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Numérique : le sans-contact, un savoir-faire français

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Enquête Des industriels, des pôles, des start-up, des expérimentations... La France possède sur son territoire tous les éléments de la chaîne de valeur du sans-contact. Reste à les transformer en écosystème.

Numérique : le sans-contact, un savoir-faire français
Jérémie Leroyer, PDG fondateur d'Airtag
© D.R

Et si la France, berceau de la carte à puce, devenait le pays du sans-contact ? Ces systèmes qui permettent de payer, d'échanger des informations, d'acheter en approchant simplement son mobile ou sa carte d'une caisse, d'une affichette ou d'un autre mobile. L'Hexagone a déjà tous les ingrédients requis : des industriels leaders mondiaux, des start-up, des expérimentations à grande échelle, des pôles de compétitivité, des brevets essentiels... Ce qui lui donne, au moins pour l'instant, une certaine avance sur le reste du monde. À condition de ne pas laisser passer sa chance.

Un rapide tour de France suffit à comprendre que le pays est présent sur toute la chaîne de valeur. En commençant par les héritiers de la carte à puces Gemalto, Oberthur et Morpho. Un trio de géants industriels qui se partage la quasi-totalité du marché mondial de la sécurité numérique pour mobiles, cartes, papiers d'identité... Mieux encore, depuis 1995, Inside Secure marche sur les traces de ces trois grands. L'aixois n'est rien moins que l'un des co-inventeurs du NFC (Near field communication ) la technique phare du domaine, dont il détient des brevets essentiels, et le deuxième fournisseur mondial de puces et de logiciels NFC pour mobiles, derrière le néerlandais NXP. Enfin, la France dispose également du premier fabricant européen de terminaux de paiement, Ingenico.

Au coeur de l'électronique du sans-contact, deux pôles de compétitivité : le niçois SCS (Solutions communicantes sécurisées) et le caennais TES (Transactions électroniques sécurisées). Deux clusters auxquels on peut ajouter le lillois Picom, un pôle de compétitivité des industries du commerce. Sous l'impulsion de plusieurs banques, du groupe Auchan, de Leroy Merlin et d'Ingenico, il vient de donner naissance à la start-up Natural Security et à sa solution de paiement sans contact biométrique.

Une plate-forme NFC chez Orange

Au-delà des expérimentations comme Cityzi à Nice, auquel le groupe a participé avec ses concurrents, Orange a bâti une plate-forme pour ses clients entreprises NFC. Il gère l'installation et la mise à jour d'éléments de l'architecture du client, sa propre base de clients NFC, les interactions entre les cartes SIM et les mobiles... Et l'opérateur possède également un centre spécifique de R et D. Celui-ci a d'ailleurs déjà essaimé la jeune pousse DéjàMobile, créée en septembre par trois ingénieurs pour proposer des solutions packagées de service mobile et sans-contact. L'opérateur a bien compris l'intérêt d'un écosystème. Il a déjà lancé deux concours de développement d'apps, dont un ce mois-ci destiné aux start-up.

 

Géants mondiaux en embuscade

Apple Avec iOS6, le californien a sorti son app Passbook qui stocke, gère et met à jour en temps réel cartes de fidélité, coupons de promotions... entièrement dématérialisés. Pas de paiement, pour l'instant. Google Le Google Wallet, porte-monnaie dématérialisé, symbolise à lui seul la menace de l'internet américain sur le paiement mobile, en ligne ou sans-contact. Pour l'instant, il stocke les cartes bancaires et de fidélité. En magasin, il s'appuie sur le protocole Zigbee. Square Créée par le fondateur de Twitter, Square propose un petit lecteur carré de carte bancaire qui transforme n'importe quel mobile en terminal de paiement. Une plate-forme de paiement dans laquelle sont gérées cartes, commandes... NXP Ce néerlandais est le concurrent direct du groupe Inside Secure. Il fabrique également des puces sans-contact. À ceci près que le français intègre directement les éléments sécurisés sur la puce. Pour autant, NXP reste le numéro un mondial du secteur.

 

