Numérisation, intelligence artificielle et maintenant… Metaverse !!!

Le dernier délire de Mark Zuckerberg s’appelle Metaverse. Grâce aux pouvoirs d’internet décuplés par la réalité virtuelle, son nouveau joujou bouleversera nos vies, pour notre plus grand bien (mais plus sûrement le sien).

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Numérisation, intelligence artificielle et maintenant… Metaverse !!!
Avec Metaverse, la limite entre monde réel et monde virtuel s'estompe... © D.R.

La cote de l’humain n’est plus une valeur sûre. Fort heureusement, les progrès fulgurants de la numérisation lui permettront d’aller beaucoup plus vite et plus loin, et l’intelligence artificielle, en prenant le relais de son cerveau, le dispensera de trop réfléchir. Mais ne risquera-t-il pas de s’ennuyer ? Que nenni ! Mark Zuckerberg a LA solution : Metaverse, terme imaginé par Neal Stephenson dans son film Snow Crash pour décrire un monde digital où les gens communiquent et interagissent au moyen de casques. C’était en 1992 (Mark n’avait que 8 ans…) et trois décennies plus tard, on peut se projeter dans un futur proche où les casques seront superflus. Les jeux digitaux comme Second Life, Fortnite et Roblox donnent un avant-goût de ce futur, tout comme Decentraland, une plate-forme de réalité virtuelle 3D qui permet d’assister à des concerts, de visiter des musées et de jouer dans des casinos. Elle s’est vendue en lots de 500 000 dollars convertis en Mana (une cryptomonnaie… sans commentaire !).

Voici l’accroche de Metaverse : imaginez un monde où vous pourriez être assis sur le même canapé qu’un ami vivant à des milliers de kilomètres, ou créer une version virtuelle de votre lieu de travail tout en étant à la plage (c’est ce qui s’appelle joindre l’utile à l’agréable, merci Mark).

À quand l’intégration d’implants cérébraux et de transistors synaptiques dans un super-cerveau ?

Nul doute que l’implant cérébral développé par la start-up Neuralink d’Elon Musk, qui vient de lever 205 millions de dollars pour le commercialiser, sera un précieux renfort pour Metaverse. Et en avril dernier, des chercheurs des universités Northwestern et de Hongkong ont développé des transistors synaptiques biologiques permettant de stocker et traiter simultanément des informations. En les connectant dans un circuit neuromorphique, on peut simuler l’apprentissage associatif. Cerise sur le gâteau, étant biocompatible, le système peut interfacer directement avec des tissus vivants, ce qui est fondamental pour la bioélectronique de la prochaine génération. À quand l’intégration d’implants cérébraux et de transistors synaptiques dans un super-cerveau ?

L’avenir s’annonce décidément radieux ! Enfin, presque… Car certains commencent à s’inquiéter de cette mainmise de la technologie sur les neurones. En mai, le Chili a déclaré vouloir être le premier pays au monde à protéger légalement les "neuro-droits" de ses citoyens. Des juristes se penchent sur une réforme constitutionnelle qui bloquera toute technologie cherchant à accroître, réduire ou perturber l’intégrité mentale des personnes sans leur consentement, donc menaçant leur liberté, leur autonomie et leur libre-arbitre. Il était temps, mais que pèse le Chili face aux Gafa ?

L'humain au second plan, mais toujours là

Heureusement, les progrès sont parfois plus lents que le buzz le laisse croire. Une enquête de L’Usine Nouvelle intitulée "Intelligence artificielle : l'outil derrière le buzz" et publiée le 23 juin rappelait que "comparé à la programmation classique et à l’IA symbolique, le machine learning produit des modèles dont il est souvent difficile d’évaluer la fiabilité". Un constat qui a conduit le Conseil de l’innovation à recommander de "développer une IA de confiance pour les systèmes critiques". En effet, si la plupart des applications industrielles peuvent recourir à l’IA, la sécurité ou l’aéronautique, où la confiance est indispensable, ont encore besoin de l’humain. Si l’IA est appelée à devenir un outil irremplaçable dans le tri de données multiples qu’un humain ne pourrait effectuer, elle est encore loin de pouvoir se substituer au processus décisionnel d’un cerveau humain (j’avais évoqué ce problème dans un billet de ce blog paru en février 2021 "Demain l'avion sans pilote ? Attachez vos ceintures"). Mais pour combien de temps encore ?

Le paradoxe est que toutes ces avancées qui relèguent l’humain au second plan, quand elles ne l’oblitèrent pas complètement, ont pour vocation (officielle du moins) de nous aider dans nos tâches quotidiennes. Mais on oublie un peu facilement que ce n’est pas en supprimant tout ce qui est humain que l’on aidera l’humain. Sauf, à titre de consolation, en le confiant à Metaverse pour qu’il puisse rêver à sa guise… Plus exactement : pour qu’il se plonge dans les rêves que Metaverse lui sélectionnera, le connaissant forcément mieux que lui-même ne se connaît.

Au fait, et l’énergie dans tout ça ? Le gourou de Metaverse a-t-il chiffré la quantité de données que son joujou représente, et la consommation d’énergie nécessaire ? Combien de clouds faudra-il encore installer ? Souhaitons que le réchauffement climatique n’élèvera pas suffisamment la température des pays nordiques pour empêcher de couvrir de clouds la Suède et la Finlande (et plus tard, pourquoi pas l’Antarctique ? Trop tard pour la Sibérie, le permafrost n’est plus assez stable).

Après avoir perdu son cerveau, l’humain devra-t-il recourir à des implants synaptiques connectés à des milliers de clouds pour lui redonner un semblant de raison d’être, dans le seul but, in fine, de fuir la réalité grâce à Metaverse ?

Cette fuite en avant donne envie de paraphraser Renaud et de s’exclamer : "Dis, Orwell, c’est quand qu’on va où ?"

Rodolphe Krawczyk

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