[Parcoursup] Stop aux idées reçues : on peut réussir avec une filière courte !

"Alors que la société continue d’inculquer aux jeunes et aux parents que sans études supérieures, aucune réussite professionnelle n’est possible, aujourd’hui de nombreux cadres désertent leurs postes pour se reconvertir à des métiers de l’artisanat. Réussir sa vie, c’est être épanoui dans ce que l‘on fait. Il est temps de ne plus assimiler les études courtes à des échecs scolaires et à des vies ratées !" : le coup de gueule de Jonathan Martelli, co-fondateur d’ekWateur, fournisseur collaboratif d’énergie.

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[Parcoursup] Stop aux idées reçues : on peut réussir avec une filière courte !
"Quel est le taux d’employabilité d’un master en ethnologie contre un BEP en Bâtiment", questionne Jonathan Martelli.

Halte à l’impérialisme du baccalauréat scientifique, des grandes écoles, des écoles de commerce ou d’ingénieurs ! Stop à l’idée que seule la voie généraliste est source de réussite dans la vie ! Assez d’assimiler les cursus professionnels à l’échec scolaire !

La France est schizophrène. D’un coté elle s’inquiète, et à juste titre, de voir sa jeunesse au chômage, de l’autre elle dénigre les formations débouchant sur des emplois. Plombier, boulanger, fleuriste, prothésiste, seraient-ils des métiers dénués d’intérêt ? Non. Quiconque a le droit de préférer des métiers de terrain à des métiers de bureau. Halte à l’appellation des emplois intellectuels et emplois manuels issus d’un monde qui n’est plus le nôtre. Comme si un mécanicien ne réfléchissait pas pour comprendre une panne. Chacun utilisera ses connaissances et s’adaptera à la demande à laquelle il fait face. Il n’y a pas de sot métier. Tout le monde n’est pas fait pour être cadre et toute la difficulté n’est pas d’exercer un métier, mais d’y prendre plaisir et de le faire toujours avec envie.

D’ailleurs, aujourd’hui il n’est pas rare de voir des cadres abandonnés leurs "brillantes" carrières professionnelles pour se tourner vers des métiers de terrain. Stressés, absence de motivation, manque de lisibilité, ils aspirent à donner du sens à leur vie professionnelle. Car l’important n’est-il pas d’exercer un métier en adéquation avec la vie qu’on veut mener ? Tout le monde ne rêve pas de faire des journées à rallonge, de se remettre au travail le soir chez soi ou d’avoir des responsabilités, des équipes à gérer, etc. Certains préfèrent des vies professionnelles plus calmes, plus posées, sans stress avec la possibilité de profiter de leur temps libre et de leur famille.

Revaloriser les cursus professionnalisants

Mais aujourd’hui encore, la pression sociale veut que la réussite professionnelle se mesure à son niveau d’études et hiérarchique et à son salaire. Si l’on écoute l’Education nationale et, globalement, la société, point de bonheur sans bac généraliste et études supérieures. Combien de fois n’a t-on entendu des enseignants brandir comme une menace l’orientation vers des études professionnelles ? "Si tu ne travailles pas tu iras en CAP ou BEP !". Résultat : un fossé se creuse dès le collège entre, d’un coté des élèves qui vont suivre un parcours classique et, de l’autre, ceux considérés en échec scolaire et qui vont suivre des filières courtes type CAP, BEP ou bac pro.

Mais à quoi sert un bac S quand on veut être cuisinier ? Un élève qui n’est pas épanoui dans son apprentissage abandonnera ses études et sortira sans qualification aucune. N’est-il donc pas absurde de pousser un élève jusqu’au bac plutôt que de l’encourager à apprendre un métier ? N’est il pas préférable d’avoir un CAP ou un BEP débouchant sur un emploi plutôt que de sortir de l’université avec un diplôme inadapté au monde professionnel? De longues études ne sont pas synonymes d’employabilité, et il est temps que l’Education nationale adapte le nombre de places à la réalité du marché.

Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises études, tant que le cursus est adapté à ce que l’on souhaite faire et que l’enseignement est en corrélation avec le monde du travail. Rien de déshonorable à passer un CAP ou un BEP et, si au début de la vie professionnelle, les salaires des cadres sont plus valorisés que ceux des métiers de terrain, les artisans peuvent s’ils le souhaitent devenir gérants de leurs propres structures et très bien gagner leur vie.

Ouvrir le monde de l’entreprise à l’Education nationale

De tout temps, le monde de l’entreprise est resté fermé à celui de l’Education nationale. Et inversement. Or dans un monde professionnel aussi mouvant qu’il l’est aujourd’hui, comment connaître tous les métiers constitutifs d’un groupe industriel, d’un laboratoire pharmaceutique ou d’une entreprise de la nouvelle économie ? Pour susciter l’envie d’embrasser une carrière, encore faut-il connaître son existence. Et le stage d’une semaine en troisième est loin d’être suffisant.

Il faut donc un véritable rapprochement entre entreprise et Education nationale, pour informer, échanger, présenter les différents métiers possibles. L’entreprise doit rentrer dans l’école et l’école doit s’ouvrir à l’entreprise. Les professionnels doivent prendre le temps de se rendre dans les établissements scolaires pour échanger avec les jeunes. Ils doivent expliquer ce qu’est l’entreprise, son fonctionnement et ses différents métiers. Les stages doivent se multiplier dans le parcours scolaire et, même si cela nécessite un investissement en temps des encadrants, n’oublions pas que cette jeunesse sera la force vive de nos entreprises de demain.

Il est temps de rapprocher école et entreprise, d’en finir avec cette idée qu’il y a, d’un côté, ceux qui réussissent leurs vies parce qu’ils ont suivi des études supérieures et sont devenus des cadres dirigeants dans de grands groupes et, de l’autre, ceux qui ratent leurs vies parce qu’ils ont fait des études courtes et sont artisans. Parents et enseignants, écoutez vos enfants, poussez-les à s’épanouir dans un métier qui fait sens avec notre époque. Quel est le taux d’employabilité d’un master en ethnologie contre un BEP en Bâtiment ? 43% contre 88% pour un salaire à l’embauche moyen quasi équivalent ! Réussir sa vie n’est-ce pas être épanoui dans ce que l’on fait ? Ne vaut-il pas mieux être un boulanger heureux qu’un directeur marketing malheureux ?

Les avis d'experts sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.


A propos de l'auteur:

Jonathan Martelli était anciennement directeur de l’organisation et des processus de Direct Energie, puis des projets et des opérations Lampiris France, pour lequel il a mis en place l’ensemble de l’architecture logicielle et du S.I. Il est notamment l’architecte du lancement d’Orange au Niger et en Ouganda. Il est titulaire d’un master en Intégration des Systèmes d’Information.

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