Oser mettre la France au travail

Engager de vraies réformes, c'est donner la priorité à l'emploi productif.

Partager

Alors que s'achève la session parlemenaire, marquée par la réforme des retraites, comment interpréter le décalage entre l'ampleur des mouvements sociaux et la relative modestie des réformes proposées ?
Il existe au moins deux explications. La première est évidente : même au nom d'un zeste d'équité, personne n'apprécie la remise en cause d'avantages acquis, et répartir la pénurie n'a rien d'un projet excitant. La seconde est que chacun comprend que, faute de croissance suffisante, il faudra à l'évidence compléter les mesures actuelles et ponctionner davantage les retraités de demain. Or le vieillissement de la population, le raccourcissement des carrières, la diminution des horaires travaillés ainsi que la concurrence mondiale ne favorisent pas la croissance. Pourtant, cette croissance qui nous permettra de venir à bout des déficits et préserver notre niveau de vie est à chercher en priorité chez nous. Nous la trouverons dans la multiplication des emplois productifs du secteur concurrentiel et non dans le partage mythique de ces mêmes emplois. A l'image d'une entreprise alourdie par le poids de ses structures qui remet des effectifs sur le terrain pour créer plus de valeur ajoutée, il nous faut insérer un maximum d'actifs dans des emplois marchands.
Les pistes sont légion. On peut en citer au moins trois.
- Simplifier l'Etat, avant même de le décentraliser, afin de réduire la complexité des structures et des procédures. Cette complexité entretient beaucoup de gens, de services spécialisés, d'avocats, dont les tâches manquent de valeur ajoutée. La réduire permettrait de libérer des ressources susceptibles de s'investir dans des emplois marchands.
- Assurer la convergence des systèmes sociaux, certes en vertu du principe d'équité, mais principalement pour faciliter le passage sans retenue de l'administration au secteur privé, du statut de salarié à celui d'entrepreneur ainsi que la réutilisation des dirigeants reconnus du secteur concurrentiel dans des missions d'entreprise et de service public, avec l'autorité naturelle d'hommes et de femmes qui n'ont pas à gérer une carrière.
- Réinventer l'entreprise compétitive " durable " dont le système de reconnaissance des hommes doit permettre d'affronter les contre-cycles. L'enjeu est d'éviter que les licenciements soient la seule variable d'ajustement. Il existe aussi des formules efficaces qui permettent de garder les salariés les plus âgés en jouant sur les rémunérations. Loin des systèmes de stock-options qui ont entretenu la confusion des genres, les bonnes pratiques en ce domaine ne sont pas encore généralisées.
Nos politiques ont-ils le courage et le savoir-faire pour fixer un cap ambitieux et faire progresser notre taux d'emploi productif ? Un dirigeant d'entreprise qui demande un effort à ses salariés donne une vision. Le gouvernement doit non seulement mener des réformes plus profondes, mais aussi afficher la sienne. Car quitte à payer encore le prix de perturbations, ne vaudrait-il pas mieux que ce soit enfin pour un projet qui en vaille la peine ? Patrick Laredo, Président, X-PM Transition Partners, entreprise de conseil et management de transition

Partager

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS