Economie

Où est Carlos Ghosn ?

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Publié le , mis à jour le 01/02/2013 À 15H10

Quand Renault annonnce 7500 départs, son patron, Carlos Ghosn, est à Détroit. Une distance étonnante pour un dirigeant qui disait il y a deux ans vouloir piloter de manière plus rapprochée la marque au losange...

Où est Carlos Ghosn ?
Thibaut De Jaegher, directeur de la rédaction de L'Usine Nouvelle
© Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

Il y a deux ans maintenant, Renault se retrouvait au coeur d'une rocambolesque et fausse affaire d'espionnage. A l'époque, Carlos Ghosn avait affirmé haut et fort qu'il avait sans doute trop pris de distance avec la marque au losange. Dans un entretien au journal Le Parisien du 31 mai 2011, il osait même affirmer : "Je vais être désormais plus présent en France". Selon un arrangement négocié avec l'Etat, son principal actionnaire, et dont les détails n'ont pas été révélés, Carlos Ghosn avait même accepté de reprendre en direct de nombreux dossiers. Le service communication ne manqua pas de faire savoir qu'il allait rééquilibrer son agenda et qu'il allait piloter chaque mois le comité de stratégie industrielle du constructeur. Preuve qu'il tiendrait ses promesses, Carlos Tavares - fidèle lieutenant de Carlos Ghosn chez Nissan - ne sera "que" le patron des opérations chez Renault. Le reste étant directement rattaché à monsieur Ghosn...

Las ! Où en sommes-nous aujourd'hui de ces promesses ? Le PDG a-t-il rééquilibré son temps entre Renault et Nissan ? Nul ne le sait. Ce que l'on voit en revanche, c'est que ces derniers temps, il fut rarement présent pour la marque française qui vit pourtant des instants cruciaux. Exemple : lorsque l'ancienne régie nationale a annoncé 7 500 suppressions de poste d'ici à 2016 sur ses sites français, il était à Détroit. Lorsque la représentation nationale demande à Renault de s'expliquer sur ses négociations compétitivité, c'est Gérard Leclercq qui s'y colle. Normal, me direz-vous, puisque c'est lui aussi qui mène les négociations sur la compétitivité des sites français, chaque semaine, avec les syndicats... Et que jusque-là, Carlos Ghosn n'a jamais pris part à ces discussions.

Justement, cette absence est sans doute une partie du problème Renault. Le fait que le patron de l'ex-régie nationale soit devenu "quasiment inaccessible" pour reprendre les termes de Laurent Berger, le nouveau secrétaire général de la CFDT, nous questionne. Il ne s'agit pas là de remettre en cause l'ensemble de l'action de Carlos Ghosn. Si l'on raisonne au niveau de l'alliance Renault-Nissan, son bilan commercial et industriel est plutôt bon : il a fait du groupe franco-japonais le quatrième constructeur mondial. Non, le problème de Carlos Ghosn, c'est Renault. La marque Renault plus précisément avec laquelle il semble avoir une relation à la fois complexe et difficile. Une marque à laquelle il ne semble vouloir consacrer que trop peu de temps. Et c'est sans doute une erreur majeure.

A tort ou à raison, les salariés de Renault (j'allais écrire les Français) ont besoin que leur grand patron leur porte un peu plus d'attention. Tout simplement parce qu'ils sont déboussolés. La chute continue des marchés, le très audacieux programme de voitures électriques (qui a conduit à faire l'impasse sur d'autres développements), la fausse affaire d'espionnage et aujourd'hui le débat autour de la non-compétitivité de leurs usines, leur a fait perdre la foi. Pour Renault et ses troupes, il serait bon que Carlos Ghosn descende un peu plus dans l'arène. Qu'il aille sur le terrain au contact des équipes pour leur expliquer tous les changements en cours. Qu'il se rende disponible surtout pour écouter ses opérateurs, ses techniciens et ses ingénieurs qui vivent chaque jour pour et par le Losange. Dans un entretien accordé à L'Usine Nouvelle, le chercheur Frédéric Fréry affirmait que Carlos Ghosn était un talent plus politique que stratégique. Si cela est vrai, le patron de Renault-Nissan doit savoir que l'on ne gagne jamais le coeur de ses électeurs sans aller, dans les usines, les bureaux ou les concessions, serrer des mains...

Thibaut de Jaegher

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