Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Où chercher la Croissance

, , , ,

Publié le

Enquête Découplage important entre les États-Unis, qui donnent des signes de reprise, et l’Europe, plus fragilisée, interrogations sur les pays émergents… Les bouleversements de l’économie mondiale poussent les entreprises à revoir leur stratégie.

Où chercher la Croissance
Les pays émergents subissent un ralentissement de leur économie, entraînant une montée des contestations sociales, comme au Brésil, en juillet.

Faut-il compter sur une reprise rapide à la maison, en s’appuyant sur le rebond du PIB hexagonal (+ 0,5%) au deuxième trimestre ? Attendre patiemment que les alizés d’outre-Atlantique soufflent sur l’Europe ? Continuer de miser en toute confiance sur l’eldorado des pays émergents ? Ou, au contraire, s’en méfier, à l’image des marchés financiers qui transfèrent leurs capitaux vers les pays développés ? Les chefs d’entreprise français se demandent légitimement où ils doivent aller chercher la croissance.

La situation économique en France reste fragile. Le rebond du PIB au deuxième trimestre était essentiellement technique. " Il a été tiré par un restockage des entreprises et une hausse de la consommation énergétique due à un hiver très long. Deux événements non reproductibles ", juge Julien Marcilly, économiste à la Coface. En août, les immatriculations de véhicules ont encore reculé de 10%. Le climat des affaires dans l’industrie manufacturière s’est, certes, amélioré, mais les commandes restent inférieures à la moyenne dans trois secteurs importants : l’agroalimentaire, l’automobile et les équipements électriques.

Perspectives pessimistes pour la zone euro

Les prévisions globales de croissance pour la zone euro restent négatives. La BCE prévoit un recul de 0,4% pour 2013, le FMI l’évalue à 0,6%. Seule l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) est plus optimiste, estimant que la France terminera l’année avec une croissance de 0,3%. Les industriels sont plus circonspects. " Nous restons sur des hypothèses de croissance faible en Europe, et pas très optimistes pour 2013 et 2014 ", explique Catherine Girard, économiste chez Renault. Les entreprises qui réalisent la plus grande part de leur business sur le Vieux Continent doivent impérativement investir les segments encore porteurs et/ou améliorer leur compétitivité pour gagner des parts de marché. C’est la voie suivie par l’Espagne et l’Italie, deux pays qui se redressent grâce au dynamisme de leur commerce extérieur.

Les alizés d’outre-Atlantique risquent de ne pas souffler jusqu’à nos côtes. Après la grande récession de 2008-2009, la reprise économique avait permis à l’Amérique et à l’Europe de repartir. Or le découplage entre les deux continents se traduira par un différentiel de croissance de 2 points au cours des deux prochaines années, selon les estimations du FMI. Eugène Deleplanque, le PDG de Dickson, un fabricant de textile technique dont le siège se trouve à Wasquehal (Nord), s’est positionné sur le marché américain. Il connaît un bon développement aux États-Unis. Mais, d’après lui, " le redémarrage outre-Atlantique profitera surtout à l’Asie ".

Les pays émergents, une zone qui va de la Turquie à l’Indonésie, en passant par la Chine, ne semblent plus le relais de croissance à deux chiffres auxquels s’étaient habitués bon nombre d’industriels. Pernod Ricard a ainsi vu sa progression en Asie - Reste du monde (Chine, Inde, Corée du Sud, Thaïlande…) progresser de 7% en 2012-2013, contre 15% en 2011-2012, un ralentissement dû principalement à la Chine. En juillet, SAP subissait également les effets d’une mauvaise conjoncture dans ce pays, entraînant une perte de 7% de son revenu sur sa zone Asie-Pacifique. La Chine affiche encore, toutefois, un taux de croissance de 7,5%. Le Brésil mise désormais sur une hausse de 2,5% de son PIB en 2013. La Russie a abaissé, fin août, sa prévision de croissance sur 2013, de 2,4% à 1,8%.

Déséquilibres structurels dans les pays émergents

La fête serait-elle finie dans les pays émergents ? À long terme, le potentiel de développement reste important, et les industriels ne devraient pas tourner casaque aussi vite que les marchés. " Ces pays font face à de graves déséquilibres structurels qu’ils vont devoir régler : les infrastructures au Brésil et en Inde, l’excès d’endettement privé en Chine ", souligne Julien Marcilly. La crise sur les monnaies et le transfert de capitaux dû à la politique plus restrictive de la Banque centrale américaine ne font qu’accélérer cette mise à jour.

La Russie est confrontée à un manque d’investissements importants, ce qui la rend sensible à la variation du prix des hydrocarbures. La Chine ne rééquilibre que lentement sa croissance au profit de sa demande intérieure : la part de la demande privée dans le PIB chinois a augmenté de 35,1% en 2010 à 36,3% en 2012, mais elle baissait depuis dix ans. Le Brésil pâtit d’un manque d’infrastructures et de la trop grande inégalité des revenus, à l’origine des grèves et des manifestations en juillet. " Il y a aussi une inquiétude en Inde, où il peut y avoir une décélération importante à court terme, mais des investissements industriels sont prévus pour les cinq à huit ans à venir. Cela n’obère pas le potentiel de long terme ", précise Catherine Girard.%%

