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Paris, champion caché du numérique

Aurélie Barbaux , , , ,

Publié le

Enquête Les TIC représentent 13 % des emploisen Île de France, soit 423 000 salariéset 24 000 entreprises. Concurrencé par Berlin et Londres, Paris garde une longeur d'avance.

Ça suffit ! Après lui avoir volé l'organisation des jeux Olympiques de 2012, Londres voudrait rafler à Paris le titre de capitale européenne du numérique. Un titre que personne ne revendiquait vraiment, jusqu'à ce que la capitale du Royaume-Uni lance à l'automne 2011 une vaste et très efficace campagne de communication autour de sa Tech city et ses 600 start-up high-tech. De quoi énerver jusqu'à l'Élysée. À tel point que, dans l'urgence, à l'occasion de la conférence Web 2012 (l'une des petites fiertés high-tech tricolores qui se tient à Paris depuis six ans début décembre), le pôle de compétitivité Cap Digital et cinq associations d'entreprises high-tech ont concocté une carte numérique [francenumerique.ign.fr] recensant les PME innovantes en Île-de-France. Résultat, « sans effort, ils en ont dénombré 1 833, dont 1 800 start-up. Et encore, ce chiffre est probablement sous-estimé, car il ne tient pas compte d'acteurs numériques non dédiés, dans le secteur de la santé notamment », prévient Jean-Louis Missika, l'adjoint au maire de Paris chargé de l'innovation, de la recherche et des universités.

Alors, qui dit mieux ? A priori personne, parce que personne ne le sait. Pourtant, le numérique représente 13 % des emplois en Île de France : soit quelque 423 000 salariés dans 24 000 entreprises. Plus de 20 000 étudiants sont formés aux technologies de l'information et de la communication tous les ans dans 70 écoles et universités. Le secteur affiche une croissance de 4 % par an. Le plateau de Saclay, où le gouvernement a prévu d'engager 1 milliard d'euros dans le cadre des investissements d'avenir pour structurer la future Silicon Valley française, abrite une forte concentration de PME numériques. « Elles sont surtout centrées sur les systèmes complexes. L'intérêt des entreprises pour les contenus, les réseaux et les interfaces numériques est un phénomène plus urbain », observe Henri Verdier, le dirigeant fondateur de la start-up MFG Labs (dédiée aux big data) et président de Cap Digital. À Paris, un épicentre autour du quartier du Sentier et de l'ancienne Bourse [lire page 47] diffuse vers d'autres pôles situés dans la petite couronne à Issy-les-Moulineaux et à Boulogne-Billancourt dans les Hauts-de-Seine, et à Montreuil, Saint-Ouen et Saint-Denis en Seine-Saint-Denis. Un phénomène récent. « Il y a vingt ans, tout ce que comptaient Paris et la région d'acteurs du numérique se retrouvait à l'Atelier BNP Paribas. Nous étions tout au plus un millier. Aujourd'hui, le très pointu Data tuesday, un événement mensuel d'échange consacrés aux nouvelles technologies pour l'analyse des grands volumes de données, les big data, rassemble sans problème 120 personnes chaque premier jeudi du mois à Paris », observe Henri Verdier.

 

Écosystème de geeks

 

Internet, le logiciel open source et l'e-commerce ne font pas tout le numérique parisien. Une partie de l'univers du cinéma et du divertissement a aussi pris le virage digital. Les agences de communication organisées autour de l'Association des agences conseil en communication (AACC) s'y mettent elles aussi à travers un programme innovant. Lancé en décembre 2011, le AACC Startup project va permettre cette année à dix start-up parisiennes d'être coachées par une agence de communication. Elles seront aidées dans l'organisation de leur promotion et pourront accéder aux clients de l'agence.

La concentration des acteurs numériques dans la capitale est l'un de ses atouts. Alors que Londres s'étend sur 1 706 km², Paris et ses 105,4 km² permettent aux entrepreneurs d'être tous à moins d'une heure les uns des autres. Car même dans une économie virtuelle, il est indispensable de se rencontrer. Cet écosystème de geeks bénéficie d'un terreau fertile, soutenu par la politique volontariste de la municipalité de Bertrand Delanoë. C'est Christian Sauter, l'ancien ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, nommé en 2001 adjoint au maire de Paris chargé de l'emploi, du développement économique et de l'attractivité internationale, qui a compris le premier l'intérêt de miser sur les PME innovantes. Dès 2002, la ville s'est rapprochée d'Oséo pour négocier des aides via le programme Paris Finance plus. Signataire du Pacte PME en 2008, la ville réserve aux PME une bonne place dans ses achats publics. Depuis, la ville a créé, toujours avec Oséo, un programme baptisé Paris Innovation amorçage, avec des subventions pouvant aller jusqu'à 30 000 euros.

