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L'Usine Matières premières

[Parole d’industriels] La douce mort des foreurs pétroliers en France

Aurélie M'Bida , , , ,

Publié le

Ils sont visés au premier chef par le projet de loi présenté en milieu de semaine par le ministre de la Transition écologique et qui vise la fin de l’exploitation pétrolière en France. Mais qui sont ces acteurs du pétrole made in France ? Que représentent-ils ? Comment voient-ils leur avenir ?

[Parole d’industriels] La douce mort des foreurs pétroliers en France
Le projet de loi mettant fin à la recherche et à l'exploitation des hydrocarbures d’ici à 2040 programme l’arrêt de toute activité pour les foreurs de l’Hexagone.
© Swisscan - Flickr - C.C.

Une mise une à mort, l’estocade. Le projet de loi mettant fin à la recherche et à l'exploitation des hydrocarbures d’ici à 2040 présenté par Nicolas Hulot le 6 septembre programme l’arrêt de toute activité pour les foreurs de l’Hexagone. Une activité marginale (1% des besoins en pétrole du pays) mais qui est consommée localement pour la quasi-totalité, et reste fructueuse pour la poignée d'acteurs qui se partagent le marché. 1500 emplois directs, selon les chiffres de l'Union française des industries pétrolières, une expertise vieille de 100 ans. Toute une famille qui se prépare à fermer boutique, tenue à l'écart de la dynamique de transition énergétique à laquelle elle croit pourtant pouvoir participer. Zoom sur quatre "foreurs", industriels en voie d’extinction.

Vermilion, celui qui veut s'accrocher jusqu'en 2040 voire plus (si possible)

Premier producteur de pétrole en France, le canadien Vermilion a su apprécier la nouvelle à sa juste valeur. "Notre groupe en France ce sont 1,2 milliard d'euros investis en 20 ans, la création de 600 emplois, et plus de 20 millions d'euros reversés aux collectivités locales sous forme de taxes minières", détaille Jean-Pascal Simard,  directeur des relations publiques pour l'Europe du groupe pétrolier, "de ce fait nous sommes déçus par les annonces de M. Hulot". Les chiffres sont loin d'être dérisoires pour un secteur qui ne sort de terre que 815 000 tonnes de brut par an. Un marché que le producteur canadien exploite pour les deux-tiers. La France représente d'ailleurs 25% de l'activité mondiale du groupe. "Vermillon ne veut pas partir de France pour autant. Nous exploitons 26 concessions en cours de validité, nous allons continuer à extraire ce pétrole, à investir, puis lorsqu'on devra arrêter, nous nous conformerons à la loi", garantit le porte-parole du pétrolier. En revanche, cela ne signifie pas que la pilule ne soit pas amère.

L'industriel plaide pour un prolongement de 10 ans de la "date de fin de (ses) activités". Une demande qu'il juge légitime au regard de l'objectif de neutralité carbone fixé par le gouvernement (précédent) à l'horizon 2050. "2040, c'est trop court", déplore Jean-Pascal Simard, "2050 nous laisserait 33 ans pour être en phase et entamer notre propre reconversion, compléter notre retour sur investissement et donner une plus grande visibilité à nos employés".

Alors si la loi est votée en l'état, et la fin des activités du groupe en France est actée pour 2040 (ou 2050), Vermilion va-t-il mourir pour autant ? "On possède des actifs pétrole et gaz naturel dans plusieurs pays. Nous allons investir davantage dans des actifs producteurs de gaz dans le futur – donc en dehors de France - et n'envisageons pas de reconversion vers les ENR pour l'instant", explique Jean-Pascal Simard. Pourtant son entreprise agit déjà dans le sens d'un impact environnemental "positif", souligne-t-il, en citant notamment son projet de valorisation d'énergie dans les Landes où, depuis 2009, le groupe fournit de la chaleur, provenant de l'eau issue de l'exploitation de son champ pétrolier, au groupement d’agriculteurs Tom d’Aqui.

 

SMP, celui qui va fuir en Afrique

Tableau plus noir pour la SMP (société de maintenance pétrolière) et sa filiale SPPE, 100% dédiée au forage pétrolier. "L'annonce est dramatique", déplore Bernard Raigneau son PDG. Et le chef d'entreprise ne prend pas 36 détours pour annoncer que l'activité de forage en France de sa société "c'est fini". Qu'allez-vous faire à l'expiration de vos permis et en 2040 ? "Nous allons partir à l'étranger", répond M. Raigneau, précisant que sa société possédait des actifs importants au Gabon et au Mozambique notamment. Mais il le reconnait, et le regrette, "cette loi va représenter un manque à gagner pour la dizaine d'appareils qui travaillent en France". Sur les quelque 250 à 300 personnes qui travaillent dans l'activité pétrolière à SMP, seuls les ingénieurs pourront suivre en Afrique. "La main d'œuvre reste locale", explique Bernard Raigneau en insistant sur la fatalité du chômage pour une majorité de ses ouvriers si l'entreprise se délocalise.

 

OELWEG, celui qui ne croit pas du tout à la reconversion

"C'est mort, les perspectives sont réduites à néant", s'emporte encore Philippe Labat qui, plus de 24 heures après l'annonce de Nicolas Hulot, ne décolère pas. "Il va falloir qu'on commence à se sevrer des hydrocarbures liquides ou gazeux", assure le président d'OELWEG qui produit du pétrole en Alsace depuis 18 ans. Dix barils par jour sont exportés en Allemagne à 15 km pour y être raffinés. Un employé travaille 20 heures par mois ainsi que quelques sous-traitants. Il regrette la façon dont "messieurs Macron et Hulot prennent le problème à l'envers. Ce n'est pas en jouant sur la production qu'on va couper la consommation". Tout en ne se risquant pas à donner les solutions à un problème "qui ne relève pas de (ses) compétences", il indique ne pas voir d'alternative.

"Après 2020-2040, la conversion sera démographique et géographique. Nos salariés partiront à la retraite sans être remplacés, ceux qui pourront se 'recaser' à l'étranger, comme les ingénieurs, géologues, et géophysiciens, le feront, et les 'exécutants' partiront en Allemagne voisine ou au chômage". Quant à une reconversion vers les énergies renouvelables, la simple idée fait sourire le chef d'entreprise. "Contrairement à ce que certains peuvent croire, un pétrolier n'a aucun intérêt à forer à 150 m pour pomper de la chaleur, seul le forage géothermique profond resterait envisageable", avant de conclure amère, "pourquoi nous pétroliers on ferait mieux que ceux qui s'y connaissent ? On ne peut pas  se reconvertir dans les ENR en un claquement de doigt".

 

Avenia, celui qui rassemble un bassin en danger

"Cette loi n'a aucun avantage que des inconvénients", s’exclame Jérôme Porfirio, président d’Avenia, pôle de compétitivité de la Nouvelle Aquitaine. "On limite la production mais pas la consommation, et la France va continuer à importer du pétrole d’Arabie saoudite ou d’Amérique du Sud, avec un coût CO2 déplorable". Avenia est actif dans le pétrole et le gaz, la géothermie et le chauffage au sol. "Nous comptons 180 structures adhérentes, du grand groupe à la start-up, en passant par les organismes de R&D. Tout le monde est touché par le projet de loi", explique Jérôme Porfirio. Et quand il dit "touché", il pense "décapité". Dans la région de Pau où Avenia est installé, non loin du gigantesque centre de recherche du premier des pétroliers français, Total, les PME industrielles dont l'activité est 100% O&G en France ont matière à s’inquiéter. "20 sociétés sont directement affectées", précise M. Porfirio, précisant que "c’est tout un écosystème local qui est particulièrement sensible à cette loi".

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