Ouest : Les laboratoires sur les autoroutes de l'information

Grâce à 68,5 millions de francs de subventions, plus de soixante laboratoires, grandes écoles et universités de Bretagne et des Pays de la Loire sont connectés au réseau mondial Internet.

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"Dans un avenir proche, ceux qui ne pourront accéder aux autoroutes de l'information seront de véritables aveugles." C'est René Dabard, directeur de l'Insa de Rennes et président du technopôle Rennes-Atalante, qui l'affirme. Il est l'un de ceux qui ont su convaincre conseils régionaux et collectivités locales (départements, villes ou syndicats de communes) d'accorder 68,5millions de francs de subventions sur cinq ans (de 1993 à 1998) afin d'encourager les laboratoires de l'Ouest à se connecter aux réseaux de communication informatique à très haut débit. Créée en 1991, l'association Ouest- Recherche s'est chargée de la mise en place du réseau local de connexion. Respectant le standard IP (Internet Protocol), il est relié à Renater - réseau national donnant accès aux centres de calculs et aux banques de données d'Europe et des autres continents - et à Internet. Ce dernier a la capacité d'intégrer sur le plan mondial l'ensemble des réseaux locaux. Plus de soixante centres de recherche et laboratoires de grandes écoles ou d'universités de Bretagne et des Pays de la Loire adhèrent au réseau Ouest-Recherche. Il offre à ses utilisateurs des capacités de raccordements entre 64kilobits et deux mégabits par seconde. D'ici à trois ans, la connexion à Renater sera portée à 34mégabits. L'investissement est tripartite. Pour chaque site, conseil régional et collectivités financent les deux tiers de l'opération. Le reste est à la charge de l'établissement et représente entre 100000 et 180000francs par an selon la capacité de transmission. "Pour ces régions de l'ouest enclavées, à l'écart des grands axes de dévelopement européens, accéder aux autoroutes de l'information est un moyen de combler ce handicap", souligne Hervé Le Goff, coordinateur informatique de l'Inria - Institut national de recherche en informatique et en automatique - et chargé de l'animation d'Ouest-Recherche.

Des plus petits aux plus grands

Opinion partagée par René Debard: "Un scientifique hésitera d'autant moins à s'installer à Vannes ou à Saint-Brieuc qu'il sera certain de pouvoir accéder à tous les outils nécessaires à la poursuite de ses recherches." L'originalité du réseau est de favoriser l'accès à tous les établissements, quelle que soit leur taille. A côté de grands centres nationaux, comme le Cnet de Lannion ou l'Ifremer de Brest, qui sont raccordés à Ouest- Recherche, le "modeste" Institut d'informatique industrielle, également implanté à Brest, profite aussi du système. Ce dernier a une capacité initiale de transmission de lmégabit par seconde. "Les quinze ingénieurs préparant un mastère au sein de l'Institut peuvent suivre, depuis décembre 1994, des travaux pratiques à distance, dispensés par des professeurs d'écoles rennaises, voire parisiennes", explique Eric Le Treut, responsable de l'exploitation et de la maintenance. Quant à l'Université des sciences de Rennes, elle dispose de six sites répartis dans la ville et d'antennes délocalisées à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), Saint-Brieuc et Lannion (Côtes-d'Armor), Vannes et Lorient (Morbihan). Le raccordement de chacun de ces établissements garantit aux enseignants et aux étudiants la possibilité de travailler sur une même base - très large - d'informations. Face au succès rencontré par cette communication à haut débit, les Pouvoirs publics sont prêts à envisager des investissements supplémentaires. En 1995, le Conseil régional de Bretagne attribuera une rallonge de 18millions de francs dans le cadre du programme ITR (informatique-télécommunication-réseaux), pour la connexion de nouveaux sites à Ouest- Recherche. "L'expérience acquise dans le cadre de ce réseau, jusqu'ici réservé aux laboratoires, doit s'étendre et être mise à la disposition des entreprises privées", explique Hervé Le Norcy, responsable du développement économique et de la recherche au Conseil régional. Une cellule de compétences est en cours de mise en place qui sera accessible aux PME et à des établissements publics (comme les hôpitaux, qui pourront utiliser les transmissions de données et d'images pour des diagnostics à distance). Enfin, précise Hervé Le Norcy, "compte tenu du nombre grandissant d'utilisateurs, des négociations sont en cours avec l'opérateur France Télécom pour qu'il révise à la baisse ses coûts de raccordement et d'usage de ces artères à haut débit". Dominique PETIT



bientôt trente abonnés supplémentaires

Il existe en France onze réseaux du type Ouest- Recherche, gérés par l'opérateur France Télécom et raccordés à Renater. Rerif, réseau de la région parisienne, est le plus important avec soixante-quinze adhérents. D'ici à la fin de l'année, Ouest- Recherche devant compter une trentaine d'abonnés supplémentaires, il deviendra le premier réseau français. Prolongeant les utilisations classiques du réseau (accès à distance à des ressources informatiques, transfert de fichiers, messagerie, accès aux forums électroniques), des applications plus prospectives et plus innovantes sont envisagées, comme la téléingénierie ou la télédocumentation.





USINE NOUVELLE N°2494

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