"Pacte de confiance" photovoltaïque : l’industrie reste méfiante

Un "nouveau pacte de confiance avec l'industrie du photovoltaïque". C’est ce que dit souhaiter mettre en place la ministre de l’Environnement Nathalie Kosciusko-Morizet, qui dévoile ce 18 juillet les nouvelles règles du jeu pour la filière. La profession, elle, se montre plus circonspecte.

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Dans le Figaro ce 18 juillet au matin, Nathalie Kosciusko-Morizet a dévoilé les nouvelles règles du jeu pour les grandes installations, supérieures à 100 kilowatts crête (KWc). Le gouvernement va en effet publier prochainement des appels d'offre pour l'énergie photovoltaïque, qui donneront "plus de visibilité à l'industrie", a affirmé lundi la ministre de l'Ecologie.

Entre 100 et 250 KWc, le seul critère déterminant pour sera le prix. Au-delà de 250 KWc, outre le prix qui comptera pour 40 % de la note, pèseront d'autres critères : le projet industriel, la contribution à la recherche et l'environnement.

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Verdict chez les intéressés ? "Avis mitigé" de la part du Syndicat des énergies renouvelables (SER), principal représentant de la filière. "On est contents de voir que ces appels d’offre vont enfin sortir", admet Jean-Louis Bal, son président. Premier sujet de satisfaction : la prise en compte de la "composante industrielle" des projets, ce qui indique que le régulateur favorisera les fabricants de modules sur le sol français. Si l’Hexagone compte une quinzaine de fabricants de modules, il ne compte aujourd’hui que deux fabricants de cellules photovoltaïques : l’historique Photowatt, et le nouvel entrant MPO, qui opère un transfert de technologies depuis l’INES sur son usine en Mayenne, avec des cellules cristallines à haut rendement.

Deux start-up positionnées sur les couches minces devraient commercialiser leurs produits d’ici à deux ans : Nexcis, dont le laboratoire commun entre EDF, le CNRS et Paris Tech travaille sur une technologie CIGS, et Solsia, aux mains de petits actionnaires, qui travaille sur le silicium amorphe et micromorphe. "D’autres usines étrangères telles que Saint Gobain pourraient décider d’implanter une usine en France en fonction de cet appel d’offre", estime Jean-Louis Bal.

Une filière en convalescence

L'innovation a l'honneur des prochains appels d'offre
Sur les grands projets supérieurs à 450 MWc evoqués par la ministre, il y aura quatre lots de centrales au sol "extrêmement innovantes" : des centrales thermodynamiques (37,5 MW), des centrales solaires à concentration (50 MW), des centrales solaires avec suivi de la course du soleil (100 MW) et des centrales pour les zones non interconnectées comme en Corse ou dans les territoires d'outre-mer (50 MW). "Dans le tracking solaire, des entreprises comme Soitec, Exosun ou Aeed tireront leur épingle du jeu" estime Richard Loyen d'Enerplan. "Bien d'autres resteront à la porte".
Reste que le moratoire a laissé des traces dans la filière. "L’activité a clairement diminué l’année dernière dans le solaire", indique Virginie Heckel, directrice marketing chez Shüco. "L’année 2011 est une année très chahutée, des installateurs et des PME ont cessé leur activité", explique-t-elle. "On sait gérer, mais on est obligé de faire des choix d’organisation pour faire face à cette situation".

Pour compenser la perte d’activité dans le solaire, l’entreprise spécialisée dans la construction se rattrape sur les secteurs de l’aluminium et du PVC où "ça marche bien". Erik Van Baren n’a pas eu cette possibilité. Ancien patron de Fotosol’R, bureau de conseil et d’études d’ingénierie sur le photovoltaïque, il a déposé le bilan le 23 mars dernier. Et se dit "vacciné" contre tout investissement dans les renouvelables. Pour lui, "la filière des PME photovoltaïques a été tuée" par les à-coups successifs et la baisse des tarifs imprévisible, laissant le champ aux gros opérateurs que sont EDF, GDF Suez ou Total.

Un point de vue que temporise Jean-Louis Bal : le marché de 3 à 4 milliards d’euros annuels que représente le photovoltaïque en France est encore pour moitié aux mains des PME. Mais "un réseau qui comptait une bonne centaine d’installateurs a tout arrêté", cite en exemple Erik Van Baren. "On va envoyer des milliers de personnes au Pôle emploi, ce qu'on fait déjà depuis janvier dernier", déplore un autre professionnel.

Un secteur souffre en particulier, celui de l’habitat individuel. Pourtant épargné par le moratoire, le marché a été réduit au tiers "à cause de la mauvaise image véhiculée par le moratoire", indique Jean-Louis Bal. "Une campagne involontaire très négative". Même son de cloche chez Schüco : "Les tarifs sont revus à la baisse dans le résidentiel et de manière rétroactive pour le mois de juillet, on ne sait plus à quoi s’en tenir", déplore Virginie Heckel.

Le président du SER pointe en outre plusieurs problèmes posés par les prochains appels d’offre. Le volume tout d’abord : "la ministre a raison quand elle dit que l’objectif du Grenelle de 2012 de 1100 MW installés sera dépassé. Mais le volume visé est décevant pour lancer une filière industrielle." Autre couac, un souci de calendrier entre la fin des projets "rescapés du moratoire" qui devront être bouclés début juin 2012, et ceux sélectionnés par le prochain appel d’offres "qui ne démarreront pas avant le deuxième semestre 2012", estime Jean-Louis Bal. Il craint un "trou d’activité".

Quant au délégué général du syndicat professionnel Enerplan, Richard Loyen, il voit avant tout dans les déclarations de la ministre un "greenwashing électoral", contrefeu à l'éditorial très sévère paru dans l'édition du 16 juillet du Monde.

Le "pacte de confiance" souhaité par Nathalie Kosciusko-Morizet semble donc déjà quelque peu écorné. "Le gouvernement rend publiques ses nouvelles mesures concernant le photovoltaïque pendant les vacances de noël ou d’été, au moment où les syndicats ne réagiront pas", déplore Virginie Heckel. "On va dire que c’est un hasard", sourit Jean-Louis Bal.

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