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L'Usine Santé

Parabènes, peut-on les remplacer ?

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Enquête Les perturbateurs endocriniens sont présents dans la plupart des produits cosmétiques. La recherche d’alternatives est coûteuse et complexe. Un frein pour les géants de la beauté, une opportunité pour les petites marques bio.

Parabènes, peut-on les remplacer ?

Les entreprises citées

La Commission européenne l’avait promis pour septembre. Il faudra finalement attendre décembre pour avoir une définition précise

Sous surveillance

  • 2010 Le Danemark interdit deux parabènes dans les cosmétiques pour bébés.
  • 2011 La France rejette une proposition de loi visant à interdire les phtalates, parabènes et alkylphénols.
  • Décembre 2013 La Commission européenne donnera une définition des perturbateurs endocriniens. Révision du règlement du secteur cosmétique.
des perturbateurs endocriniens et connaître les critères scientifiques permettant de les identifier. Et encore plus longtemps avant qu’ils ne soient inclus dans la réglementation du secteur cosmétique. Pourtant, cela fait des années qu’on entend parler de ces substances chimiques, d’origine naturelle ou synthétique, qui interfèrent avec le système hormonal. Considérées comme une menace mondiale pour la santé par l’Organisation mondiale de la santé, elles sont soupçonnées de provoquer infertilité, cancers, malformation des fœtus… Dans le secteur de la pharmacie, le Distilbène, prescrit aux femmes enceintes, notamment pour prévenir les fausses couches, et qui avait entraîné des malformations génitales, reste un sinistre exemple.

La cosmétique ne serait pas épargnée non plus… car elle est truffée de perturbateurs endocriniens ! D’après une étude publiée mi-septembre par Noteo, près de 40% des produits d’hygiène-beauté en contiennent au moins un. Dentifrice, shampooing, déodorant, maquillage… En analysant, en avril, 66 produits courants de la salle de bains, l’association UFC - Que Choisir a trouvé ces substances sous la forme de conservateurs, d’antibactériens, de filtres solaires et d’émollients. Or ces molécules peuvent avoir un effet hormonal à des concentrations infimes. "Sur le dentifrice Colgate Total, nos mesures ont révélé une teneur en triclosan susceptible d’effet sur la thyroïde, affirme l’association. Quant au gel douche Nivea Water lily & oil, nous y avons trouvé du propylparaben à une dose supérieure à la recommandation du Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs." Et gare à l’"effet cocktail", comme avec l’antibactérien triclosan que l’on retrouve aussi dans les déodorants. L’addition des doses ferait atteindre un niveau de risque significatif.

Difficile de trouver des substituts

Mais les recherches indépendantes sur l’impact de ces molécules à long terme manquent. Sans compter que d’autres facteurs

Des substances chimiques à risque

  • Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques d’origine naturelle ou synthétique, interférant avec le système hormonal des humains et des animaux. Ils peuvent perturber les fonctions reproductrices, la croissance. Les plus présents dans les cosmétiques sont les parabènes, les phtalates, le phénoxyéthanol, les filtres UV chimiques, le triclosan.
  • Les parabènes sont des substances de synthèse aux propriétés antibactériennes et antifongiques. Utilisés comme conservateurs dans les cosmétiques, les médicaments et les aliments, ils sont suspectés d’entraîner des troubles de la reproduction et des cancers du sein.
environnementaux peuvent jouer un rôle dans l’augmentation de certaines pathologies. Conséquence, les législateurs patinent. Le lobbying des industriels pèse également lourd dans la balance. En France, les députés avaient voté, il y a deux ans, une proposition de loi visant à interdire les produits contenant des phtalates, des parabènes ou des alkylphénols. Une idée rapidement abandonnée sous la pression des industries du plastique et de la chimie. Car tant qu’il n’existe pas de substitut, difficile d’invoquer le principe de précaution… et d’interdire !

