Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Aéro

"Ou bien les fabricants de satellites Airbus et Thales s'allient ou ils risquent de passer à la trappe", prévient Laurent Collet-Billon, délégué général à l’armement

Hassan Meddah , , , ,

Publié le , mis à jour le 02/02/2016 À 16H26

Entretien Les militaires ne pourraient plus se passer des informations remontées par les satellites ou pour rester en contact sur les théâtres d’opération.   La France consacre environ 400 millions d’euros par an pour bénéficier des dernières technologies spatiales.  

L’Usine Nouvelle : Les exportations françaises d'équipements militaires ont atteint 16 milliards d'euros l'an dernier, soit un doublement par rapport à l'année record de 2014. Comment expliquer cette performance? Comment s'annonce 2016?

Laurent Collet-Billon : Le résultat de 2015, dont le montant définitif ne sera connu qu’en mai 2016, sera assurément très bon. Ceci conforte la politique de soutien aux exportations mise en œuvre par la DGA et appuyée au plus haut niveau de l’Etat. Cet engagement fort des pouvoirs publics constitue, aux yeux des Etats importateurs, un gage de qualité et de crédibilité de notre offre.

Ce résultat est également à mettre sur le compte de la qualité des matériels français. Leur performance opérationnelle est démontrée plus que jamais par les forces françaises engagées sur les divers théâtres d’opérations, ce qui constitue un argument décisif.

 

La DGA a notifié fin décembre à Thales Alenia Space et Airbus Defence & Space les contrats pour la réalisation de deux satellites de télécommunications de nouvelle génération. A quels besoins répondent-ils?

COMSAT-NG porte sur la réalisation et le lancement de deux satellites de télécommunications militaires pour les armées françaises en remplacement des satellites Syracuse 3A et Syracuse 3B lancés respectivement en 2005 et 2006. Ces nouveaux satellites entreront en 

service opérationnel à compter de 2021. La France bénéficiera avec ce système de performances accrues et de nouveaux services.

 

Quels sont les progrès attendus par la nouvelle génération de satellites d'observation?

La Direction générale de l’armement a lancé le développement du système Musis et de trois satellites d'observation optique CSO tous identiques. Deux satellites pour la France et un troisième pour l'Allemagne. Par rapport aux satellites Helios, on améliore très sensiblement la résolution des images. Il y a quatre caractéristiques fondamentales à assurer : la résolution, la précision géographique, la capacité de revisite et la qualité image.

Nous avons défini une architecture de satellite capable d'apporter les bénéfices du champ large, nécessaire par exemple pour reconnaître l'ensemble d'une base et ses défenses aériennes et les bénéfices de la haute résolution, pour discriminer si nécessaire le type de véhicules ou d'avions qui sont au sol.

 

Plus largement, quelle sont les priorités de la DGA dans le spatial militaire?

Nous sommes engagés dans une phase de renouvellement de nos composantes spatiales : Syracuse qui sera remplacé par COMSAT NG pour assurer les télécommunications et Helios qui sera remplacé par MUSIS-CSO pour l'observation. De plus, nous avons ouvert le domaine de l’interception électromagnétique depuis l’espace avec le lancement en réalisation du programme CERES début 2015. Sur le fond, la pérennité des fonctions télécoms et d'observation, n'a jamais fait l'ombre d'un doute dans le cadre de la LPM (loi de programmation militaire, ndlr) car l'espace est un facteur multiplicateur d'efficacité de nos forces. C'est un attribut fort en termes de souveraineté et d'exercice de la puissance stratégique.

 

Que représente l'effort financier en matière de satellite militaires?

Sur la durée de la LPM, la France consacre environ 400 millions d'euros par an pour le spatial militaire. Ce budget est comparable au programme Scorpion de modernisation des forces armées terrestres. Il a fallu faire des choix. On a différé la réalisation du système d'alerte avancée pour détecter depuis l'espace le départ des missiles balistiques au sol. Toutefois, le démonstrateur Spirale dans ce domaine nous a appris que nous sommes techniquement et technologiquement prêts.

 

Êtes-vous toujours favorable à un rapprochement des deux fabricants de satellites des groupes Thales et Airbus ?

Je souhaite un rapprochement des deux industriels à terme mais la décision n'est pas de mon ressort. Cela me paraît même inévitable. Ce rapprochement doit être bâti sur des projets industriels et sur la durée. Le schéma actuel ne favorise pas nos capacités industrielles et conduit à une concurrence fratricide.

Ou bien ils s'allient ou ils risquent de passer à la trappe. Dans ce secteur des satellites de télécommunications civils, leur principal marché, la compétition n'est pas nationale ni même européenne, elle est mondiale. La concurrence est exacerbée avec les industriels américains comme Boeing, Loral, Lockheed Martin et sera bientôt étendue aux acteurs chinois, indiens...

Le schéma industriel ne favorise pas non plus l’optimisation globale du système, chacun des acteurs voulant garder pour lui des marges techniques, qui, dans une vision totalement mutualisée, seraient mieux employées pour le dérisquage des projets. Au début des années 2000, les deux industriels faisaient 40% du marché mondial des télécoms civiles, aujourd'hui, cette part a été quasiment divisée par deux. Cela les fragilise considérablement. Dans le cadre des exportations militaires, la DGA est intervenue afin de mettre de l'ordre dans les propositions afin de disposer d'une offre structurée et commune entre Airbus et Thales.

 

Dans le domaine des lanceurs, comment jugez-vous les premiers pas d'Airbus Safran Launchers?

Le rapprochement des activités spatiales entre Airbus et Safran va dans le bon sens. Cela amène une simplification de la gouvernance et du fonctionnement de la filière, une autorité de conception unique et à terme une meilleure efficacité économique. Cela permet d'envisager des contrats de responsabilisation plus forte de l'industrie avec un véritable maître d’œuvre. Cette organisation évite la dispersion et l'empilement des contrats générateurs de lourdeurs et de surcoûts .

 

En septembre dernier, le tir d'essai du missile stratégique M51 s'est déroulé comme prévu. La filière balistique a-t-elle tiré toutes les leçons de l'échec subi en 2013?

La réalisation de ce tir a suivi la prédiction au plus près, les temps de vol ont été parfaitement respectés, la prévision à l'arrivée parfaite... Les leçons du précédent échec ont été tirées. La commission d'enquête a été très loin dans les détails. Les dossiers, les expertises, les remèdes ont été passés à la moulinette. Les équipes de la DGA ont refait des revues de conception, d'aptitude au vol des missiles....

Airbus Defence &Space, maître d’œuvre industriel du M51, a opéré la remise en cause nécessaire et monté une nouvelle équipe remarquable qui donne totalement confiance. Avec un investissement de l'ordre de 600 millions d'euros dans la filière balistique stratégique par an, nous nous devons d’exiger de la part des industriels les plus grandes compétences ainsi que la plus grande vigilance. Nous préparons la suite avec le prochain tir d'acceptation du sous-marin Triomphant, adapté au M51 à Brest.

Propos recueillis par Hassan Meddah

Réagir à cet article

1 commentaire

Nom profil

02/02/2016 - 12h58 -

Pourquoi de son coté l'Allemagne a crée de toute pièce un second fabricant OHB? La même logique ne s'applique t elle pas outre-rhin ? ou est ce simplement parce que le soutien à notre industrie est moindre ?
Merci pour votre réponse
Répondre au commentaire
Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Nous suivre

 
 

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle