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Papeterie : les dessous d'une nationalisation temporaire

Olivier James , , ,

Publié le

La fermeture de la papeterie d’Alizay (Eure)a été évitée de justesse. Le site, racheté par le département, a été revendu à un industriel thaïlandais dans l’heure.

Papeterie : les dessous d'une nationalisation temporaire
Le thaïlandais Double a pourrait relancer la production de la papeterie d’Alizay en juin. le finlandais m-real l’avait arrêtée au printemps 2012.
© Le thaïlandais Double A pourrait relancer la production de la papeterie d’Alizay en juin. Le finlandais M-Real l’avait arrêtée au printemps 2012.

Une solution exemplaire ! C’est ainsi qu’Arnaud Montebourg a qualifié la reprise de la papeterie d’Alizay (Eure). Alors que les fermetures d’usines se succèdent et que la réindustrialisation est devenue une cause nationale, le ministre du Redressement productif n’a pas boudé son plaisir en se rendant, mercredi 23 janvier, sur le site de l’usine normande, située sur les bords de Seine. Ce jour-là, une solution inédite était scellée : une «micro-nationalisation locale temporaire», selon les mots du ministre, ravi.

Le matin même, le conseil général de l’Eure a acheté au finlandais M-Real le site (usine et terrains) pour 22,2 millions d’euros. Il a revendu l’usine au groupe thaïlandais Double A… une heure plus tard, pour 18 millions. Une départementalisation express réussie dans la mesure où, sur les 330 emplois que comptaient l’usine, 200 sont d’ores et déjà sauvés. Certains salariés n’ont pas manqué d’interpeller le ministre afin de dupliquer cette solution à d’autres dossiers brûlants. Mais cet exploit s’explique surtout par un environnement particulier…

22,2 millions

C’est, en euros, le montant déboursé par le département de l’Eure pour acquérir le site.

Un maintien pérenne

La reprise de la papeterie s’inscrit dans le cadre d’un projet global d’aménagement économique. La transaction comprenait aussi 28 hectares de terrains libres, d’une valeur de plus de 4 millions d’euros. Bordant l’usine, ils seront très vite revendus à l’Établissement public foncier de Normandie (EPFN). Objectif : les aménager et les céder par parcelles à des entreprises pour revitaliser toute la zone. Le conseil général espère également édifier à court terme un port fluvial sur les terrains voisins de l’usine, dans le cadre du développement de plates-formes logistiques entre Paris, Rouen et Le Havre. Cette initiative pour le moins originale du département visait à garantir un maintien pérenne de l’usine papetière, ancrée dans le paysage local depuis plus de soixante ans. Le rôle du conseil général a été déterminant. La mésentente entre l’ancien propriétaire et le nouveau a bien failli faire capoter un dossier resté en équilibre pendant trois ans. Car la papeterie d’Alizay revient de loin.

Comme tous les autres acteurs du secteur papetier, dès 2008, M-Real, l’un des géants européens, fait face à une chute sans précédent de la demande. La crise économique ébranle des industriels confrontés à d’importantes surcapacités. En 2009, le groupe interrompt les achats de bois de l’usine d’Alizay et arrête sa production de pâte à papier. S’ensuivent deux années pendant lesquelles, faute d’accord avec un repreneur, le finlandais annonce son intention de fermer le site. La perspective de voir un concurrent s’emparer d’une usine aux équipements ultra-performants et à la capacité de production annuelle d’environ 300 000 tonnes de papier ne l’incite pas à la céder.

«Il y a eu des blocages, des luttes et des grèves», se rappelle Patrick Bauret, secrétaire fédéral Filpac-CGT. La détermination de certains salariés atteint peu à peu les pouvoirs publics. Les employés de l’usine tentent tant bien que mal de prouver la viabilité du site aux élus locaux. Ces derniers se retrouvent impliqués dans le dossier, comme Jean-Louis Destans, le président socialiste du conseil général de l’Eure. Ou comme François Loncle, le député de la circonscription, également socialiste, et Gaëtan Levitre, le maire communiste d’Alizay. Pas moins de 80 dossiers sont passés en revue, dont celui de Double A. «Une solution de reprise globale avait d’abord été envisagée, assure Nathalie Verdeil, la secrétaire générale de l’union départementale de la CGT. Le site aurait pu se diversifier et produire des matériaux d’isolation, des pellets pour le bois énergie et même du biocarburant.» Une voie qui sera abandonnée.

Au printemps 2012, tout s’accélère. M-Real adopte un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), qui rend la reprise possible. La production de l’usine est arrêtée. Les licenciements touchent 300 salariés. Ceux qui restent assurent la maintenance du site. Un comité de revitalisation est mis en place pour trouver, coûte que coûte, une issue favorable.

 

La pâte sera importée de Thaïlande

«Cette reprise est le fruit d’une volonté publique forte, commente Jean-Louis Destans. Je ne crois pas à la main invisible du marché.» La référence à l’économiste Adam Smith souligne la mobilisation peu commune qui a prévalu pour la reprise de cette usine. Et le rôle particulier du conseil général, qui a servi d’intermédiaire en raison de la mésentente entre le vendeur et l’acheteur. Si le département s’est investi à ce point, c’est qu’il jugeait très solide l’offre du groupe Double A, même si elle bouscule quelque peu le modèle économique du site.

Le nouveau propriétaire, qui pourrait relancer la production de papier dès le mois de juin, a décidé d’abandonner la production locale de pâte à papier. Dorénavant, il importera sa propre matière première. «Notre pâte est issue d’un eucalyptus hybride que nous avons mis au point», précise Thirawit Leetavorn, le vice-président régional de Double A [lire ci-dessus]. Le groupe ne possède aucune forêt : il collecte ces arbres, à la croissance ultrarapide, cultivés par les paysans thaïlandais aux bords de leurs rizières.

Double A, positionné sur le papier haut de gamme, pourrait investir pour rendre plus performante et rentable la centrale biomasse du site d’Alizay. Avec tous ces atouts, il compte bien se faire très rapidement une place au soleil dans un secteur ultra-concurrentiel. Et prouver que la mobilisation sans précédent qui a permis cette reprise n’aura pas été vaine.

« Nous nous rapprochons de nos clients européens » Thirawit Leetavorn, vice-président exécutif régional de Double A

  • En quoi la papeterie d’Alizay représente-t-elle un investissement stratégique ?

C’est la première usine que nous acquérons en dehors de la Thaïlande. Nous nous rapprochons ainsi de nos clients européens, pour lesquels nos délais de livraison étaient compris entre quatre et six semaines. Il est très difficile d’acquérir une usine comme celle-ci, opérationnelle et avec des machines de très bonne qualité. Nous serons aussi moins loin du Moyen-Orient, où nous prévoyons de nous développer.

  • Comment comptez-vous vous faire une place dans ce secteur très concurrentiel ?

Nous vendons nos papiers en Europe depuis plus de six ans. Nous connaissons donc bien le marché et ses fluctuations, les réseaux de distribution… Nous sommes déjà connus par de nombreux clients. Et nous allons maintenant être perçus comme un producteur européen. Je suis très confiant, mais je sais que ça ne va pas être facile.

  • Comment allez-vous vous différencier ?

Contrairement à la plupart des grands producteurs de papier, nous nous concentrons sur le papier de bureau de haute qualité. Nous avons également créé notre propre marque. Grâce à la qualité de notre papier, qui permet d’utiliser moins d’encre et qui encrasse moins les imprimantes, nous pouvons le vendre, suivant les marchés, de 10% à 40% plus cher. 

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