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Où sont vos données ?

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Publié le , mis à jour le 12/03/2012 À 11H00

Enquête L'informatique dans le nuage ? Les entreprises y sont prêtes, à condition que leurs données restent à proximité. Les datacenters doivent s'adapter.

Où sont vos données ? © D.R.

Le cloud computing : sur le papier, cela permet de stocker des données dans n'importe quel datacenter du monde. Sur le papier seulement... Si les usagers des messageries de type gmail ou hotmail et des applications en mode hébergé collaboratives, comme Microsoft Office 365, Google Docs ou Salesforce pour la gestion de la relation clients, ne savent pas où siègent exactement leurs données, il n'en va pas de même pour toutes ces entreprises tentées par la souplesse du cloud computing et de l'externalisation de la maintenance informatique. Car pour des raisons techniques, légales, ou encore psychologiques, voire irrationnelles, leurs données doivent rester à proximité de leurs activités.

Les services informatiques des entreprises veulent en effet pouvoir envoyer, en cas de besoin, leurs propres équipes pour intervenir sur les serveurs. Quant aux sociétés de service qui assurent cette maintenance, elles doivent disposer d'informaticiens à proximité des datacenters. Il existe également des contraintes légales. Certains types de données doivent être localisés dans l'Union européenne (directive 95/46/CE relative à la protection des données). Le Luxembourg va jusqu'à imposer à ses entreprises de stocker leurs données sur son territoire national. Et, même si aucune contrainte technique ne l'exige, les directions informatiques souhaitent pouvoir garder un oeil sur les infrastructures qu'elles utilisent. Les technologies évoluent plus vite que les mentalités. "Je suis toujours stupéfait de voir encore des demandes de directeurs des systèmes d'information de grandes entreprises qui veulent voir, toucher le datacenter", s'exclame David Thomas, le responsable commercial chez Interoute. Antoine Boniface, le cofondateur et directeur général d'Etix Group, reconnaît qu'il a déjà installé des webcams devant les serveurs pour que le directeur informatique puisse contrôler leur bonne marche via la couleur verte des voyants de contrôle ! Avec le cloud, qui représentera seulement 7 % de la dépense informatique mondiale en 2015, les choses ne vont pas changer pour autant. Les datacenters vont continuer à s'implanter près des grandes métropoles, où sont regroupés les bureaux de leurs clients.

Puissance, connectivité, proximité

En France, la plus importante concentration de centres de donnés se trouve à Aubervilliers et à Saint-Denis, dans la proche banlieue nord de Paris. Une concentration habituelle.En Europe, les principaux datacenters sont situés près de Dublin, Londres, Amsterdam, Luxembourg, Francfort ou Berlin. Idem à Sydney, Singapour, Séoul, Tokyo... On en construit même dans le centre de Hong Kong, juste à côté du quartier des banques. "Dans le monde, il y a une relation évidente entre le niveau de PIB et le niveau de développement des datacenters", remarque Fabrice Coquio, le directeur général d'Interxion France. La Chine continentale, encore très peu active dans ce domaine il y a trois ans, héberge aujourd'hui des datacenters à Shanghai, Shenzhen et Tianjin. Et en Amérique du Sud, Rio de Janeiro et São Paulo les voient proliférer.

UN MARCHÉ EN PLEIN ESSOR

15,7 milliards de dollars - Le coût des datacenters en 2011
+19% de croissance annuelle du marché depuis 2008
40,7 milliards de dollars - Les dépenses des entreprises dans le cloud

 

Le choix de l'installation d'un datacenter neutre (qui accueillera indifféremment les serveurs de ses clients) résulte en fait de trois facteurs techniques essentiels : une double alimentation électrique, puissante et de qualité ; la présence d'un réseau de fibre optique offrant de grosses capacités de débit et l'accès à plusieurs opérateurs de télécommunication ; la proximité des principaux clients. Selon David Howorth, le vice-président services IT chez Verizon Europe, les emplacements des 220 datacenters de l'opérateur répondent tous à ces trois critères. "Un datacenter tout seul, cela ne sert à rien", rappelle Michel Calmejane, le directeur général de Colt en France.

Très gros consommateur d'électricité, le datacenter ne peut donc pas être installé n'importe où. Il lui faut de la puissance, une alimentation de qualité, c'est-à-dire stable et sans coupures, et avec une double alimentation, issue de deux transformateurs et lignes différents. Même en France, ce n'est pas techniquement possible partout. Et c'est sans compter avec l'inertie du groupe EDF, souligné par Christophe Weiss, le directeur général d'APL France. Le temps de réaction est parfois fort long, l'industriel devant dans un premier temps trouver un interlocuteur commercial chez EDF, puis un autre pour la partie technique chez ERDF. À tel point que certaines communes, qui cherchent à attirer des datacenters, apportent leur aide. C'est le cas à Val-de-Reuil, près de Rouen, où une cellule de coordination a été mise en place.

La proximité n'est pas qu'une lubie

L'installation d'un datacenter requiert par ailleurs la présence d'une liaison à fibre optique de grosse capacité. C'est une contrainte technique incontournable qui oblige aussi à se tourner vers les métropoles. Et les opérateurs de datacenters s'implantent là où ils disposent de l'offre la plus large possible d'opérateurs télécoms, pour faire jouer la concurrence, faciliter la redondance et laisser le choix à leurs clients. Dans une petite ville, on ne trouve souvent qu'un seul opérateur, qui pratiquera des prix nettement plus élevés que là où la concurrence est féroce.