Après les opérateurs télécoms, comme Orange qui dispose d'un centre de R et D sur le sujet [lire l'encadré ci-contre], ce sont les banques, les transporteurs mais aussi les acteurs du commerce qui poussent le développement de nouveaux usages. Un sujet sur lequel la France a encore été l'une des pionnières. L'expérience Cityzi de Nice est presque aussi connue dans le monde que la Promenade des Anglais. Paiement en magasin, achat de billets de transports en commun... Le test azuréen, souvent critiqué, a au moins le mérite d'avoir lancé le mouvement. Dans son sillage, d'autres collectivités, comme Caen ou la Communauté urbaine de Strasbourg. Et en octobre 2012, le gouvernement a attribué 66 millions d'euros de financement public, dans le cadre des investissements d'avenir, à des projets dans 15 territoires. Inévitablement, sur ce terrain propice, sont nées depuis trois ans de nombreuses start-up. Elles vont vite et n'attendent pas que le paiement décolle ou que le NFC se généralise. Et nombreuses sont celles qui imaginent des expériences inédites pour le commerce. Un parcours, qu'elles appellent « shopping augmenté », accompagne le client entre commerce physique, internet, et e-commerce. Côté technique, elles adoptent pour beaucoup le scan de codes-barres 2 D, les fameux QR Code. Ces formes géométriques avec leurs petits carrés noirs sur fond blanc donnent accès à un service, une information, une confirmation de commande... Un moyen de démocratiser le sans-contact, même si la technique ne permet pas, comme le NFC, un échange d'information bidirectionnel entre deux appareils.

 

Des succès à l'export

De quoi séduire nombre de clients, même quand ils ne sont pas français. Airtag a ainsi été adopté par les magasins Carrefour City. Le client peut commander ses articles sur son smartphone, puis venir les retirer deux heures plus tard en scannant le QR Code reçu. ConnectThings, quant à lui, colle ses étiquettes 2 D dans les rues de Paris, de Londonderry (Royaume-Uni) et même de Rio de Janeiro (Brésil). Histoire d'informer les habitants, en temps réel et en fonction du contexte, sur les transports ou les services.

« En Corée du Sud et au Japon, le paiement et la billetterie de transports sans-contact sont déjà banalisés depuis au moins cinq ans », rappelle néanmoins Julien Gaudemer, un consultant internet et services pour le cabinet Idate. Les Sud-Coréens auraient même déjà 20 millions de téléphones NFC, selon l'opérateur local KT, afin de payer dans le bus, le métro et les taxis. La Turquie a, elle aussi, pris un peu d'avance cette année avec le déploiement de 300 000 téléphones et applications par l'opérateur Turkcell dans ses grandes villes. Londres a également occupé plus ponctuellement le devant de la scène l'été dernier à l'occasion des jeux Olympiques, durant lesquels Visa a proposé du paiement sans contact au coeur de la capitale britannique. Le reste du monde étant plutôt à la traîne, l'écosystème hexagonal a encore toutes ses chances.

 

Pour un écosystème cohérent

Les obstacles levés pour le déploiement du sans-contact sont les mêmes partout sur la planète. L'arrivée massive de téléphones équipés de puces NFC devrait bénéficier à tous. En France, chaque terminal de paiement renouvelé est désormais NFC. Et une carte bancaire sur quatre vendue dans le monde en 2013 sera sans contact. Les contretemps dus aux problèmes non résolus sont eux aussi identiques dans la plupart des pays, où une réelle bataille fait rage entre opérateurs télécoms, banques et commerçants pour conserver leurs clients.

Si la France a bien toutes les cartes en main pour conserver son avance dans le sans-contact, il lui reste à transformer une somme d'acteurs indépendants en un écosystème cohérent de dimension internationale. Car les start-up ne l'avouent pas volontiers publiquement, mais elles peinent à trouver le soutien des grands groupes. « Les grandes sociétés allemandes, par exemple, embarquent les plus petites à l'export. Ce n'est jamais le cas en France », regrette un jeune patron. Une situation qui n'est, certes, pas propre à ce secteur. Mais il serait dommage de ne jamais voir s'épanouir de nouveaux géants sur un terreau aussi fertile. Pour ce faire, il faudrait a minima « souffler un peu sur ces braises », comme le souhaite Jean-Michel Gadrat, le président du forum des services mobiles sans contact.

