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L'Usine de l'Energie

Nucléaire, une filière malmenée

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Alors que le plan de sauvetage d’Areva se déroule comme prévu, la filière nucléaire française doit faire face à de nouveaux défis.

Nucléaire, une filière malmenée
Des défauts ont été découverts sur la cuve de l’EPR de Flamanville. Un fiasco pour Areva.

Après son naufrage retentissant, Areva est remis à flot. Ses 4,9 milliards d’euros de pertes en 2014 ont obligé le gouvernement à réagir. Et à mettre en place un plan de sauvetage incluant la scission du groupe en quatre sociétés, assortie d’une recapitalisation de 4,5 milliards d’euros, d’un plan de redressement de 1 milliard d’euros sur quatre ans et de la cession d’activités, notamment dans les énergies renouvelables. En mai 2017, les activités de propulsion nucléaire ont été sanctuarisées, via un consortium composé de l’État, du CEA et de DCNS (Naval Group) pour recréer TechnicAtome. En juillet 2017, après l’accord de Bruxelles, l’État français a apporté 2,5 milliards d’euros au capital de New Areva, la nouvelle entité en charge des activités liées au cycle du combustible et aux déchets nucléaires détenue à 50,2 % par l’État, 44,4 % par Areva SA et 5,4 % par le CEA. Mitsubishi Heavy Industries (MHI) et Japan Nuclear Fuel Limited (JNFL) entreront plus tard au capital, chacun à hauteur de 5 %.

Faire oublier le passé

L’État a également recapitalisé à hauteur de 2 milliards d’euros Areva SA, qui doit finir l’EPR d’Olkiluoto en Finlande. Areva NP, qui conserve les activités de conception et production de chaudières nucléaires, d’assemblage de combustible et d’ingénierie, deviendra une filiale du groupe EDF fin 2017, si la dernière clause suspensive est levée. Et sera rebaptisé New NP. L’an dernier, Areva affichait un résultat négatif de 665 millions d’euros, après la perte de 2 milliards de 2015. La cotation du titre a été suspendue en août jusqu’à l’achèvement de la restructuration. Tout semble aujourd’hui sur les rails pour relancer le nucléaire français. EDF, dirigé par Jean-Bernard Levy, obtiendra enfin la place de chef de file de la filière qu’Henri Proglio, son prédécesseur, disputait à Anne Lauvergeon, l’ancienne patronne d’Areva.

New Areva et EDF doivent faire face à une conjoncture économique plutôt défavorable. Et vont devoir faire oublier un lourd passé d’erreurs, d’incompétences, voire de malfaçons. À commencer par les défauts de fabrication découverts sur la cuve et le couvercle de l’EPR de Flamanville (Manche), forgés dans l’usine Creusot Forge d’Areva NP. Si l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a validé ces deux éléments – l’étude des dossiers de suivi qualité ne révélant pas, pour l’instant, d’anomalie susceptible de remettre en cause le fonctionnement de la centrale –, l’affaire n’en met pas moins en doute la capacité de la filière française à construire des centrales sans défaut. Les cuves des deux EPR vendus à la Chine ont aussi été fabriquées par Areva et l’on attend l’avis de son autorité de sûreté.

EDF, qui va se retrouver à essayer de vendre des centrales nucléaires à ses concurrents électriciens, n’a pas encore fait la démonstration de sa capacité à finaliser un chantier en tenant coûts et délais. L’EPR de Flamanville affiche 7 milliards d’euros de dépassement de coûts. « Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas construit de centrale », plaide Xavier Ursat, le directeur exécutif d’EDF chargé de la direction ingénierie et des projets nouveau nucléaire. Certes, mais à Hinkley Point C, en Angleterre, EDF vient déjà d’annoncer un dépassement de 1,5 milliard de livres alors même que la construction des deux EPR débute à peine.

Difficile, dans ces conditions, de s’imposer sur un marché devenu… un marché de niche. Malgré la garantie de fournir une électricité abondante et stable, le nucléaire est de plus en plus considéré comme une énergie chère et confrontée à un problème de rentabilité. Seuls dix nouveaux réacteurs sont entrés en service en 2016 et deux en 2017, dont la moitié en Chine, selon le World nuclear industry status report 2017 (WNISR). « Pas un seul nouveau chantier de centrale n’a été mis en route depuis le début de l’année », constate Mycle Schneider, expert indépendant et coauteur du WNISR. Pire, aux États-Unis, six réacteurs ont été fermés pour des raisons économiques avant la fin de leur période de production. En cause, les gaz de schiste qui ont fait chuter le prix du KWh autour de 20 dollars.