Or l’industrie ne multiplie pas vraiment les efforts pour se préparer à une interdiction… Le pôle de compétitivité Cosmetic Valley a lancé Stabipack, un projet de recherche pour des emballages et des formules avec stabilité microbienne, sans ajout de mauvais conservateurs. Il ne sera cependant pas finalisé avant quelques années. En attendant, le coût et la difficulté à s’affranchir des conservateurs traditionnels freinent de nombreuses entreprises. "La chimie autour des molécules de substitution est difficile à manipuler : certaines peuvent faire jaunir les formules ou être trop odorantes", reconnaît Cécile Brun, responsable formulation chez Ixxi, une marque qui a fait le pari de s’en passer [lire ci-dessous]. Certaines alternatives peuvent même se révéler dangereuses, comme le methylisothiazolinone, un conservateur souvent utilisé pour remplacer le parabène. D’après la société française de dermatologie, il provoquerait irritations et eczémas ! L’industrie, de son côté, répond qu’il lui est aussi de plus en plus difficile de mesurer l’innocuité des substances depuis que l’Europe a interdit, en mars, les tests sur les animaux pour les produits cosmétiques…

Des milliers de formules à revoir

Des solutions existent pourtant pour réduire les risques de contamination. Diminuer le pH dans les émulsions, ajouter de l’alcool, stériliser comme dans la pharmacie, conditionner en doses uniques… Quitte à faire parfois perdre au produit son efficacité. Il est ainsi impossible, pour l’instant, de retrouver les effets des antitranspirants après leur avoir ôté les dangereux sels d’aluminium ! Résultat, mis à part les quelques gammes "vertes" dont ils disposent – comme Sanoflore racheté par L’Oréal –, les géants de la beauté sont loin d’investir sur la R & D de substitution. Ce sont aussi des milliers de formules qu’il leur faudrait revoir et réenregistrer dans le monde entier. Sans oublier l’impact éventuel sur les procédés de fabrication. "Ils font du lobbying et travaillent en parallèle sur ces sujets, mais attendent d’être prêts", confie un expert. En attendant, les petites marques – comme Caudalie, la première à s’être lancée – en profitent. Et les allégations "sans parabène" fleurissent sur les packagings. "C’est sans doute l’opportunité pour la cosmétique bio de prendre son envol, estime Aude de Moussac, du cabinet Kurt Salmon. On recherchera peut-être une efficacité moindre, mais des produits plus sûrs." Chez Cosmebio, l’association des professionnels des cosmétiques écologiques et biologiques, les conservateurs chimiques ont été bannis il y a dix ans. Mais leurs produits restent encore réservés à une clientèle sensibilisée à ces thématiques… et pouvant se les offrir.

Ces entreprises qui trouvent des alternatives

Le chimiste IXXI
Soins anti-âge issus du pin des Landes

Spécialiste de la fourniture d’actifs issus du pin des Landes, fondé en 2011, le chimiste DRT a créé sa gamme de cosmétiques, Ixxi. Elle propose des soins pour la prévention et le traitement des rides. Constitués à 90% d’ingrédients d’origine naturelle, ils ne contiennent ni parabènes ni phénoxyéthanol. L’équipe chargée de la formulation a opté pour des conservateurs bientôt reconnus ou certifiés bio, qu’elle diversifie pour éviter d’éventuels effets cumulatifs. Des molécules plus difficiles à manipuler et plus coûteuses, mais dont elle garantit l’innocuité.

Le pure player : Puressentiel
Huiles essentielles (aromathérapie)

Avec ses extraits de plantes cultivées dans le monde entier, le parisien Puressentiel, né en 2005, est devenu le leader européen des huiles essentielles vendues en pharmacie. Pas besoin de conservateur, ces extraits de plantes contiennent déjà des molécules antibactériennes et antiseptiques. Mais les huiles essentielles peuvent contenir jusqu’à 300 molécules, d’où la difficulté de formuler ces produits bio destinés à lutter contre les problèmes d’articulation, de sommeil… Près de 20% du chiffre d’affaires (40 millions d’euros en 2012) est consacré à la R & D.

Le pragmatique : Dermance
Cosmétiques pour peaux matures

Créé à Paris en 2010, Dermance s’est positionné sur le marché des cosmétiques dédiés aux femmes de 45 ans et plus. Une marque haut de gamme, développée avec des biotechs et des façonniers français, et vendue par des conseillères beauté à domicile. Face à l’inquiétude de ses clientes au sujet des parabènes, Dermance travaille depuis 2011 à trouver des alternatives certifiées Ecocert à ses 15 formules. Elle les redéveloppe sans phtalates et sans parabènes. Tout en évitant l’alcool et les huiles essentielles. Un travail d’un an, coûteux, mais qui a porté ses fruits.

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