi ?

Une capacité de stockage de 450 téraoctets, 1,2 milliard de feuilles de soins gérées chaque année : le Sniiram fait partie des dix plus grosses bases de données mondiales. Depuis 2005, les agences de santé et les organismes publics de recherche n’accèdent pourtant qu’à un centième de sa base, sur autorisation de la Cnil. Et aucune nouvelle du groupement d’intérêt public qui devait en faciliter l’accès pour la réalisation d’études de pharmacovigilance suite à l’affaire Mediator. Le ministère de la Santé dit travailler sur ces sujets. La politique d’ouverture des données publiques amorcée par le gouvernement pourrait accélérer le mouvement. "Beaucoup de pays ont rénové leur système de santé en ouvrant leurs données. On peut à la fois faire des économies en termes de dépenses sociales et améliorer le service rendu aux citoyens", déclarait il y a quelques semaines Fleur Pellerin, la ministre déléguée chargée de l’Innovation et de l’Économie numérique. Mais pour Henri Verdier, le président d’Etalab, l’organisme chargé de l’open data, un débat public est indispensable. "La construction de ce bien commun informationnel doit se faire avec les acteurs concernés, dont la Cnam", dit-il. La légitimité des industriels à exploiter les données des patients devra aussi être abordée. "Les professionnels de santé, les autorités sanitaires et le grand public n’ont pas envie que l’industrie pharmaceutique joue un rôle actif en dehors de la mise à disposition d’un traitement, observe Patrick Biecheler, associé chargé de la santé au cabinet Roland Berger. Cette suspicion s’explique par le climat ambiant, mais aussi par la crainte des professionnels de santé de voir leur relation “exclusive” avec les patients leur échapper." Reste une question : qui va payer pour réaliser le travail intensif et coûteux d’analyse des données de santé ? Les labos, grâce à leur expertise et à leurs moyens, pourraient en partie y répondre.

(1) https://epidemiologie-france.aviesan.fr

Quatre régions en pointe

Pays nordiques

Champions des registres

Grâce à l’exploitation de systèmes très développés de registres, couvrant pour certains toute la population, les pays nordiques disposent d’informations de santé en continu. Les effets secondaires des traitements y sont mieux détectés. Dans certains domaines, il arrive que ces pays collaborent.

États-Unis

Open data à New York

Comme le rappelle Fleur Pellerin, New York a rendu publiques de nombreuses données de santé, en prenant les précautions nécessaires pour protéger les informations personnelles. Cette ouverture a suscité la création d’applications en matière d’épidémiologie ou de services à la personne.

Grande-Bretagne

Des années d’expérience

"Outre-Manche, cela fait des dizaines d’années que les chercheurs peuvent apparier des données individuelles provenant de plusieurs sources à des fins de recherche", raconte Jean-Paul Moatti, de l’Inserm. Bien sûr, ces données sont anonymes. Il est donc impossible de remonter nominalement aux personnes.

Canada

Données ouvertes

Le Canada est engagé dans une politique dynamique d’ouverture des données publiques, y compris de santé et de licences. Le gouvernement a réinitialisé son portail internet auquel contribuent 21 agences nationales. Il sera connecté à d’autres portails municipaux ou provinciaux d’open data.

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