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Numérique : Pourquoi l'Etat investit dans le cloud

Ridha Loukil

Publié le

Enquête Le lancement des sociétés Numergy et Cloudwatt, financées par les investissements d'avenir, devrait accélérer le développement de centrales numériques aptes à concurrencer les offres américaines.

Promis ! Le cloud computing est une révolution qui transformera l'économie dans les vingt prochaines années. « Comme pour l'énergie électrique, les entreprises arrêteront de produire leur propre énergie numérique pour se recentrer sur leur coeur de métier. Elles se fourniront auprès de centrales numériques mutualisées, similaires aux centrales électriques », prévoit-on au Commissariat général à l'investissement (CGI). Il en est tellement persuadé, qu'il a investi 150 millions d'euros au capital de deux nouvelles entreprises, Cloudwatt et Nurmergy, pour bénéficier de cette future manne. En France, ce marché, qui pèse 850 millions d'euros, devrait croître de 30% à 40% par an d'ici à 2015. Si l'on en croit les prévisions du cabinet américain IDC... Et les promesses des acteurs. Ils seraient déjà 500 dans l'Hexagone à proposer des offres de cloud, principalement dans le domaine du logiciel à la demande avec paiement à l'abonnement ou à l'usage. EmailVision propose des solutions de marketing en ligne ; Criteo un logiciel de ciblage publicitaire ; TalentSoft son logiciel de gestion de ressources humaines...

Reste que l'adoption massive de ce modèle informatique se heurte à des problèmes de sécurité et de culture. La création d'un cloud dit « à la française » viserait donc à rassurer les entreprises et à les aider à franchir plus facilement le pas. Elle répond aussi au besoin de souveraineté des données. Les fournisseurs américains ne garantissent pas tous leur stockage en France. De plus, en vertu d'une loi américaine, le Patriot Act, Washington peut demander aux centrales numériques américaines de divulguer les données qu'elles traitent, même en dehors des États-Unis. Ce qui fait craindre que, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, cette législation soit exploitée à des fins d'espionnage industriel. Réalité ou fantasme ? « Le risque est plutôt virtuel, estime Sylvain Moussé, le directeur informatique de Cegid, le premier éditeur français de logiciels de gestion. Le Patriot Act s'applique, non pas aux entreprises, mais aux citoyens américains. Le plus important c'est que les services soient opérés par des sociétés de droit français avec des datacenters en France. » Des exigences pourtant déjà remplies par les filiales françaises d'IBM et de HP !

 

Effet d'entraînement

Pour le CGI, il ne peut y avoir de souveraineté numérique sans une offre française capable de rivaliser avec celle des géants américains. « Imaginez que, pour l'électricité, les entreprises françaises dépendent de fournisseurs étrangers. Ce serait inacceptable. Il en va de même pour le cloud. » Le lancement de Numergy et de Cloudwatt tend à favoriser l'émergence d'une offre française compétitive. L'effet d'entraînement fonctionnerait déjà : Bouygues Telecom annonce une offre en partenariat avec Microsoft pour la fin de l'année. Même les grandes SSII françaises, jusqu'ici réticentes à développer le cloud computing de peur de cannibaliser leurs activités d'infogérance, vont suivre. Capgemini et Atos pourraient ainsi rejoindre Numergy ou Cloudwatt.

Paradoxalement, les acteurs français se défendaient déjà bien face aux leaders américains - Amazon, Rackspace, Google, HP ou IBM - qui ont exporté le concept. Selon Mathieu Poujol, consultant chez Pierre Audoint Consultants, les Français dominent même largement leur marché. Mais seul Orange se détacherait du lot avec une part de marché de près de 10%, alors que le taux de pénétration du cloud ne dépasse pas les 2,25% du marché national de l'informatique. « Contrairement à l'offre américaine concentrée sur une poignée de grands acteurs, l'offre française est artisanale et très fragmentée », constate l'analyste. Une faiblesse qui fait craindre une future domination américaine.

Si Orange, SFR, Thales et Bull avaient déjà des offres sur mesure, avec Numergy et Cloudwatt ils promettent le même niveau d'industrialisation que leurs concurrents américains. Avec encore plus de sécurité... À la française ? Gemalto s'active en effet pour placer ses solutions auprès des trois nouveaux acteurs, comme il le fait déjà pour le cloud d'Amazon ! Mais, pour les concurrents de Numergy et Cloudwatt, toutes ces nouvelles ambitions ne justifient pas cet investissement d'argent public, perçu comme une distorsion de la concurrence. Cyrille Guétin, le Monsieur cloud de Bouygues Telecom, s'interroge : « Je ne comprends pas pourquoi ils ont besoin d'autant d'argent pour se lancer, ni à quoi cet argent va servir. » À bon entendeur...

UN MARCHÉ CONVOITÉ

  • 844 millions d'euros en 2011, dont 32% pour les services d'infrastructure et 60% pour le logiciel à la demande
  • 2,6 milliards d'euros prévus en 2015
  • 500 acteurs, dont 20 en infrastructure

Sources : IDC, Afnic

 

Cegid a choisi IBM

L'éditeur français Cegid propose ses logiciels de gestion en location en ligne à quelque 30 000 clients. Après avoir opéré sa propre infrastructure de cloud privé, il a décidé de passer à la fin de l'année sur celle d'IBM. Le contrat a été conclu pour huit ans. « Au moment du choix, les offres de Numergy et de Cloudwatt n'existaient pas, justifie Sylvain Moussé, le directeur informatique de Cegid. Dans l'état actuel, elles ne nous auraient pas convenu. IBM répond mieux à nos besoins de personnalisation et d'engagement sur la qualité de service. » Et la localisation des données ? « Elle est réclamée par nos clients, répond-il. Nous nous sommes donc assurés par contrat avec IBM que les données résident toujours dans ses datacenters en France et qu'elles ne soient jamais accessibles à des citoyens américains. » Il salue néanmoins l'arrivée de Numergy et de Cloudwatt et reste attentif à l'évolution de leurs offres.

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