Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine de l'Energie

Nucléaire : une filière d'avenir en France

Ludovic Dupin , , ,

Publié le

Le prolongement de la durée de vie des centrales et le renouvellement d’une partie du parc garantissent à l’industrie nucléaire et à ses fournisseurs deux à trois décennies de forte activité.

Nucléaire : une filière d'avenir en France

« Il faudra construire 30 à 35 réacteurs »


Bernard Bigot, administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique

Le nucléaire est-il encore un avantage pour la France ?

Le prix de l’énergie a cassé la croissance économique de l’Europe. Le PIB en France est d’environ 1 800 milliards d’euros. La facture de l’importation de pétrole et de gaz est d’environ 70 milliards d’euros. Il y a dix ans, cette facture était de 20 milliards. Cette ponction de 50 milliards que subit l’économie française chaque année depuis dix ans représente 2,8 % du PIB, c’est la croissance qui nous manque… D’où l’enjeu du nucléaire et de la transition énergétique.

La loi de transition énergétique limite le nucléaire…

Le projet plafonne la puissance nucléaire à 63,2 GW. Le pays a conscience que le nucléaire est un atout, mais ne souhaite pas voir les combustibles fossiles remplacés par autre chose que de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables. La conséquence mécanique de cette loi c’est que pour faire croître la part des renouvelables sans accroître notre dépendance aux énergies fossiles, il faut préserver un socle nucléaire solide à long terme.

Comment préserver ce socle ?

La France aura besoin de construire de l’ordre de 30 à 35 réacteurs d’ici à la deuxième moitié de ce siècle. En 2050, les réacteurs du parc auront au minimum cinquante ans, certains soixante ou soixante-dix ans, il sera raisonnable d’envisager leur remplacement. Il faut d’ores et déjà le planifier. Nous avons intérêt à le faire progressivement.

Où en est-on de ce plan ?

Nous construisons l’EPR de Flamanville, en Seine-Maritime, et nous fermons les deux réacteurs de Fessenheim, dans le Haut-Rhin. Un fermé pour un construit. C’est une bonne logique ! J’attends du débat parlementaire qu’il se positionne sur ces questions. ?? Propos recueillis par Ludovic Dupin et Pascal Gateaud

Il est loin le temps où Martine Aubry (PS) et Cécile Duflot (EELV) signaient un accord électoral prévoyant l’arrêt de la filière française de fabrication de MOX – un combustible mélangeant uranium et plutonium – et la fermeture de 24 des 58 réacteurs du parc hexagonal. Il est loin le temps où les ministres Verts tançaient le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, qui parlait du nucléaire comme "d’une filière d’avenir". Il est loin le temps où le ministre de l’Écologie, le socialiste Philippe Martin, préparait une proposition de loi de transition énergétique très défavorable au secteur nucléaire…

"La filière nucléaire est plus que jamais une filière d’avenir pour notre pays", a jugé, fin août, le Premier ministre Manuel Valls, invité à l’université d’été du Medef. "Le nucléaire fait partie du mix énergétique, c’est une filière d’innovation", a ajouté peu après Ségolène Royal, la ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie. "Le nucléaire est le troisième secteur industriel du pays [après l’automobile et l’aéronautique, ndlr] et a vocation à gagner des marchés mondiaux. Pourquoi n’en serions-nous pas fiers", a affirmé pour sa part, Henri Proglio, le PDG d’EDF, interrogé par des parlementaires mi-septembre.

Le projet de loi de transition énergétique, porté par Ségolène Royal et discuté au Parlement depuis le 1er octobre, est loin d’être antinucléaire. Certes, il respecte l’engagement de François Hollande de réduire de 75 % à 50 % la part du nucléaire dans le mix électrique d’ici à 2025. Pour cela, la puissance du parc sera plafonnée à son niveau actuel : 63,2 gigawatts (GW). "Le gouvernement a arrêté de faire semblant qu’il allait prendre en charge la question nucléaire, déplore Charlotte Mijeon, la porte-parole du réseau d’associations Sortir du nucléaire. Il manque à cette loi un mécanisme de fermeture des réacteurs. Cela reste au bon vouloir d’EDF."