En un peu plus de dix ans, la capitale s'est dotée de cinq incubateurs importants pour start-up high-tech. Ils proposent près de 20 000 m² de bureaux et 100 000 m² sont prévus d'ici à 2014. La ville a également ouvert des lieux pour favoriser la créativité numérique. Le 104, inauguré en 2009 dans un quartier populaire du 19e arrondissement, accueille des artistes en résidence et des manifestations. Le 2 mars 2011, c'est la Gaîté lyrique qui ouvrait ses portes après des années de travaux dispendieux. Cet ancien théâtre est désormais dédié à des arts numériques, des expositions, des concerts et des performances. « Courant 2012, la Gaîté lyrique sera dotée, dans ses deux derniers étages, d'un incubateur dédié aux start-up du secteur », annonce Jean-Louis Missika. Dernier né, le Labo de l'édition a été inauguré à la fin 2011 sur 500 m² dans le 5e arrondissement. Il doit servir d'interface entre les acteurs du numérique, de la librairie et de l'édition traditionnelle. Il accueille déjà quelques start-up et un espace de co-working. Enfin, avec Google et JC Decaux, la capitale s'est dotée d'une superbe maquette numérique interactive en 2 D et en 3 D, installée au centre du Pavillon de l'Arsenal, pour présenter l'urbanisme du Grand Paris d'ici à 2020.

Un foisonnement d'initiatives qui attire des grands noms de la high-tech internationale. Comme Google, qui a inauguré début décembre 2011 en plein coeur de Paris, en présence de son président exécutif Eric Schmidt et du président de la République Nicolas Sarkozy, son siège pour l'Europe, l'Afrique et le Moyen-Orient. Cet hôtel particulier, dans lequel l'américain a investi plus de 100 millions d'euros, accueillera également un institut culturel européen et un centre de recherche et développement. La présence de Google à Paris reste symbolique. « Cela deviendra sérieux lorsqu'ils y mettront de vrais chercheurs, comme le fait Microsoft, qui a ouvert un laboratoire mixte avec l'Inria ou Cisco, qui est membre de Cap Digital », remarque Henri Verdier. Ces deux pionniers ont pris leur temps, dix ans, pour apprécier la qualité de l'écosystème numérique parisien et passer leur collaboration et leurs engagements à la vitesse supérieure.

 

Filière en mal de stratégie

 

Google, Microsoft, c'est bien. Mais Paris peut faire mieux pour rayonner sur la scène geek mondiale. La ville est par exemple en retard en matière d'open data, la mise à disposition en ligne des données publiques. Notamment vis-à-vis de Londres. Le site opendata.paris.fr n'a été lancé qu'en décembre 2010. Et s'il propose déjà plusieurs dizaines de jeux de données, il ne dispose d'aucun budget et donc d'aucune équipe dédiée pour organiser la collecte des données dans les services, leur promotion et leur réutilisation par des entreprises. « Nous attendons d'avoir une masse critique », assure Jean-Louis Missika à la Mairie de Paris, qui se félicite au passage du succès du fichier « lieux de tournage », récemment mis en ligne. L'adjoint au maire de Paris promet que la capitale disposera bientôt de sa propre extension d'adresse internet « .paris ». « Cela a du sens pour les services urbains, comme les taxis », explique-t-il.

