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Oracle, HP et SAP : guerre des mots ou «pipolisation» de l'informatique?

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À la veille de l'ouverture d'un procès l'opposant à SAP, Larry Ellison ne rate pas une occasion d'épingler son grand concurrent allemand, accusé d'être un voleur, et son ex-patron, qui vient de rejoindre HP et est suspecté d'avoir orchestré le «pillage». Coutumier de ce type de rhétorique guerrière, le PDG d'Oracle cherche surtout à communiquer autour de sa marque et à promouvoir son écosystème, selon un analyste.

Oracle, HP et SAP : guerre des mots ou «pipolisation» de l'informatique? © DR

Habitué des petites formules et des phrases assassines, Larry Ellison, PDG d'Oracle, est très en verve ces jours-ci et multiplie les attaques à l'encontre de SAP (ce qui n'est pas nouveau) et de HP (ce qui l'est davantage puisque ce dernier est toujours l'un de ses principaux partenaires). Les deux ont semble-t-il le don de l'énerver. Croyant probablement éteindre l'incendie, le conglomérat allemand a décidé de plaider coupable dans un procès pour espionnage industriel l'opposant à Oracle, qui s'ouvrira la semaine prochaine aux Etats-Unis. Las, Oracle ne semble pas se satisfaire de cette explication et s'étonne dans un communiqué du changement de cap de SAP. Lequel a, d'après lui, « insisté pendant trois ans et demi par la voix de ses dirigeants sur le fait qu'il n'était pas du tout au courant du vol massif de propriété intellectuelle d'Oracle » (par l'intermédiaire de sa filiale Tomorrownow, rachetée en 2005 et fermée en octobre 2008) pour finalement « confesser qu'il avait connaissance de ce vol tout du long ».

Leo Apotheker, l'homme à abattre

Concernant HP, on sait que le PDG d'Oracle n'a pas apprécié le limogeage de Mark Hurd en août, dont il avait alors estimé qu'il s'agissait de « la pire décision depuis que ces idiots du conseil d’administration d’Apple ont viré Steve Jobs il y a quelques années ». Il a ensuite recruté le « démissionné » au poste de directeur général d'Oracle, en ne cachant pas son souhait de capitaliser sur son expertise des équipements acquise chez HP.

La riposte de HP, qui a depuis nommé à sa tête Leo Apotheker, ex-PDG de SAP, a encore mis de l'huile sur le feu. En guise de mot de bienvenue, le PDG d'Oracle a invité le conseil d'administration de HP à remplacer le terme « Invent » (inventer) de son logo par « Steal » (voler), en référence à l'implication supposée du rival Apotheker dans le vol d'informations commis par Tomorrownow. Il vient aussi d'affirmer qu'il souhaite faire témoigner Leo Apotheker lors du procès l'opposant à SAP. Une démarche dont HP s'étonne qu'elle n'avait pas été jugée utile depuis la révélation de l'affaire en 2008.

Un « marketing agressif »

Pourquoi une telle surenchère verbale ? « Les dernières attaques de Larry Ellison contre Leo Apotheker, et donc HP, ont d'abord pour objectif de faire du bruit », estime Christophe Toulemonde, un analyste du cabinet français Jemm Research, pour qui cela s'apparente à « un marketing agressif, entretenu par des personnages très charismatiques comme Larry Ellison, Bill Gates ou Steve Jobs ». Et l'analyste de rappeler qu'Oracle est « traditionnellement très dur vis-à-vis de ses concurrents, comme SAP, et désormais HP » : « Ce qui se passe avec HP est plus nouveau étant donné qu'Oracle est arrivé sur le marché du matériel en rachetant Sun et cherche actuellement son positionnement vis-à-vis de ce nouveau concurrent ».

La guerre des mots entre les principaux acteurs prend aussi de l'ampleur à mesure que le nombre d'intervenants diminue. « Il y a actuellement une consolidation monstrueuse, avec de multiples rachats, et une banalisation des technologies d'infrastructure. Les utilisateurs sont amenés à se positionner sur cinq grands écosystèmes : IBM, Microsoft, Oracle, HP et dans une certaine mesure SAP. Résultat, chacun communique pour que vous pensiez à son écosystème lorsque vous aurez à faire des choix structurants ».

Enfin, à mesure que l'informatique professionnelle se banalise, « on entre dans une ère de communication pipole avec une personnalisation des dirigeants », conclut Christophe Toulemonde. Ce qui fonctionne puisque les bons mots de Larry Ellison « ne sont plus seulement relayés par la presse spécialisée, mais aussi par des médias généralistes qui ne s'intéressaient pas jusqu'ici à ce type d'entreprises ».

Christophe Dutheil
 

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