Opération Ciel bleu en Chine, recyclage en berne en Europe

La campagne de contrôle des déchets importés en Chine, "Ciel bleu 2018", met à mal les exportateurs de matières recyclées. En France, ce sont surtout les déchets plastiques et les moins belles sortes de vieux papiers qui sont pénalisés. Des unités de transformation se montent déjà en Asie du Sud-Est, tandis que la France est en train de rater le coche de la réindustrialisation.

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Opération Ciel bleu en Chine, recyclage en berne en Europe
La Chine ne veut plus importer que des déchets propres et triés. Ici, une unité de traitement des déchets dangereux de Suez (Scip) sur un parc chimique à Shanghai.

La campagne de contrôle par les douanes chinoises des matières recyclées importées est lancée. Baptisée "Ciel bleu 2018", elle doit contrôler l’application de l’interdiction d’import de 24 types de déchets solides dont la qualité est jugée insuffisante : plastiques post-consommation et non lavés, vieux papiers et cartons en mélange, déchets métalliques alliés et textiles… Assortie de quotas d’importation distribués avec parcimonie aux industriels chinois, elle met à mal leurs approvisionnements et les filières recyclage d’Europe et d’Amérique.

À la mi-mars, 5,5 millions de tonnes de papiers et cartons recyclés (PCR) avaient réussi à entrer en Chine. À ce rythme, les volumes annuels importés passeraient de près de 30 millions de tonnes (Mt), dont 25 à 30% en mélange, à 20 Mt (triés et propres). Ciel bleu 2018 est plus drastique encore sur les plastiques, qu’ils soient triés, en mélange ou à laver. Huit familles sont concernées : PE, films, styréniques, PVC, PET et PET bouteilles, PC CD-DVD, autres déchets et rebuts. Les dix quotas les plus récents accordés aux recycleurs chinois concernaient du styrène, de l’éthylène et du PET assortis de restrictions sur les matériaux post-consommation, donc limités aux chutes de production. En 2016, la Chine a importé 7,3 millions de tonnes de déchets plastiques, selon le Bureau international du recyclage (BIR).

De "barrière verte" à "Ciel bleu", les critères se resserrent

"Il y a bien longtemps que la Chine n’importe plus nos poubelles", affirme Jean-Luc Petithuguenin, le président du groupe de recyclage Paprec. De fait, Ciel bleu 2018 succède à une campagne homonyme en 2017 qui avait abouti à la saisie de 866000 tonnes de déchets et à des centaines d’arrestations, selon l’agence Xinhua. Pour l’édition 2018, à fin février, les douanes chinoises avaient contrôlé 50000 tonnes (du plastique à plus de 80%) et identifié 69 cas de fraude. Avant Ciel bleu, il y avait eu "Barrière verte", mise en place en 2013. La campagne antifraude "Épée nationale" se déroule en parallèle depuis février 2017.

À l’international, c’est la qualité des contrôles qui taraude les exportateurs de matières recyclées. Hormis pour un expert, rien ne ressemble autant à une balle contenant 0,5% de déchets indésirables, le nouveau seuil, qu’une autre balle en contenant 1%. "Pour effectuer ce double contrôle, au niveau des douanes puis de l’acheteur, il faudrait défaire les balles, puis les réemballer. On parle ici de millions de tonnes", relève Jean-Luc Petithuguenin, de retour de Chine. Dans un rapport du cabinet de recherche Risi, spécialisé dans l’industrie du papier, des importateurs chinois décrivent des douaniers ouvrant environ 30% des conteneurs de vieux papiers pour vérifier que leur contenu est "propre et trié". Puis chaque conteneur est scanné pour valider ce taux de 0,5%, qui amène l’exigence "de lots quasi irréprochables", précise un recycleur français. Un scanner qui verra les métaux, mais pas les cartons de pizzas gras.

Panique dans le plastique

L’Europe sera peu pénalisée sur les métaux, contrairement aux États-Unis et à l’Australie. Mais 3 des 8 millions de tonnes de plastiques triées chaque année sur le continent sont exportées en Asie, dont 2,6 millions vers la Chine, selon la Fédération des entreprises du recyclage (Federec). Paprec y exporte annuellement 60000 tonnes de plastiques et Suez presque autant. Le recyclage européen a cru un temps s’adapter en développant des étapes de tri supplémentaires. "Dès lors que l’on produira des matières de qualité, la Chine en autorisera l’importation", affirmait Jean-Philippe Carpentier, le président de Federec, en septembre 2017. "Bientôt, pour entrer en Chine, il faudra fabriquer des produits finis, donc des granulés. Il faudra laver les films, les broyer et les extruder, prévenait déjà Stéphane Armange, le directeur général de FCR, l’unité chargée des ventes du groupe Paprec. Des unités se monteront ailleurs, il va y avoir de la concurrence."

Six mois ont passé et la France est en train de perdre la course à la transformation. Le fabricant chinois de cathodes de cuivre Zili Copper Industry a lancé en janvier la construction en Thaïlande d’une usine capable dès la fin 2018 de transformer 200000 tonnes de déchets en 50000 tonnes de cuivre partiellement purifié (blister) importable en Chine. "Notre plus grand client de plastiques à laver en Chine a envisagé la France et la Pologne avant de choisir la Malaisie pour monter une usine, qui va démarrer en moins de neuf mois. Même pour moi qui aime investir, à quoi bon monter un projet de transformation si dans six mois il existe en Malaisie ou au Cambodge?", regrette Jean-Luc Petithuguenin. Le Vietnam, l’Indonésie, la Birmanie, le Laos et l’Inde sont aussi en lice pour accueillir cette transformation intermédiaire. Difficile de concurrencer ces pays à bas coût.

Moins loin, aux Pays-Bas, Suez et le chimiste LyondellBasell viennent d’annoncer la signature d'un partenariat inédit, pour porter à 100 000 tonnes la production d’une usine de traitement des déchets plastiques en polyéthylène et polypropylène de qualité équivalente aux résines vierges. Même ambition chez son concurrent Veolia, qui compte quintupler d’ici à 2025 son chiffre d’affaires dans les plastiques (200 millions d’euros) et relocaliser en France les flux exportés en Chine. "L’ambition de notre groupe est de structurer une filière industrielle de recyclage et de valorisation des plastiques, pour offrir une alternative à la matière vierge", explique son PDG, Antoine Frérot.

La filière recyclage emploie en France 26750 personnes dans 1260 entreprises. Elle a réalisé en 2016 un chiffre d’affaires de 8,15 milliards d’euros et investi 465 millions. Elle pourrait faire encore mieux.

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