Cette agitation numérique empêche-telle Paris de tenir un discours clair et audible ? Entre l'État, la région, la ville, la chambre de commerce et d'industrie, les pôles de compétitivité et autres clusters, les associations... chacun y va de son couplet. « Personne n'arrive à rassembler tout le monde autour d'une table pour livrer des données fiables et consolidées et pour définir un discours unique », regrette Henri Verdier, le président de Cap Digital. Le slogan Paris Ville numérique, lancé en 2006, renvoie à un programme qui visait à connecter les Parisiens. A priori, c'est fait, avec 400 points d'accès Wi-Fi dans des lieux publics (même si certains ont été fermés, tel le hall du Centre Pompidou). Et il existe désormais huit lieux de co-working, sur le modèle de La Cantine [lire l'encadré ci-contre], sans parler de ceux qui s'ouvrent au-delà du périphérique. De quoi tisser un réseau de développeurs et d'entrepreneurs. « C'est bien, car tout ne se passe pas au centre de Paris », remarque Frédéric Uru, le délégué général de Silicon Sentier.

Alors, Paris capitale européenne du numérique ? Oui et non. Berlin dispute en énergie, en créativité et en capitaux cette première place. « Une start-up vient de lever 50 millions d'euros là-bas », annonce, rêveur, Henri Verdier. Un montant digne de la Californie. D'ailleurs, de plus en plus d'entrepreneurs français ouvrent un bureau à Berlin. Paris pourra-t-elle rivaliser ? Même sur les jeux sociaux et les casual games, les Allemands se font pressants. Paris devrait peut-être se focaliser davantage sur ses domaines d'excellence. « Sur les mathématiques, le design, la santé nous avons une longueur d'avance », assure Henri Verdier. Encore faut-il le faire savoir.

UN INCUBATEUR GÉANT

1 800 start-up high-tech en réseau dont 150 en incubation intra-muros représentant 366 millions d'euros de chiffre d'affaires cumulé, 59 millions d'euros d'investissement 4 069 emplois

« Trois fois plus de start-up qu'à Londres »

JEAN-LOUIS MISSIKA, adjoint au maire de Paris chargé de l'innovation, de la recherche et des universités.

Paris est-elle vraiment la capitale européenne du numérique ? Elle pourrait en tout cas en revendiquer le titre. On y dénombre trois fois plus de start-up du numérique qu'à Londres. Sans parler de la richesse des laboratoires et des universités franciliens. Cette effervescence commence à se répandre. Comment le faire savoir ? Nous pourrions faire comme les Anglais et communiquer à grands coups de publicité. Nous avons choisi une méthode plus moderne : le réseau. Nous travaillons notamment sur l'e-réputation de Paris. Des manifestations comme LeWeb, qui rassemble à Paris tous ceux qui comptent dans la Silicon Valley, y participent. Tout comme la conférence Open world forum portée par le pôle Systematic, et le festival Futur en seine, qui devient annuel. Sans parler des milliardaires du web, comme Marc Simoncini [le fondateur de Meetic], ou Xavier Niel [le fondateur d'Iliad, la maison mère de Free], qui réinvestissent dans des start-up et nous rapprochent ainsi du modèle californien. Comment la ville participe-t-elle à cet écosystème ? Nous n'avons pas de grand plan numérique, car cela n'a pas de sens pour ces technologies. En revanche, sur la mandature, nous investissons 1 milliard d'euros dans l'innovation, qui irrigue directement cet écosystème. Nous avons ainsi créé le Street-lab, afin de tester dans la cité des applications numériques. Nous avons aussi lancé un fond d'amorçage, en partenariat avec Oséo, qui permet de soutenir les start-up au démarrage. La ville finance également l'aménagement d'incubateurs pour les start-up high-tech, dont le dernier, Paris-Nord-Express (7 500 m²), a été inauguré le 9 février dans le 18e arrondissement. Sans parler des 12 millions d'euros de subventions pour les projets labéllisés par les pôles de compétitivité System@tic et Cap Digital. Enfin, nous avons organisé un grand concours et présenté plus de 40 projets de mobilier urbain intelligent. Certains prototypes, comme le Modulowatt de recharge main-libre de véhicule, sont déjà installés. L'urbanisme est un grand sujet du numérique.

