Technos et Innovations

Oui, surfer sur le Web, ça pollue !

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Un mail de 1 Mo équivalait 800km en voiture, selon l’étude de l’impact environnemental des mails, des requêtes Internet et des clés USB de l’Ademe. Cette équivalence choc a pour but de sensibiliser le public et les industriels. Mais la mesure exacte de ces activités reste mission impossible.

Oui, surfer sur le Web, ça pollue ! © D. R.

Envoyer un mail ou faire une requête Google polluent la planète. Qu’on se le dise ! Il n’y a pas de miracle, même si les TIC (technologies de l’information et de la communication), par ailleurs, aident à économiser l’énergie ou protéger l’eau, par exemple. Et l’Ademe (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie) et le cabinet de conseil Bio Intelligence Service se sont attelés à une étude, chiffres à l’appui, de l’impact environnemental de nos activités à base de TIC.

Les calculs tiennent compte des matières premières utilisées, de la fabrication et du transport des matériels qui rentrent dans le processus (postes de travail fixes ou portables, serveurs, équipements de réseau, etc.), ainsi que de leur usage et leur fin de vie.

Un mail de 1 Mo = 800km en voiture

Résultat : un mail de 1 Mo envoyé à un seul destinataire (dans un contexte professionnel, et en France) a un impact potentiel sur le changement climatique de 19 gEqCO2 (équivalent CO2), mais aussi de 4,8g EqFe (équivalent Fer) sur l’épuisement des métaux et de 5,2gEq Pétrole, sur l’épuisement potentiel des ressources fossiles. L’émetteur aggrave son cas en envoyant le mail à 10 personnes (56g EqCO2…) et tout autant si son correspondant imprime la missive électronique en couleur uniquement en recto…

Au final, rien qu’avec des envois de mails simples à une personne, un employé d’une entreprise française de 100 personnes menace autant la planète sur un an qu’un véhicule qui parcoure quelque 800 km (136 kgEqCO2). Pour balayer néanmoins une idée reçue, il vaut parfois mieux imprimer que de lire à l’écran ! C’est le cas pour un document dense -pas une présentation Powerpoint- qui demande plus de 12 minutes de lecture.

Les favoris moins polluants qu’une recherche Google

La requête Web pèse quant à elle 10 gEqCO2, 2,5g EqFe et 2,7gEq Pétrole. Chaque année, chaque internaute français pollue autant qu’une voiture sur 60km en cherchant sur Internet (A noter que l’Ademe s’appuie sur l’hypothèse très minimaliste de moins de 3 requêtes par jour par internaute !). Passer par les favoris plutôt qu’une recherche Google pour accéder à un site que l’on connaît déjà fait tomber l’impact annuel d’un internaute de 9,9 à 1,2 kgEqCO2.

Quant au bilan des clés USB, il est très lourd. Le transfert d’un document de 10 Mo par ce biais, en France et dans un contexte professionnel, pèse 100 gEqCO2, 58gEqFe et 25 gEq Pétrole. La faute en particulier à un usage rarement optimisé de ces petits modules de stockage.

L’impossible mesure…

Cette étude est à la fois une intention louable et une gageure. Et ce rapport -unique au monde sur un tel sujet- a surtout pour but de marquer les esprits, de sensibiliser le grand public mais aussi les industriels des TIC, et enfin, de faire sauter quelques idées reçues. Et malgré toute la rigueur et les efforts de l’agence, les aléas sont légion pour arriver à une mesure proche de la réalité. L’Ademe a passé dix-huit mois à récolter les informations nécessaires aux analyses. Autant dire un siècle à l’aune de la high-tech !

Entre temps, les comportements ont basculé vers le mobile (pas du tout pris en compte ici), l’usage massif de la vidéo, le wifi, etc. Par ailleurs, les industriels – qui ont d’ailleurs rarement répondu aux sollicitations de l’Ademe- ont pour beaucoup, réduit la consommation électrique de leurs produits, l’utilisation de produits toxiques, diminué la quantité de déchets produits...

Mais ce n’est pas tout. Il n’est déjà pas simple de calculer l’empreinte carbone d’un produit aussi bien identifié qu’un yaourt ou un stylo, alors que dire d’un mail ou d’une requête Internet ? Quelle est la proportion du mail dans l’impact environnement du PC utilisé ? Des serveurs dans le datacenter par lequel il passe ? De quel datacenter parle-t-on d’ailleurs ? Un de ceux de Google ou un de ceux de Microsoft ? Comment juger de l’impact des équipements réseaux ? Comment évaluer l’usage moyen d’un mail ? Un mail de un Mo à un destinataire est un choix parmi tant d’autres…

Ces études ont néanmoins le mérite d’exister et de donner des points de repère. Et l’Ademe et BioIS ont commencé à étudier la possibilité d’une suite. Et pourquoi pas d’indicateurs suivis dans le temps en continu en fonction des évolutions des comportements, des technologies, des équipements, etc. Mais la tache est à la mesure du Web : titanesque. En attendant, utilisons raisonnablement ces TIC dont il serait bien difficile de se passer. En les éteignant le plus souvent possible, en imprimant avec parcimonie, en conservant les équipements sur des durées suffisamment longues, etc.

A consulter en lige :  les analyses de cycle de vie des TIC Ademe/BoilS

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