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L'Usine Aéro

Olivier Zarrouati (Zodiac) : Plaidoyer pour la flexibilité

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Le patron de Zodiac loue l’environnement favorable aux industriels qu’il a trouvé au Mexique.

Olivier Zarrouati (Zodiac) : Plaidoyer pour la flexibilité

Sommaire du dossier

Tout sourire, il traverse le couloir de l’appareil et regagne son siège. « Je suis allé voir les produits de la ferme. » Comprenez : Olivier Zarrouati vient de faire un tour aux toilettes. Impossible pour le patron de Zodiac, l’un des spécialistes mondiaux des équipements pour avions, de ne pas profiter d’un vol effectué en septembre – départ de Paris, direction le Mexique – pour scruter l’appareil. Il aime la cabine comme d’autres les belles voitures, pas étonnant pour ce diplômé de Supaéro, promotion 1982. Après une courte pause, sa voix de baryton se fait de nouveau entendre. Cette fois, Olivier Zarrouati se lance dans un débat technique avec le chef de cabine sur la qualité des sièges business de l’avion. On frise l’heure de discussion.

Si le patron évoque des « produits de la ferme », c’est que l’aéronautique, et le segment des équipements pour la cabine en particulier, reste marquée par des procédés de production artisanaux dévoreurs de main-d’œuvre. De quoi inciter nombre d’industriels du secteur à se ruer vers le Mexique qui, avec les pays du Maghreb, s’érige en terre promise de la sous-traitance aéronautique. Une tendance rendue nécessaire par la concurrence sur les prix à laquelle se livrent Airbus et Boeing, eux-mêmes contraints par les compagnies aériennes. Olivier Zarrouati était au Mexique en septembre pour y fêter les dix ans du groupe : l’effectif y est passé de 550?salariés en 2006 à 5 000?aujourd’hui, à comparer aux 7 500 salariés en France et aux 36 000?salariés au total.

À Chihuahua, le patron de Zodiac ne boude pas son plaisir durant la visite au pas de charge d’un site qui ne cesse de croître, constitué de cinq grands bâtiments où sont produits notamment toboggans, câblages et systèmes d’évacuation d’eau. Olivier Zarrouati serre des mains, goûte l’enthousiasme de ses salariés. « Il y a au Mexique un environnement très favorable au business à tous les niveaux, commente-t-il. Il est assez facile d’y installer une usine. Contrairement aux idées reçues, les infrastructures sont de qualité, les diverses autorisations nécessaires sont simples à obtenir. » Faible coût de la main-d’œuvre (5?dollars de l’heure environ) et absence de syndicats : qu’est-ce qu’un patron peut demander de plus ? Ce n’est pas tout : « Le point fort du Mexique, c’est la flexibilité, essentielle dans les situations où il faut savoir s’adapter rapidement pour répondre aux évolutions du marché. » Impossible de ne pas entendre en creux ce qu’il ne trouve pas en France.

Il n’est pas le seul. Il n’y a pas un long chemin à effectuer pour trouver des usines de Safran à Chihuahua. Les Français sont ici chez eux : à l’instar de Zodiac, une trentaine d’industriels français de l’aéronautique s’est installée au Mexique, dont Airbus Helicopters, Daher, mais aussi Latécoère et Figeac Aéro. Le mouvement semble inéluctable, celui d’une croissance de la filière aéronautique française de plus en plus tirée par des sites à l’étranger. « La France est la seule nation, avec les États-Unis, capable de produire l’ensemble d’un avion, d’un missile, d’un hélicoptère et d’un satellite, rappelle le dirigeant. Mais paradoxalement, l’environnement économique et politique n’apporte pas la flexibilité nécessaire alors même que nous avons à faire à un coût du travail élevé. Il est vrai que ce surcoût est compensé par la qualité des formations, supérieure à ce que l’on peut trouver même aux États-Unis et en Allemagne. Mais lorsqu’il faut recruter 200 personnes en France, cela représente un risque non négligeable pour un dirigeant. Il faut améliorer la flexibilité, comme le propose la loi El Khomri. » Ce qui passe selon lui par la nécessité d’un dialogue social direct entre les entreprises et leurs salariés, « qui mériterait d’être reconstruit et amélioré ».

Une main-d’œuvre compétitive et bien formée

Comme tous les patrons de l’aéronautique, Olivier ­Zarrouati est venu chercher au Mexique une main-d’œuvre, certes compétitive, mais aussi bien formée. Artisanale, la production tend à se standardiser, voire à s’automatiser. Pour Zodiac, la main-d’œuvre au Mexique ne se limite pas aux cols bleus, comme le prouve l’existence d’un bureau d’engineering. Également président de la fondation Isae-Supaéro depuis 2011, Olivier Zarrouati voit dans la formation l’un des enjeux majeurs à long terme pour que la France reste dans la course. « La formation des ingénieurs reste l’un des atouts majeurs de la France. Nous avons créé au cours de l’histoire des grandes écoles prestigieuses, qui représente un modèle très différent de celui des Anglo-Saxons. Il faudrait multiplier par deux leur taille en vingt ans pour suivre la croissance du marché. Ce qui est impossible avec le modèle économique actuel. Le temps que la bascule se fasse avec des entreprises davantage présentes dans ces écoles, l’État doit augmenter les financements qui leur sont accordés. Mais c’est le contraire qui se passe, l’État est en train de se désengager. »

La production aéronautique est-elle condamnée à long terme à être effectuée en zone à faible coût de main-d’œuvre, l’Hexagone gardant le privilège de l’innovation ? Olivier Zarrouati réfute ce schéma simpliste et met en avant le crédit impôt recherche (CIR) : « C’est un très bon outil, il rend attractif les investissements en France. Il faut sanctuariser cet outil, qui fait l’unanimité. » Il pourrait voir son effet décuplé : « On pourrait améliorer encore son efficacité en le couplant au Cice. Cela permettrait que les emplois industriels liés à la production soutenus par le CIR soient aussi ceux qui bénéficient du Cice. Mon espoir est que le CIR ne crée pas que des cols blancs, mais aussi des cols bleus. » Olivier Zarrouati va encore plus loin : « Pourquoi ne pas généraliser le Cice à tout l’emploi industriel ? » Un levier qui aiderait la France à résister face à un pays aussi compétitif que le Mexique, en faisant valoir ses propres produits de la ferme. 

Trois idées phares pour 2017


Assurer la pérennité du crédit impôt recherche « Il faut le coupler avec le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, afin de favoriser les emplois liés à la production et ceux dédiés à la recherche. »

Augmenter les financements de l’État « Les dotations de l’État aux grandes écoles, en baisse aujourd’hui, doivent augmenter avant de passer le relais aux entreprises, pour accroître leur taille et suivre la dynamique du marché. »

Améliorer la flexibilité du marché du travail « La loi El Khomri le propose déjà. Il convient d’engager un nouveau dialogue social entre les entreprises et leurs salariés. » ??

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