CINQ PÉPITES RECONNUES À L'INTERNATIONAL

CRITEO CIBLAGE PUBLICITAIRE 70 salariés C.A. 2010 17 millions euros Comment internet sait-il que vous êtes à la recherche d'une cafetière ? Grâce à Criteo. Fondée en 2005, la start-up propose une solution identifiant les internautes qui se sont rendus sur un site marchand sans faire d'achat, pour leur proposer ensuite des publicités ciblées. Plus de 400 sites internationaux, dont eBay, l'ont adopté. GOSTAI LE CERVEAU DES ROBOTS 15 salariés C.A. 2010 non communiqué Jazz, le sympathique robot de téléprésence développé par Gostai, est destiné à un usage professionnel. Il est facile à personnaliser grâce au langage Urbi, développé par Jean-Christophe Baille, le fondateur de la start-up, en mars 2006. Un logiciel adopté par 15 modèles de robots dans le monde, dont le fameux français Nao d'Aldebaran Robotics. TOTAL IMMERSION RÉALITÉ AUGMENTÉE 46 salariés C.A. 2010 3,9 millions euros C'est par une application pour Renault que Bruno Uzan est entré en 1998 sur le marché de la réalité augmentée. Depuis, Total Immersion a réalisé plus de 1 000 applications pour l'industrie et le divertissement (au Futuroscope, dans la Vienne, notamment). Sa technologie D'Fusion brevetée sera bientôt embarquée dans les smartphones. COVOITURAGE.FR PARTAGE DE KILOMÈTRES 35 salariés C.A. 2010 non communiqué Covoiturage.fr revendique 1,6 million de membres, dont 400 000 conducteurs offrant leurs sièges libres à des passagers qui partagent ainsi leurs frais. L'entreprise possède aussi un site espagnol (comuto.es) et un anglais (blablacar.com). Depuis son lancement en 2006 par Frédéric Mazzella, le site a permis le partage de 1,6 milliard de kilomètres pour 8 millions de voyageurs. QUANTIC DREAM JEUX VIDÉO 3D 77 salariés C.A. 2010 5,3 millions euros Les jeux vidéo Nomad Soul, Fahrenheit et Heavy Rain, neuvième meilleure vente sur PS3 en 2010 (2 millions d'exemplaires), sont tous sortis des studios Quantic Dream. La PME, créée en 1997, a aussi développé un savoir-faire en matière de captation d'acteurs virtuels 3 D en temps réel. Elle loue son studio équipé de 64 caméras.

LA SILICON SENTIER ÉTEND SA TOILE

La Cantine, Le Camping et Silicon Xperience diffusent l'esprit Silicon Valley depuis le quartier de la Bourse, au coeur de la capitale.

En 2000, des entrepreneurs parisiens du web décident de se fédérer sur le modèle de la Silicon Valley californienne. Installés dans d'anciennes filatures du quartier du Sentier, dans le 2e arrondissement de Paris, ils créent l'association Silicon Sentier. Mais la bulle internet explose. Silicon Sentier somnole jusqu'en 2008, date de l'ouverture de La Cantine, le premier lieu de co-working situé dans la galerie Montmartre, un passage couvert à deux minutes du métro Bourse. Le bar est ouvert à tous, mais il faut réserver sa place de travail. Car les développeurs isolés viennent nombreux développer et échanger, jusqu'à monter des projets. La ville de Paris et des partenaires privés (Orange, BNP, SNCF...) financent la moitié des 2 millions d'euros de budget du lieu. Un succès. La Cantine a vu défiler 17 000 personnes en 2011 et a déjà accueilli 400 événements. Elle a aussi étendu sa toile. Des Cantines ont ouvert à Rennes, Nantes, Toulouse, Toulon, et bientôt à Strasbourg. Mais ce n'est pas assez. Ces projets qui émergent de La Cantine, il faut les mûrir. En 2011, l'association lance donc Le Camping. Au premier étage du Palais Brongniart, qui abritait la Bourse, 12 équipes, sélectionnées parmi 160 dossiers, s'installent pour six mois afin d'accoucher de leur entreprise. 60 coachs bénévoles les y aident. De la première promotion, sept ont trouvé des financements pour se lancer. Une deuxième promotion est en place. Mais incuber ne suffit pas, il faut aussi tester. Silicon Sentier veut se doter d'un livinglab, Silicon Xperience, actuellement en test. Forcément, avec un tel succès, Silicon Sentier est à l'étroit à La Cantine. L'association, qui compte 170 PME membres et touche un réseau de 1 200 personnes, a répondu à un appel à candidatures de la région Île-de-France pour la création d'un grand lieu intégré de l'innovation. Cet espace de 1 500 m², avec 100 place de co-working et un atelier « fablab » (faites-le vous-même), pourrait ouvrir avant la fin de l'année.

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