Opération tracteurs à Paris : "Nous voulons montrer notre détermination face au gouvernement", justifie Xavier Beulin

Journée cruciale pour le monde agricole le 3 septembre. L’importante mobilisation attendue par la FNSEA, vise à faire pression sur le gouvernement français. Xavier Beulin, le président du syndicat agricole, souhaite que la France soit ferme à Bruxelles le 7 septembre, pour lever l’embargo russe sur les viandes et mette en place un étiquetage systématique des viandes. Pour lui, l’élevage français doit bénéficier d’un important plan d’investissement pour retrouver sa compétitivité perdue.

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L’Usine Nouvelle - Vous annoncez une importante journée de mobilisation du secteur agricole le 3 septembre. Qu’en attendez-vous ?

Xavier Beulin - Nous prévoyons plus de 1 000 tracteurs venus de la France entière pour bloquer Paris. Nous voulons montrer notre détermination face au gouvernement et à la crise que traverse le secteur agricole français, particulièrement dans l’élevage. Une importante réunion du conseil des ministres agricoles européens est prévue le 7 septembre à Bruxelles. Il est important que les problèmes du secteur agricole français y soit portés par le ministre, Stéphane Le Foll.

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Concernant la crise que traverse le secteur porcin, que demandez-vous justement au gouvernement et à Bruxelles ?

La France doit donner de la voix sur le dossier russe pour lever l’embargo, et demander des mesures de dégagement de marché. Nous voulons également rendre obligatoire l’étiquetage de l’origine sur tous les produits alimentaires à base de viande. La démarche que nous avons lancée récemment à travers les labels "Viandes de France" n’est qu’incitative. Aujourd’hui, seule la mention du lieu de naissance, d’élevage et d’abattage est obligatoire pour la viande bovine. Ce n’est pas le cas dans le porc par exemple, où il n’y a pas d’obligation de mention du lieu de naissance. Il faut aller au-delà, y compris dans les produits élaborés. Les consommateurs sont demandeurs de ce genre d’informations sur l’origine de leurs aliments.

Faut-il un plan d’aides à l’investissement comme évoqué ?

Le plan d’urgence annoncé il y a un mois doit être abondé. 600 millions d’euros ont été annoncés mais il n’y a en réalité que 100 millions d’euros pour la filière sous forme d’allégement social, le reste étant essentiellement proposé sous forme de garanties d’emprunts par la BPI.

Nous estimons que la filière agricole dans son ensemble a besoin d’un grand plan d’investissements pour retrouver de la compétitivité. Selon nos calculs, nous estimons à 3 milliards d’euros, à raison d’un milliard d’euros par an, les besoins nécessaires pour moderniser à la fois les exploitations et le maillon industriel. Je ne veux pas atténuer les problèmes des exploitations, mais selon une étude menée par l’Institut français du porc et l’interprofession Inaporc, le maillon industriel dans la filière porcine a un réel problème de compétitivité par rapport à nos voisins. En sortie d’élevages, c’est moins le cas.

Concrètement, comment ce financement pourrait être porté ?

Aujourd’hui, il y a trop souvent du saupoudrage, et donc des dilutions des aides, par les différentes institutions territoriales. Je ne suis pas opposé aux circuits courts ou à l’agriculture biologique, mais il nous faut aussi de grandes exploitations modernes. Dans le secteur avicole, les bâtiments ont entre 25 et 30 ans de moyenne d’âge. On ne peut pas avoir les mêmes performances technico-économiques que nos voisins avec de tels bâtiments. Il est important d’avoir un guichet unique pour les agriculteurs. Nous souhaitons que la BPI nous aide à travers notamment son plan d’investissement agricole (PIA). Il pourrait fonctionner sous un mode de financement public-privé. Il est important de rénover les systèmes de financements dans le secteur agricole.

Le groupe Avril, dont vous êtes président, pourrait-il investir dans les industriels en difficultés du secteur de l’élevage pour les aider à se moderniser ?

Ce n’est pas à l’ordre du jour pour l’instant. Nous sommes déjà dans le porc, avec Abéra, dans les œufs avec Matines, dans la volaille et la génétique animale avec Hendrix Genetics et Ceva santé animale. Nous connaissons bien le secteur de l’élevage.

Propos recueillis par Adrien Cahuzac

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