Olivier Dupont (Demeter) : «Le financement de projet, dans les éco-industries c'est le nerf de la guerre»

La société de capital-développement spécialisée dans les éco-industries et les éco-énergies Demeter Partners a rassemblé 125 millions d'euros en trois mois pour financer son deuxième fonds. Les cleantechs échapperaient-elles à la morosité ambiante ? Répon

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Olivier Dupont (Demeter) : «Le financement de projet, dans les éco-industries c'est le nerf de la guerre»
Demeter Partners est une société française de capital-développement, pionnière dans le domaine des cleantechs. Elle intervient principalement au stade « capital développement », pour accompagner
des entreprises qui ont déjà du chiffre d'affaires et du résultat, et parfois en « capital risque », pour financer des start-up et participer à des deuxièmes ou des troisièmes tours de table. Créé en novembre 2005, le premier fonds possède 21 participations. La société a lancé son deuxième fonds en mai 2008, dont elle a déjà bouclé le premier closing, avec un objectif de 200 millions d'euros.

Dans quels secteurs investissez-vous précisément ?
Olivier Dupont. Le traitement de l'eau, de l'air, des déchets, des sols ; dans les produits dits « verts », qui permettent par exemple de remplacer des produits chimiques, de réparer l'environnement ou de contribuer à ne pas l'abîmer davantage ; dans les énergies renouvelables : éolien, solaire thermique et photovoltaïque, biomasse, utilisation des déchets pour produire de l'énergie, hydroélectricité... ; et plus largement dans tout ce qui permet de réduire la consommation énergétique sur une longue période.

Quel est votre ticket moyen ?
Sur le premier fonds Demeter 1, qui est aujourd'hui totalement investi, l'investissement moyen est de 4 millions d'euros. Sur Demeter 2, ce sera plutôt 7 à 8 millions. En effet, le marché des énergies renouvelables a été multiplié par trois en trois ans, en France. Les chiffres d'affaires et les besoins des sociétés aussi.

Combien de dossiers recevez-vous chaque année ?
Nous recevons un dossier par jour en moyenne. En tout, depuis le démarrage du fonds en 2005, nous avons reçu et étudié près de 850 dossiers. Le flux a augmenté régulièrement.

Vous avez bouclé le premier closing de Demeter 2 en septembre, à 125 millions d'euros. D'où vient la collecte ? L'opération a-t-elle été difficile ?
Les investisseurs institutionnels du premier fonds ont presque tous répondu présent pour Demeter 2. Ce closing réunit 15 investisseurs (Robeco, Cardif, CIC, CNP...), dont trois nouveaux : Total, Crédit Coopératif, et Dahlia. Nous l'avons bouclé en trois mois, alors qu'il avait fallu un an pour le premier closing de Demeter 1, qui a démarré à 41 millions d'euros. Cela n'a pas été trop difficile car nous avons de bons résultats sur Demeter 1. Nous avons réalisé deux belles sorties : Vergnet, introduit en Bourse, et Paprec, revendu à Bernard Arnault. Et puis, les investisseurs avaient signé avant que la crise n'éclate.

Trouver des financements est malgré tout une gageure à l'heure actuelle. Diriez-vous que les éco-industries sont-elles épargnées par la crise ?
Pour l'instant elles sont effectivement moins affectées, mais il n'y a pas de raison qu'elles y échappent. Les gens qui voudront créer des champs éoliens ou photovoltaïques auront plus de mal à financer leur projet, et cela se fera sûrement à des taux d'intérêt plus élevés. Or, le financement de projet, dans les éco-industries, c'est le nerf de la guerre.

Le capital-risque va-t-il pouvoir longtemps fait figure d'oasis dans le domaine du financement des entreprises, par rapport à la Bourse et aux banques ? Comment voyez-vous les mois à venir ?
L'activité est très réduite partout. Il est vrai que le capital-risque s'en sort plutôt mieux pour l'instant. Mais l'avenir est bouché concernant les sorties. Nous avions une troisième sortie prévue, elle a été annulée. Par ailleurs, les entreprises vont avoir des problèmes de trésorerie, et il va falloir les refinancer. C'est autant d'argent qui ne sera pas investi dans de nouvelles participations. Certes, il existe des sujets porteurs, comme les véhicules électriques, ou les technologies vertes appliquées au bâtiment. Mais on voit mal qui va être en mesure d'acheter une voiture électrique aujourd'hui. Idem dans le bâtiment : les ménages vont repousser leurs travaux d'isolation, etc. L'enjeu environnemental étant tellement important, j'espère qu'on ne sera pas assez fous pour l'abandonner. Mais nous nous préparons comme tout le monde à la crise.

Pour ce qui est des sorties, on pourrait penser que les fusions-acquisitions vont résister car les entreprises qui ont du cash vont en profiter pour faire de la croissance externe. Comment voyez-vous les choses ?
Ce qui est certain, c'est que les introductions en Bourse et les LBO sont à l'arrêt. En ce qui concerne les fusions-acquisitions, il est vrai que les périodes de crise font parfois les bonnes affaires de certains. Mais dans l'ensemble, l'avenir est sombre pour les sorties en 2009.

Quels seront les secteurs les plus porteurs l'année prochaine dans les éco-industries ?
Le recyclage des métaux et la régénération des matières premières, le solaire, la biomasse et la méthanisation, le transport électrique, et le bâtiment à haute qualité environnementale.

Propos recueillis par Raphaële Karayan

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