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Orange à la manœuvre pour relancer son cloud souverain Cloudwatt

Ridha Loukil , , , ,

Publié le

La maturité du marché et le contexte règlementaire de cybersécurité poussent Orange à relancer son cloud souverain Cloudwatt. Et pour séduire les administrations, les opérateurs d’importance vitale ou les entreprises sensibles, l’opérateur télécoms historique mise sur un précieux sésame : le label SecNumCloud de l’Anssi, l’agence française de cyberdéfense.

Orange à la manœuvre pour relancer son cloud souverain Cloudwatt
Philippe Laplane, directeur général d'Orange Cloud for business
© Orange

Le cloud souverain, enterré en 2015, est-il en train de renaitre de ses cendres ? C’est possible.  En tout cas, Orange s’active à relancer le sien : Cloudwatt. Mais contrairement au tohu-bohu qui a entouré la naissance, il y a 5 ans, de cette société, l’opérateur télécoms historique a choisi de le faire en toute discrétion. Philippe Laplane, le patron d’Orange Cloud for business, la filiale qui regroupe depuis janvier 2013 les activités d’Orange dans le cloud d’infrastructure, reste prudent. Mais il est convaincu que le contexte actuel est opportun.

Protection contre le Freedom Act

« Les entreprises ne se posent plus la question d’aller ou non sur le cloud mais comment le faire, explique-t-il à L'Usine Nouvelle. C’est aujourd’hui le bon momentum pour le cloud souverain. Les sociétés françaises sont attachées à la localisation des données en France et préfèrent faire confiance à un fournisseur français, mieux à même de les protéger du Freedom Act, qui a remplacé en 2015 le Patriot Act. »  Sous couvert de lutte contre le terrorisme, cette loi donne au gouvernement américain accès aux données gérés par les opérateurs yankee de l’internet et du cloud. 

C’est pour offrir cette protection que deux opérateurs de cloud souverain ont été créés en 2012 avec la participation de l’Etat dans le cadre des Investissements d’avenir : Cloudwatt par Orange et Thales, et Numery par SFR et Bull. Chacun des deux projets représente un investissement de 225 millions d'euros, dont 75 millions d'euros de l'Etat. Mais devant l’absence de marché immédiat, l’aventure s’avère un grand flop. Orange est contraint en 2015 de racheter les parts de ses partenaires dans Cloudwatt, et SFR d’en faire de même dans Numergy. L’idée de cloud souverain semble alors définitivement enterrée.

Demande de la part des PME-PMI

Erreur ! Le contexte se présente aujourd’hui sous un nouveau jour. « Le marché du cloud d’infrastructure était inexistant en France, il y a 5 ans, explique à L'Usine Nouvelle Mathieu Pujol, analyste et consultant au cabinet Pierre Audoin Consultants (PAC). Il pèse 1,5 milliard d’euros en 2017. Le marché devient mûr. Il y a aujourd’hui une demande pour le cloud souverain de la part des opérateurs d’importance vitale. Mais pas seulement. Les PME-PMI, innovantes ou ouvertes sur l’international, ont besoin de reposer sur un acteur de confiance, car contrairement aux grandes banques, elles n’ont pas les moyens de protéger, eux-mêmes, leurs données. »

Le contexte règlementaire apparait tout aussi favorable avec l’entrée en vigueur en mai 2018 du règlement européen de protection des données personnelles (RGPD) et surtout de la directive européenne NIS sur la sécurité des réseaux et des systèmes d'information. Sans parler de la mise en place du volet cybersécurité de la loi de programmation militaire pour les opérateurs d’importance vitale, dont la continuité de service est vitale à l’ensemble de l’économie. « Le RGPD a été poussé par l’Allemagne, un pays très sensible à la protection des données personnelles, affirme Mathieu Pujol. La directive NIS a été, elle, inspirée plutôt par la France et vise tout particulièrement la protection des opérateurs d’importance vitale. La conjonction de ce contexte règlementaire et de la maturité du marché crée des conditions clairement favorables au cloud souverain. »

Contrat emporté auprès de l'Etat

Orange a eu la patience de conserver Cloudwatt comme complément à ses deux propres offres de cloud public : Flexible Computing bâtie sur les technologies de VMware et disponible depuis 2012, et Flexible Engine construite sur la plateforme open source OpenStack et lancée en 2017. « L’entité juridique n’existe plus, explique Philippe Laplane. Mais la marque, la plateforme et l’équipe technique ont été maintenues. C’est aujourd’hui une belle plateforme avec plus de 10 000 machines virtuelles et des projets avec plusieurs ministères. » Cloudwatt s’enorgueillit d’avoir emporté en 2015 l’appel d’offre de la Disic, la direction interministérielle des systèmes d’information et de communication, pour la fourniture de ses services à plusieurs ministères et une dizaine d’établissements public.

Pour sa relance, Orange mise sur un précieux sésame : le label SecNumCloud (ex-Secure Cloud) défini et délivré par l’Ansii, l’agence nationale de sécurité de systèmes d’information. « Depuis 2017, nous orientons Cloudwatt vers les clients exigeant ce label comme les opérateurs d’importance vitale, confie Philippe Laplane. Ce label va plus loin dans la sécurisation de données que le RGPD. Il porte aussi sur les processus d’exploitation, la gestion des mots de passe, l’audibilité de la plateforme, etc. Les entreprises, qui le choisissent, disposent de garanties de protection allant au-delà de la simple localisation des données en France. »

Trois candidat au label de l'Anssi

Cloudwatt fait partie des trois candidats au label SecNumCloud aux côtés des sociétés Oodrive, fournisseur de services de travail collaboratif, et Vendôme Solutions, fournisseur de cloud d’infrastructure à destination notamment des joailliers de la place Vendôme à Paris. L’audit par l’Afnor, l’un des organismes agréés par l’Ansii, est prévu au courant de ce semestre. Philippe Laplane espère obtenir le label au milieu de l’année. La localisation des données en France est assurée dans les deux datacenters d’Orange Cloud for Business dans la région parisienne.

Dès le départ, Cloudwatt a fait le pari de la plateforme OpenStack. « C’est un sérieux atout dans son adoption, note Mathieu Poujol. Pour des questions d’ouverture et d’interopérabilité, les grandes entreprises tendent à privilégier cette plateforme. Orange a choisi d’en faire la colonne vertébrale de son propre système d’information. C’est un signal fort de la direction que prend le marché. »

Autres prétendants au cloud souverain

Reste que le cloud souverain, cette capacité à fournir un service indépendant de droit français avec une localisation des données en France, n’est pas l’apanage de Cloudwatt. « D’autres acteurs français du cloud comme OVH ou Outscale ont vocation à le faire, estime le consultant de PAC. La question se pose pour des filiales françaises de groupes étrangers, comme IBM ou T-Systems, qui ont la capacité de garantir la localisation des données en France. Mais là-dessus, la loi française n’est pas claire. »

Orange Cloud for Business compte 1500 personnes, dont 900 en France, et revendique 15 000 clients, des PME aux grands comptes comme LVMH. Philippe Laplane reste discret sur le chiffre d’affaires. Selon les données communiquées à L’Usine Nouvelle par PAC, cette activité représente un chiffre d’affaires de 330 millions d’euros en 2016, en progression de 22%. Ce qui fait d’Orange le numéro deux français du cloud d’infrastructure derrière Atos, crédité par PAC d’un chiffre d’affaires de 950 millions d’euros en 2016, mais devant Capgemini (225 millions d’euros) et OVH (165 millions d’euros).

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