Paris et Berlin en quête de solutions pour l'euro

par Yann Le Guernigou

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PARIS (Reuters) - Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se retrouvent mardi à Paris sous l'oeil inquiet des marchés, dans l'attente de mesures audacieuses comme la mutualisation de la dette de la zone euro pour rétablir la confiance dans la monnaie unique.

La tempête qui vient d'ébranler les places financières sur fond de craintes de contagion de la crise des dettes grecque, portugaise et irlandaise à des économies de grands pays comme l'Espagne, l'Italie et même la France, a donné un aspect d'urgence à ce sommet.

Mais Berlin comme Paris ont exclu lundi que la question de la création éventuelle d'obligations émises en commun par les pays de la zone euro (Eurobonds) soit évoquée lors de cette troisième entrevue entre le président français et la chancelière allemande en l'espace de deux mois.

"Le gouvernement a dit à de multiples reprises ne pas croire à la pertinence des eurobonds, c'est pourquoi ils ne joueront aucun rôle dans la réunion de demain", a déclaré le porte-parole du gouvernement allemand Steffen Seibert.

L'Elysée a indiqué de même que les Eurobonds n'étaient pas à l'ordre du jour, une confirmation qui a fait passer brièvement la Bourse de Paris dans le rouge.

"C'est décevant. Il faut prendre des mesures pour résoudre la crise de la dette dans le zone euro et avancer (...) Or il semble que ce ne sera pas le cas lors de la rencontre entre Sarkozy et Merkel", a déploré un gestionnaire de fonds français.

PROBLÈMES DE MOYENS

La France et l'Allemagne s'en tiennent à l'ordre du jour officiel annoncé, à savoir la préparation de propositions de réforme de la gouvernance de la zone euro qu'ils se sont engagés à présenter à leurs partenaires avant la fin de l'été.

Les pays de la zone euro croyaient avoir fait le plus dur en approuvant le 21 juillet à Bruxelles un nouveau plan d'aide à la Grèce en même temps qu'ils réformaient en profondeur leur mécanisme de gestion des crises sur la base de propositions laborieusement négociées entre la France et l'Allemagne.

Des doutes sont néanmoins rapidement apparus sur les moyens que les Européens sont prêts à mobiliser pour les situations d'urgence dans le cadre du Fonds européen de stabilité financière (FESF), doté de 440 milliards d'euros, provoquant un mouvement de défiance généralisé sur les marchés.

"La problématique c'est que tant que le FESF s'occupe de la Grèce, du Portugal et de l'Irlande, il n'a pas de problèmes de moyens. Mais il en aura si on étend son rôle à l'Espagne et à l'Italie", déclare Philippe Waechter, responsable des études économiques de Natixis Asset Management.

De nombreux économistes voient dans la création d'eurobonds une issue à la crise actuelle car ils permettraient aux pays de la zone euro en difficulté de ne pas avoir à se financer à des taux prohibitifs.

CAP INSTITUTIONNEL

En attendant, l'Italie et l'Espagne ont été contraintes d'annoncer en urgence la semaine passée de nouvelles mesures d'austérité.

La France, qui vient d'enregistrer une croissance nulle de son économie au deuxième trimestre, prépare de son côté un budget 2012 difficile après s'être engagée à respecter ses objectifs de réduction des déficits publics quelle que soit l'évolution de la conjoncture.

Angela Merkel pourrait avoir mardi après-midi la primeur des mesures envisagées par le gouvernement pour y parvenir : avant de recevoir la chancelière, Nicolas Sarkozy aura évoqué lors d'un déjeuner avec le Premier ministre François Fillon des propositions de ses ministres des Finances et du Budget qui feront l'objet d'ultimes arbitrages prévus le 24 août.

S'agissant de la gouvernance de la zone euro, les deux dirigeants devraient évoquer son aspect institutionnel ainsi qu'un renforcement de la convergence et de la coordination des politiques des Etats membres.

Parmi les solutions évoquées, figure la tenue de sommets réguliers de la zone euro, souhaitée de longue date par la France, ou la mise en place d'un système de surveillance renforcé des politiques budgétaires.

Pour Philippe Waechter, l'enjeu aujourd'hui est de passer un cap institutionnel car les événements ont montré que "la monnaie commune n'est pas suffisante pour garantir la cohésion de la zone euro."

Avec la contribution d'Alexandre Boksenbaum-Granier, édité par Gérard Bon

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