DIX PÉPITES À SUIVRE

  • AIRTAG SANS FRONTIÈRE Créée en 2007, à Paris C.A. - Effectif 4,5 millions d'euros, 50 personnes Clients McDonald's, Casino, Carrefour City Airtag fournit une solution pour que les clients de la grande distribution ou de la restauration rapide ne voient plus de frontières entre physique et virtuel pour faire leurs courses. Chez McDonald's France, le client commande en ligne avant de se rendre dans un restaurant. À son arrivée, il passe son mobile avec le code-barres 2 D de confirmation devant une borne et lance la commande.
  • CONNECTTHINGS VILLE CONNECTÉE Créée en 2007, à Paris Effectif 18 personnes Clients Strasbourg, Rio de Janeiro, RATP, Quai Branly ConnectThings déploie ses codes-barres 2 D dans les villes, les musées et les grandes surfaces. L'entreprise peaufine des applications et des interfaces offrant aux utilisateurs l'accès à une information pertinente, contextuelle, en temps réel. Dans un abribus, elle donnera l'heure du prochain bus, mais aussi les solutions de rechange ( métro, vélo...), correspondant aux besoins du moment de l'usager.
  • CY-PLAY MAGASIN AUGMENTÉ Créée en 2008, à Paris C.A. - Effectif 800 000 euros (2013), 7 personnes Client Sephora Fidélité, habitudes de consommation, produits déjà achetés, promotions... Le système Cy-Play fournit aux vendeurs des magasins toutes les informations sur le client qu'il est en train de conseiller. Chez Sephora par exemple, les conseillers disposent d'iPod Touch qui scannent la carte de fidélité du client pour aller rechercher et croiser ses infos, mais aussi les codes-barres des produits qu'il compte acheter.
  • FIME TESTS DE CONFORMITÉ Créée en 1962, à Palaiseau (Essonne) C.A. - Effectif 32,5 millions d'euros, 250 personnes Clients Opérateurs, banques fabricants de mobiles Spécialiste de la télégraphie puis de la carte à puce, Fime teste les systèmes de paiement mobile et NFC. Elle vérifie, pour les fabricants, la conformité des systèmes et des éléments sécurisés de leurs produits avec le standard de paiement par carte EMV (Eurocard, Mastercard, Visa). Elle réalise les mêmes vérifications sur ces mobiles paramétrés par les banques pour leurs applications.
  • NATURAL SECURITY PAIEMENT AU DOIGT Créée en 2008, à Lille (Nord) Effectif 15 personnes Clients Auchan, Leroy-Merlin Avec la solution de Natural Security, le client paye en caisse de façon sécurisée, simplement en posant son doigt sur un dispositif idoine. Son empreinte digitale ou son réseau veineux sont reconnus par comparaison avec l'information de base, chiffrée et stockée sur la carte bancaire que le client a, par exemple, en poche. Le terminal de paiement et la carte sont reliés entre eux en Zigbee.
  • SKIMM TOUT-EN-UN Créée en 2012, à Paris Effectif 8 personnes Clients Subway, Nooï, Francesca Skimm a mis au point une app mobile sans contact qui gère aussi bien le paiement en caisse et en ligne, que le transfert d'argent entre particuliers... Entièrement logicielle, elle ne nécessite aucun équipement spécifique. Les informations bancaires des utilisateurs sont saisies et conservées chez un tiers de confiance. Les transactions sont réalisées et validées grâce à un code-barres 2D reçu pour validation et scanné par le commerçant.
  • SNAPP' FIDÉLITÉ VIRTUALISÉE Créée en 2005, à Bruges (Gironde) C.A. 1,5 million d'euros Clients Leclerc, Monoprix, Go Sport L'app FidMe de Snapp' stocke et gère toutes les cartes de fidélité d'un consommateur. Il lui suffit de les scanner et de les ranger dans le bon onglet. Leur code-barres est scanné au moment du passage en caisse. Fidme propose même une app simulant un système complet de carte tamponnée pour les petits commerçants. Le tampon est remplacé par le scan d'un code-barres 2 D unique pour la boutique.
  • TAGATTITUDE PAIEMENT SONORE Créée en 2005, à Rocquencourt (Yvelines) C.A. - Effectif 1 million d'euros, 12 personnes Client Société générale Tagattitude a commencé par vendre, en Afrique, une plate-forme de paiement qui appelle les clients sur des mobiles très simples. Elle émet un son unique, crypté et reconnu par ces appareils. Depuis peu, il s'attaque aux smartphones avec un logiciel qui autorise le sans-contact. Le micro et le haut-parleur sont utilisés comme antennes pour échanger des sons sur des fréquences analogiques inaudibles par l'oreille humaine.
  • TAZTAG TABLETTE SÉCURISÉE Créée en 2010, à Bruz (Ille-et-Vilaine) C.A. - Effectif 2,5 millions d'euros, 26 personnes Clients 2 000 Tazpad vendus en Afrique Taztag a conçu une tablette sans-contact hautement sécurisée, appelée Tazpad. Elles sont principalement destinée au paiement. Elle est équipée d'un système biométrique par empreinte digitale. Et c'est un autre français, Inside Secure, qui lui a fourni son module NFC sécurisé. Tazpad vise en priorité l'administration, les forces de police et les services de sécurité en général.
  • THINK et GO NFC NOUVEAU MARKETING Créée en 2010, à Meyreuil (Bouches-du-Rhône) C.A. - Effectif 307 000 euros, 14 personnes Clients Leclerc, Casino, Danone, Total, La Poste Think et Go NFC propose deux solutions NFC pour la grande distribution. L'une permet au client de récupérer des informations sur la composition d'un produit, en passant son mobile NFC devant une l'étiquette NFC. L'autre, pour les commerciaux de marques comme Danone, vérifie que les produits sont bien placés en magasin, avec les bonnes remises...

La véritable rupture, la révolution, ce sera l'utilisation du mobile comme compagnon du commerce physique.

Jérémie Leroyer, PDG fondateur d'Airtag

 

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