La concurrence des énergies vertes

La poussée des énergies vertes, dont les coûts ont baissé de 90 % entre 2009 et 2016, incite les États à réviser leur mix énergétique. Quelque 240 milliards de dollars ont été investis dans les énergies renouvelables en 2016 contre une dizaine de milliards pour le nucléaire. Conséquence : en avril 2017, le fabricant américain de réacteurs nucléaires Westinghouse, filiale du groupe Toshiba, a déposé le bilan. « Dans les années à venir, le nucléaire devra encore faire la preuve de son caractère économique », a reconnu Jean-Michel Trochet, économiste sénior d’EDF lors de la conférence d’Evolen. L’électricien français se montre néanmoins confiant et parle de prospects sérieux en Chine et en Inde.

Les experts observent maintenant un marché du nucléaire à deux vitesses. D’un côté, une rétractation des nouvelles constructions et de l’autre un accroissement des services, dictés par des impératifs de rentabilité et de vieillissement des parcs. En France, le grand carénage prévu par EDF, qui doit permettre de prolonger la vie des réacteurs, pourrait être remis en cause par la loi sur la transition énergétique pour une croissance verte qui prévoit de faire tomber à 50 % la part de l’électricité tirée du nucléaire en 2025.

Le marché du démantèlement des anciens réacteurs constituera-t-il un nouveau relais de croissance pour la filière ? Il est estimé à 35 milliards de dollars pour les cinquante années à venir par le cabinet Colombus Consulting. Aujourd’hui, 50 à 100 centrales seraient à démanteler dans le monde. New Areva, qui possède l’expertise technologique à travers le démantèlement de ses propres installations, vient de signer des contrats pour le démantèlement d’une centrale en Allemagne et d’un réacteur aux États-Unis. Mais attention à ne pas rejouer avec le démantèlement la guerre des chefs. EDF se proclame déjà chef de file de ce secteur, alors qu’il n’a pas fini de démanteler une seule de ses centrales, même si le chantier de Chooz A (Ardennes) est bien avancé.

Le coût de l’uranium, durablement bas, plombe aussi la filière. D’autant que dans le domaine du combustible, Areva et EDF ne seront plus seuls. « Des acteurs sérieux arrivent sur le marché. La Compagnie nucléaire nationale chinoise a la volonté de déployer une expertise intégrée sur toute la chaîne de valeur, du minerai au recyclage du combustible, en passant par le retraitement du Mox et la construction et l’exploitation des centrales », observe Nicolas Goldberg, consultant chez Colombus Consulting. Le faible coût de l’uranium interroge également sur la rentabilité du recyclage, et de fait sur l’avenir du Mox, ce combustible recyclé à partir d’oxyde de plutonium et d’oxyde d’uranium extraits des combustibles usés.

La bonne stratégie ?

New Areva affiche un portefeuille de commandes de 31,1 milliards d’euros, dont 8,8 milliards pour l’activité mines, 10,1 milliards pour la conversion et 12,2 milliards d’euros pour le recyclage et la gestion des déchets. Il dispose aussi d’un contrat-cadre jusqu’en 2040 pour la gestion des combustibles usés d’EDF. « La filière plutonium [du Mox, NDLR] coûte une fortune à EDF et ne lui rapporte rien », analyse Mycle Schneider. Le Royaume-Uni a décidé d’arrêter son usine de retraitement de Sellafield à la fin des contrats. « Il faudrait mettre les choses à plat, poser les enjeux, les contraintes afin de développer une stratégie cohérente de l’ensemble de la chaîne du nucléaire », propose Mycle Schneider. Le plan de sauvetage d’Areva a été établi en s’affranchissant de cette réflexion. L’avenir dira si c’était la bonne option. 

 
Splendeur et décadence d’Areva
 
2001. Création de Topco, rebaptisé Areva par fusion de CEA Industries (holding), Cogema, Framatome et TechnicAtome.
2004. Acquisition de la branche transmission et distribution d’électricité d’Alstom (Areva T & D).
2006. Rachat de Creusot-Loire Industrie pour 170 millions d’euros.
2007. Acquisition d’Uramin pour 1,8 milliard d’euros.
2010. Cession d’Areva T & D (transmission et distribution) à Alstom et Schneider Electric.
2012. Dépréciation d’Uramin(1,5 milliard d’euros).
2014. Pertes de 4,9 milliards d’euros. L’EPR finlandais d’Olkiluoto affiche neuf ans de retard.
2015. Pertes de 2 milliards d’euros. Le gouvernement décide de démanteler Areva.
2016. Adwen (éolien en mer) est absorbé par Gamesa-Siemens ; Canberra (mesure) est cédé à Mirion.
2017. Augmentation du capital de 2,5 milliards d’euros pour New Areva et de 2 milliards pour Areva SA. Areva TA (re)devient TechnicAtome.

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