Microsoft laisse le choix géographique

Chez Microsoft, selon le type de contrat, le client peut choisir l'endroit où seront placées ses données, avec des possilités de transferts. Dans sa stratégie d'implantation de ses datacenters, Microsoft a opté pour une voie médiane et décidé d'installer sur trois continents (États-Unis, Europe, Asie) une paire de datacenters afin d'assurer la redondance.Une approche en phase avec son offre de cloud computing, mais qui peut rendre certains clients réticents pour leurs applications critiques.

Caliatys, le bureau d'études en informatique et filiale d'Air liquide, a choisi de profiter de cette triple implantation pour optimiser les temps de réponse. En outre, la présence de Microsoft à Dublin et Amsterdam permet à l'éditeur de respecter la directive européenne sur la sécurité des données et de rassurer ses clients du Vieux Continent. Mais pour améliorer les performances, Microsoft a mis en place de plus petites unités, plus près des utilisateurs.

Le très haut débit doit aussi rimer avec proximité. Pour certaines entreprises, la vitesse de transmission est primordiale. Quand chaque milliseconde compte, comme dans le secteur de la banque, pour des opérations de trading par exemple, la distance entre les serveurs et l'utilisateur doit être courte, une dizaine de kilomètres maximum. Même exigence pour assurer la réussite d'un plan de reprise d'activité. "Annoncer à un client que l'on va déménager son datacenter, ne serait-ce qu'à 50 kilomètres, à l'extrémité des Yvelines, poserait un vrai problème", assure Jérôme Beaufils, le directeur délégué de Veepee. Du coup les filiales françaises des grands hébergeurs internationaux ont du mal à convaincre leurs dirigeants de l'intérêt d'une localisation en province. Et certains datacenters de villes moyennes, malgré leurs surfaces réduites, peinent à se remplir. Etix Group croit pourtant à la viabilité d'un réseau de petits sites, liés les uns aux autres, afin de toucher une clientèle de PME de proximité. L'Association pour le développement de l'économie numérique en France (Aden) milite de son côté pour un maillage de datacenters de proximité et soutient le consortium Nuage, qui veut mettre en place un cloud computing hexagonal.

Le mythe du grand Nord

En revanche, le climat n'est pas un critère, contrairement aux dires de certains. D'après eux, comme le refroidissement des serveurs est un gros poste de consommation d'énergie, la solution passerait par l'implantation de centres dans les pays nordiques. "L'installation de datacenters dans des pays froids est un argument marketing réel, mais qui reste du marketing", assure Antoine Boniface chez Etix Group. Car un datacenter n'a pas besoin d'air réellement froid pour être refroidi. "Au contraire, précise Fabrice Coquio. L'eau dite froide est à environ 14 degrés, ce qu'on obtient facilement dans un climat tempéré pendant la majorité de l'année. Quand il fait vraiment froid, l'air est le plus souvent sec. Or les serveurs n'aiment pas cela, et il faut avoir recours à des humidificateurs d'air, qui consomment de l'énergie." Ce que l'on gagne donc d'un côté, on le perd de l'autre. "En France et en Grande-Bretagne, le free cooling suffit au refroidissement, 80 % du temps", précise Pascal Lecoq, le directeur des services datacenter de HP France.

La preuve avec l'Irlande. En plus d'être l'archétype du pays tempéré, elle est située sur la dorsale à fibre optique Amérique du Nord - Europe et bénéficie de la présence historique de grands groupes informatiques, attirés dans les années 1980 par une fiscalité particulièrement attractive. Tout ceci a favorisé la concentration, autour de Dublin, d'une quinzaine de datacenters qui appartiennent à de grands opérateurs (TelecityGroup, Interxion, Citadell100...) ainsi qu'à Microsoft, Amazon, Facebook, Google, Zynga, LinkedIn. L'État irlandais a encouragé cette éclosion par une volonté politique d'installation de réseaux et par l'investissement dans des fonds de développement et, depuis plusieurs années, dans l'éducation et la formation à l'informatique. L'Islande, elle aussi, a tenté d'attirer des opérateurs en vantant son climat et la présence de la même artère de fibre optique. Sans succès. Seul Colt est en train de bâtir un datacenter modulaire à Keflavik, une commune située au sud-ouest de l'île. Mais qui a ses bureaux là-bas ? Rien n'y fait. Les datacenters ne sont pas près de quitter les grandes métropoles mondiales.

 

LA FAUSSE PÉNURIE D'ÉLECTRICITÉ

La Plaine Saint-Denis connaît la plus forte densité française en datacenters. Une concentration qui tarit les ressources en électricité. Or, il s'agit là d'une vraie fausse pénurie. Quand un opérateur construit un datacenter, il réserve une puissance électrique auprès d'ERDF. Pour s'assurer sur l'avenir, il multiplie la puissance nécessaire, la réservation ne coûtant que 6 000 euros par an et par mégawatt. Certains en profitent même pour bloquer l'arrivée d'un concurrent, qui devrait financer la mise en place d'un nouveau transformateur (25 millions d'euros pour 2 x 70 mégawatts) afin d'obtenir une puissance électrique qui existe de fait, mais qu'ERDF n'a pas le droit de fournir.

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