Quatre industriels français dans la mondialisation

" L’Argentine empêche d’importer " Hubert Sagnières, PDG d’Essilor

" Le gouvernement de Cristina Kirchner empêche d’importer des produits. Mais les consommateurs argentins ont de l’argent ; chaque fois qu’on peut importer des produits, ils se vendent tout de suite. L’activité y représente environ la moitié de celle de 2012. Le mois de juin, avec les émeutes au Brésil, n’a pas été favorable pour bien finir le deuxième trimestre 2013, mais nous avons enregistré un bon niveau d’activité en juillet et en août. Nous avons noué des partenariats importants au Chili et en Colombie, deux gros marchés. L’Amérique latine compte 19 pays. Nous étions présents dans quatre pays en 2011, nous sommes désormais présents dans sept pays, et nous continuerons de déployer la stratégie de fusions-acquisitions lancée il y a quatre ou cinq ans. "

Chiffre d’affaires par zone géographique au 1er semestre 201 3 (et progression)

  • Asie – Océanie – Moyen-Orient –Pacifique 17,8% (+ 6,6%)
  • Europe 34,9% (- 0,2%)
  • Amérique du Sud 7,5% (+ 9,4%)
  • Amérique du Nord 39,8% (+ 0,9%)
" Les États-Unis installés dans la reprise " Pierre Pringuet, directeur général de Pernod Ricard

" Les États-Unis sont installés dans la reprise et représentent aujourd’hui la zone de croissance des pays matures ", s’est réjoui Pierre Pringuet, lors de la présentation des résultats annuels de Pernod Ricard, le 29 août. Aux États-Unis, le groupe de vins et spiritueux a enregistré "une excellente performance " sur l’exercice 2012-2013 (+ 8%). Ce pays a été le premier contributeur de la croissance de Pernod Ricard dans la zone Amérique, devant le Brésil et le Mexique. Le groupe de vins et spiritueux a fait de tout le continent américain la zone prioritaire de son développement.

Chiffre d’affaires par zone géographique sur l’année 2012-2013 (et progression)

  • Asie – Reste du monde 40% (+ 7%)
  • Amérique 27% (+ 7%)
  • Europe (hors France) 25% (0%)
  • France 8% (- 7%)
" Des incertitudes sur la Chine " Patrick Buffet, PDG d’Eramet

" À moyen-long terme, la demande pour les métaux et alliages du groupe conserve un potentiel de développement, notamment dans les pays émergents », a expliqué Patrick Buffet, le PDG d’Eramet, le 29 juillet, lors de la présentation des résultats du premier semestre. Il fallait rassurer les actionnaires alors que le chiffre d’affaires du groupe métallurgique et minier accusait un recul de 7%. Le ralentissement de la conjoncture asiatique et mondiale a pesé dans un environnement de chute des cours à un moment où entraient en activité des capacités lancées au cours des années fastes. Eramet va accentuer la décélération de ses investissements et la réduction de ses coûts dans les deux ans à venir.

Chiffre d’affaires par zone géographique au 1er semestre 2013 (et progression)

  • France 16% (+ 20%)
  • Europe 32% (- 18 %)
  • Amérique du Nord 20 % (- 6%)
  • Asie 27% (- 8%)
« Une grande hétérogénéité en Europe » Jean-Philippe Demaël, directeur général de Somfy Activités

« Notre chiffre d’affaires a progressé de 2,1%, mais nous constatons une grande hétérogénéité géographique. La quasi-totalité de notre croissance vient des pays émergents. Dans les pays matures, la croissance que nous générons en France (+ 1,4 %), en Allemagne (+ 0,8 %) et aux États-Unis (+ 7 %) est presque effacée par les baisses enregistrées en Europe du Nord et du Sud. Sous l’angle produit, les ventes de volets roulants et de stores sur nos marchés historiques connaissent une légère baisse. Mais celle-ci est plus que compensée par la domotique (+ 70 %). Il faut se préparer à un second semestre dans la continuité du premier. Nous allons nous concentrer sur la Chine et sur le Brésil. »

Chiffre d’affaires par zone géographique au 1er semestre 2013 (et progression)

  • Europe du Nord 10,2% (- 2,7%)
  • Europe du Sud – Moyen-Orient – Afrique 18,1% (+ 0,4%)
  • Europe de l’Est et Europe centrale 8,5% (+ 2,8%)
  • Asie-Pacifique 8,7% (+ 6,6%)
  • Amérique 10,7% (+ 13,9%)

Ce contexte de croissance ralentie va en tout cas accélérer la volonté des grands pays émergents de ne pas laisser les industriels occidentaux truster des secteurs entiers de leurs économies et dégrader leur commerce extérieur. Essilor a ainsi dû faire face, cette année, au protectionnisme de l’Argentine. Les multiples enquêtes qui ont frappé les laboratoires pharmaceutiques occidentaux en Chine, cet été, soulignent aussi le vœu de Pékin de faire croître des champions nationaux. Les pays émergents restent une terre de conquête, mais les entreprises occidentales doivent s’attendre à des secousses et défendre leurs positions.

Une économie mondiale à plusieurs vitesses

Croissance du PIB mondial (en %, d'un trimestre à l'autre, annualisé)
Les pays développés sont sur une pente ascendante. Les pays émergents décélèrent, mais restent à un niveau très supérieur.

Une économie mondiale à plusieurs vitesses

 Évolution du PIB (prévisions en %)
L’Allemagne a les perspectives les plus intéressantes de la zone euro, qui se fait distancer par les États-Unis.

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle