Owens-corning : Une fibre biverre s'introduit dans les isolants

L'américain Owens-Corning a mis au point une fibre de verre bicomposant aux propriétés intéressantes dans la fabrication d'isolants pour le bâtiment. Elle pourrait aussi déboucher sur d'autres applications, par exemple dans les textiles.

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Près d'un demi-siècle sans révolution technologique dans la fibre de verre! C'en était trop pour l'américain Owens-Corning, qui s'apprête à lancer une nouvelle laine de verre à base de fibres composites pour l'isolation dans le bâtiment. Le produit devrait être disponible chez les négociants nord-américains en février prochain. L'originalité principale de cette fibre réside dans sa structure: deux verres de formulations différentes composent le filament. Owens-Corning l'a baptisée Miraflex, parce que sa symétrie rappelle l'effet d'un miroir et qu'elle est flexible, par opposition aux fibres de verre conventionnelles. Au moment du filage, les deux demi-sections de la fibre se contractent différemment sous l'effet du refroidissement, ce qui fait vriller le brin de verre sur lui-même. Contrairement aux fibres de verre traditionnelles, les fibres composites sont longues. Et, en se mêlant les unes aux autres, elles forment une laine isolante par enchevêtrement de leurs torsades, sans qu'il soit nécessaire d'ajouter un liant à base de résines. L'industriel américain en tire des arguments de marketing: son nouveau produit est "écologique" et résistant au feu parce qu'il ne contient pas de produits chimiques ajoutés, et il ne risque pas de provoquer de démangeaisons, les fibres ne cassant pas ni ne se détachant de la laine. Le matelas de fibres peut se compacter et revenir à sa taille initiale sans dommages grâce à l'élasticité apportée par la structure en boucles. Du point de vue de l'efficacité, le coefficient thermique serait similaire aux laines traditionnelles pour une densité moindre de 30%. Le fabricant explique cette faculté par le fait que la laine, plus uniforme et moins dense, présente moins de ponts thermiques entre les fibres. Alors qu'Owens-Corning consacre habituellement 5millions de dollars pour le développement des isolants, l'entreprise a investi 16 millions en deux ans pour cette seule fibre. "Une équipe de cinquante personnes, incluant des ingénieurs mais aussi les meilleurs spécialistes de chacun de nos départements fabrication, ingénierie et marketing, a été mobilisée dans les mêmes bureaux pour faire avancer plus vite le projet", explique David Gaul, responsable du laboratoire de recherche-développement sur les produits d'isolation. L'entreprise a commencé à construire une unité de production, au mont Vernon, à une cinquantaine de kilomètres des laboratoires, avant même que le procédé ne soit au point! D'une capacité de 50tonnes par jour, l'unité vient de démarrer. La fibre de verre y est produite par le procédé "rotary fiberizing" (le verre fondu est filé par effet centrifuge dans un bac tournant percé de minuscules orifices). Comme la laine de verre traditionnelle, mais le fabricant parvient à associer les deux formulations de verre à l'entrée de chaque orifice. Bien que complexe à mettre au point, le procédé de production de Miraflex serait plus économique que celui de la laine de verre monocomposant. "Un gain de 15% par rapport à la fabrication d'une fibre, avec un équipement qui coûte 20% de moins", affirme David Gaul. Il explique ce paradoxe par le fait que les machines de production sont plus petites et que l'étape d'introduction de résine liante est éliminée.



L'avis de l'expert

Claude Pompéo, ingénieur de la division enveloppes légères et transferts au CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment). "Cette nouvelle fibre est encore pratiquement inconnue en France. Et nous n'avons pas eu l'occasion de la tester, ni même de la voir! Toutefois, le fait que l'isolant fabriqué avec cette fibre n'utilise pas de résine pose d'emblée un certain nombre de questions. Notamment, comment se comporte cet isolant, sans liant, vis-à-vis de la perméabilité à l'eau, étant donné que, dans les laines de verre traditionnelles, la résine crée un effet barrière important? Du point de vue de la tenue mécanique, on peut s'attendre à une résistance à la compression au moins équivalente, si ce n'est plus, aux fibres de verres classiques. En effet, puisqu'elles sont plus longues et qu'elles s'étendent dans toutes les directions, ces fibres de verre devraient mieux résister à l'écrasement. Ce facteur est surtout important pour les revêtements d'isolation en façade, et détermine leur durabilité."



D'autres utilisations restent à inventer

Protégée par une centaine de brevets, Miraflex entre en scène dans l'isolation du bâtiment, dont le marché mondial s'élèverait à 25milliards de francs. D'abord dans l'isolation des combles. Owens-Corning teste le marché nord-américain, puis envisagera de s'attaquer au continent européen, probablement en 1997. Viendront ensuite les isolants pour façades. Mais ce n'est pas tout. "La fibre se tisse et se tricote", explique David Gaul. Elle trouve donc des débouchés dans les textiles techniques antifeu ou la filtration. D'après le P-DG, Glen Hiner, elle peut s'ouvrir à pratiquement toutes les applications de la fibre de verre: "Des dizaines de milliers de produits, des matériaux de construction et de couverture aux matériels de sport, mais aussi des canalisations et conduits électriques, etc.", résume-t-il.

USINE NOUVELLE N°2486

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