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Optimiser le ratio valeur/coût dans l’industrie de la Défense

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Le Salon du Bourget, cette année, a lieu entre la diffusion du Livre Blanc de la Défense et la discussion de la nouvelle loi de programmation militaire. C’est peu dire que l’industrie et les armées sont dans l’attente de voir la puissance publique confirmer les programmes préservés et préciser les engagements nécessaires, dans un contexte général de limitation des dépenses publiques bien connu.

Optimiser le ratio valeur/coût dans l’industrie de la Défense © DR

Il existe une voie, pas assez explorée, qui permettrait de mieux concilier rigueur budgétaire et préservation des programmes militaires. L’industrie et les organismes étatiques utilisateurs pourraient adopter plus systématiquement les méthodes de développement collaboratives basées sur l’optimisation du ratio valeur/coût. Ces méthodes peuvent se révéler particulièrement efficaces pour des programmes en cours de définition préliminaire, donc bénéficiant de degrés de liberté importants.

La perception de la "valeur" change et les industriels doivent s’y adapter

Dans le domaine militaire, la valeur est souvent plus compliquée à estimer que dans le domaine commercial civil où la capacité à générer un euro de profit pour le client se mesure directement. L’approche héritée de la Deuxième Guerre mondiale et de la guerre froide, où la vitesse et la violence de l’engagement dessinent la victoire sur le champ de bataille ou diplomatique, a poussé à la surenchère technologique.

La supériorité marginale, celle qui confirme le rapport de force, assure la victoire totale. C’était le temps des cathédrales industrielles où l’excellence technique primait et le coût n’était guère vu que comme la prime d’assurance nécessaire pour protéger le potentiel économique et démographique de toute la nation (y compris à l’étranger pour les nations plus interventionnistes).
Mais l’écroulement du bloc soviétique ainsi que la généralisation de conflits asymétriques ont changé toutes les composantes de la stratégie de défense. La supériorité ne nécessite plus forcément des systèmes d’armes de dernière génération dans tous les domaines, mais une capacité à remplir sa mission avec une constance permettant la pérennité des objectifs politiques, et ceci à un coût "raisonnable" par rapport aux autres missions publiques que l’Etat continue évidemment à remplir (éducation, justice…).

Le coût devient un objectif politique de la défense, dans une logique de construction capacitaire au juste besoin stratégique

Les industriels de la défense n’ont plus d’autre choix que d’offrir la meilleure capacité aux armées et au pouvoir politique, répondant au juste besoin stratégique militaire, et au meilleur coût. Dans un contexte de resserrement budgétaire, les industriels qui seront capables de concevoir à coût objectif remporteront le plus de contrats et, tout en offrant plus de capacité pour un coût maîtrisé, sécuriseront un volant plus important de services, de kits de retrofits, de formations, d’adjonction de nouvelles capacités incrémentales sur des plateformes ou systèmes d’armes.

Pire encore, si les industriels avaient la tentation, sous l’effet de l’habitude et d’un état d’esprit purement orienté vers l’excellence technique, de recréer des cathédrales, ils risqueraient « d’insulter l’avenir » en grevant les capacités d’investissement de leur client sur le long terme et en provoquant un effondrement capacitaire par réductions successives de commandes. L’exemple du F-35 dont les surcoûts représentent des portions de budget militaire significatives pour les partenaires européens de second rang est assez parlant.

Les réductions de format rendent toujours plus hypothétique la capacité à opérer sur des théâtres lointains. Les offsets promis par l’industriel seront bien vains si les budgets de défense, asséchés, ne peuvent plus alimenter des commandes aux industries locales sur des programmes nationaux.

Optimiser le ratio valeur/coût, et concevoir à coût objectif, au-delà de la simple optimisation de rentabilité, permet aux industriels de la défense de favoriser l’atteinte des objectifs politiques, de sécuriser des capacités chez leurs clients militaires, et de proposer des programmes incrémentaux tirant le meilleur parti des budgets de défense.

Frédéric Miazga, Partner, et Julien Alfonsi, Manager, Vinci Consulting Management & Performance

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