Papier : SCA, METSA-BOTNIA, UPM renouent avec les bénéfices

Faut-il avoir peur des papetiers scandinaves ?

Les champions suédois et finlandais sont de nouveau bénéficiaires.C'est pourquoi, ils investissent et préparent leur offensive en Europe.

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Sur la côte ouest de la Finlande, à Rauma, un vaste plan de construction d'usine est au point mort depuis maintenant trois mois. Démarré par le papetier Metsa-Botnia et destiné à devenir une énorme usine de pâte à papier, le chantier stagne faute d'une réelle décision d'investissement. Situation typique de l'industrie papetière scandinave: elle correspond au frémissement de reprise du secteur. Après avoir mangé leur pain blanc, puis restructuré leurs usines, il ne manque pas grand chose aux papetiers finlandais et suédois pour redémarrer pleinement leurs activités.

La partie n'est pas gagnée pour autant

Un an après les colossales dévaluations monétaires (- 20%) effectuées par les deux pays, les industriels commencent indéniablement à redresser la tête. Sur fond de balance commerciale excédentaire, certains d'entre eux s'apprêtent même à annoncer des résultats positifs pour 1993. Svenska Cellulosa Aktiebolaget (SCA) prévoit un bénéfice de 700 millions de francs et un chiffre d'affaires en hausse de 7%, à 17 milliards de francs. United Paper Mills (UPM) parle d'un chiffre d'affaires de 10 milliards de francs sur les huit premiers mois de 1993, soit une hausse de 21% par rapport à celui de 1992. Même son de cloche chez Enso-Gutzeit, qui promet également le retour aux bénéfices. La partie n'est pas gagnée pour autant: les marchés européens, notamment celui de la pâte, restent largement surcapacitaires en Europe. Or, tant les Suédois que les Finlandais réalisent plus destrois quart de leur chiffre d'affaires à l'export, notamment en Europe. Leurs bons résultats sont donc encore fragiles. La demande expresse du gouvernement français faite à la Communauté Européenne d'instaurer une clause de sauvegarde contre les importations de certaines catégories de papier scandinave n'a toutefois reçu que peu d'écho: aucune importation en provenance de Suède ou de Finlande ne sera bloquée aux frontières françaises. Tout juste leur croissance sera-t-elle surveillée jusqu'à la fin du mois de janvier. En clair, il n'y a pas lieu de sanctionner ce que les Français désignaient comme une situation de concurrence déloyale. Les dévaluations ont certes permis aux Scandinaves d'augmenter leurs exportations (+ 4% pour les Finlandais, + 7% pour les Suédois en 1992-93) en pratiquant des prix plus que bas. Mais il n'y a pas eu que cela. Car voilà deux ans que les Scandinaves travaillent à leur redressement. Le suédois Modo a réalisé des gains de productivité d'environ 500 millions de francs en un an et supprimé 2 500 emplois dans le même temps. Fin 1990, SCA a annoncé qu'il effectuerait, en quatre ans, une réduction de 6 500 postes dans le groupe et une économie de 1,5 milliard de francs. Stora, quant à lui, a procédé, entre 1992 et 1993, à une réduction de coûts s'élevant à 2,8 milliards. Partout, les usines de papier ont été priées de "serrer les boulons" en attendant des jours meilleurs. "On peut estimer que les industriels ont fait des gains de productivité globaux de l'ordre de 10%. Chiffre qui devrait à peine baisser entre 1993 et 1994", explique Marjatta Malmipohja, membre de la Fédération finlandaise des industries de la forêt. En même temps qu'elles réduisaient leurs coûts, les entreprises réorientaient une partie de leur production. En 1992, et surtout en 1993, les Scandinaves se sont engouffrés dans la brèche ouverte par les écologistes. Estimé à quelque 800000 tonnes par an, le marché de la pâte à papier blanchie sans chlore (ce composant étant considéré par certains comme nocif pour l'environnement) est encore modeste. Mais Södra, Stora, Modo et les autres le trustent largement. Södra compte mettre 350000 tonnes sur le marché européen l'année prochaine et a investi 100millions de francs dans ses installations pour cela. Certains de ses concurrents comme Wisaforest (groupe Kymmene) ou Enzo-Gutzeit sont en train de se lancer dans un nouveau type de blanchiment par l'ozone (la pâte est éclaircie sous pression avec un mélange de gaz ozone-oxygène). Encore peu de papetiers s'équipent d'installations de ce type, notamment pour des raisons de coûts. Wisaforest estime qu'il devra investir 200 millions de francs pour le réaménagement de ses installations et Metsa-Botnia, 100 millions. Pour l'instant, les débouchés sont surtout en Allemagne et dans les pays germaniques. Mais demain? Tous les papetiers savent que la pression de l'opinion publique n'est pas prête de faiblir. Lorsqu'ils n'investissent pas dans des usines de pâte, ils lancent des projets d'unités de désencrage (traitement et recyclage de vieux papiers). Enso-Gutzeit ouvrira, en septembre prochain, une usine de papier journal fabriqué à base de vieux papiers. Située en Allemagne, elle produira 280000 tonnes destinées à l'Europe de l'Est. Pour les mêmes marchés, UPM prévoit de construire une usine de désencrage à Strasbourg, chez sa filiale Stracel, pour un montant de 400 millions de francs. Autant de projets qui ne prendront vraiment forme que si le marché redémarre et si les finances sont vraiment assainies. Des rumeurs font état de discordances entre SCA et l'africain Mondi qui doivent théoriquement construire une gigantesque usine de papier journal, un investissement de 2,2 milliards de francs. Même en meilleur santé que le reste des producteurs, les Suédois et Finlandais n'en sont pas moins soumis à la loi de l'offre et de la demande. Alors, faut-il avoir peur des Scandinaves? Déjà, ces mêmes industriels, Stora et SCA en tête, qui ont profité de la dévaluation de leur monnaie pour casser les prix, font dire qu'ils pourraient relever leurs tarifs l'année prochaine de 5, 10 voire 15%, selon les catégories de papier. Si ce n'est pas seulement de "l'esbroufe commerciale", les autres industriels européens, et notamment français, peuvent commencer à rentrer leurs griefs. Et se préparer à repartir dans la course.









SCA court deux lièvres à la fois



Non content d'investir l'astronomique somme de 2milliards de francs en Angleterre, pour une usine de papier journal, le papetier suédois vient d'annoncer qu'il s'associait avec le japonais Uni-Charm pour fabriquer des couches de bébés d'une nouvelle génération: les changes "Up and Go" qui s'enfilent comme une culotte et sont supposés aider les grands bébés à l'apprentissage de la propreté. Les deux opérateurs vont se rapprocher en une joint-venture, située en Hollande, à Hoogezand. Lancés, il y a près de deux ans au Japon et il y a quelques mois en France, ces articles se vendent, paraît-il, fort bien. Pour le marché européen, Uni-Charm apportera sa technologie tandis que la distribution sera assurée par Mölnlycke, filiale de SCA, représentée en France par Peaudouce.

USINE NOUVELLE - N°2438 -

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