100 000 emplois à créer en dix ans 

Le texte soumis aux députés et aux sénateurs n’évoque pas non plus la fermeture des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim (Bas-Rhin), que le président de la République avait promis de stopper d’ici à la fin 2016. Les grands acteurs de la filière se montrent, eux, satisfaits. "Cinquante pour cent de nucléaire dans le mix électrique, cela restera un record mondial, estime Hervé Machenaud, le directeur exécutif chargé de la production et de l’ingénierie chez EDF. Il n’y a pas de doute à l’international sur la volonté de la France de conserver le nucléaire, l’un de nos atouts, une filière d’excellence."

"La conséquence mécanique de cette loi est que pour faire croître la part des énergies renouvelables sans accroître notre dépendance aux énergies fossiles, il faut préserver un socle nucléaire solide à long terme", analyse Bernard Bigot. L’administrateur général du CEA est convaincu que le nucléaire est indispensable pour que l’économie française renoue avec la croissance. "Le sujet nucléaire en France est avant tout un sujet de prolongation du parc existant puis, plus tard, de renouvellement du parc", confirme Denis Depoux, consultant énergie chez Roland Berger.

Le comité de pilotage stratégique de la filière nucléaire a calculé qu’il y a 100 000 emplois à créer dans les dix ans à venir. "Cela dépend de l’extension de la durée de vie des réacteurs nucléaires. Nous devons être très attentifs à ce qu’il se dira à l’Assemblée nationale", prévient Gérard Kottmann, le président de l’Association des industriels français exportateurs du nucléaire (Aifen) et organisateur du World nuclear exhibition (WNE). Les organisations écologistes et les élus EELV, mécontents de la future loi de transition énergétique, ne désespèrent pas de faire barrage au projet de grand carénage d’EDF.

Ce programme d’investissements, estimés à 55 milliards d’euros, doit permettre de prolonger la durée de vie des réacteurs français au-delà de quarante ans. Sur cette somme, 10 milliards concernent les mesures complémentaires de sûreté décidées après la catastrophe de Fukushima, 20 milliards serviront à la mise à niveau des centrales lors des opérations de maintenance et des visites décennales, 15 milliards seront consacrés au remplacement de grands composants et 10 milliards iront "au titre d’autres projets patrimoniaux" (environnement, risque incendie, risque grand chaud-grand froid).

La Cour des comptes parle plutôt de 110 milliards à investir d’ici à 2033. Une partie des travaux est déjà engagée. La totalité le sera une fois que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), seule à même d’autoriser un réacteur à fonctionner dix années de plus, aura donné son feu vert. L’ASN doit émettre un premier avis en 2015. Mais dès 2011, la Cour des comptes appelait à prendre une décision rapide, faute de quoi la prolongation serait le choix par défaut. Entre 2020 et 2030, de deux à huit réacteurs atteindront chaque année la limite théorique de quarante ans. Le temps manque pour programmer et financer un remplacement.

Des développements à venir

Du côté des sous-traitants, ce grand carénage est déjà un acquis… et parfois une question de survie. "La prolongation est une opportunité pour les entreprises françaises de rajeunir l’effectif, de se remettre à niveau techniquement, et de s’appuyer sur un marché national pour se projeter à l’export", lance Philippe Anglaret, le président du Groupe intersyndical de l’industrie nucléaire (Giin). "C’est vital pour renforcer l’emploi, les savoir-faire et effectuer le transfert de compétences entre les générations", explique Didier Kayat, le directeur général de Daher chargé du nucléaire.

"Bénéficier d’un tel marché domestique permet à une société comme la nôtre de maintenir un haut niveau de compétences. Et à l’extérieur, c’est très intéressant de pouvoir se justifier de la légitimité du parc français", assure Stéphane Janneteau, le directeur général de Valinox nucléaire (groupe Vallourec). Le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur le coût du nucléaire n’a pas pris position sur le grand carénage. "C’est un enjeu complexe pour lequel il est impossible de rester dans une position de non-décision, qui est une autorisation implicite", remarque Denis Baupin, député (EELV) de Paris et rapporteur de la commission.

Le grand carénage n’hypothéquera pas de nouveaux développements du nucléaire en France. En 2050, les réacteurs fonctionneront depuis cinquante, soixante, voire soixante-dix ans. La question de leur renouvellement se pose pour maintenir 50 % d’électricité d’origine nucléaire. "Ma conviction est que la France aura besoin de construire de l’ordre de 30 à 35 réacteurs d’ici à la deuxième moitié de ce siècle. Pour cela, il faut d’ores et déjà le planifier. Nous avons intérêt à le faire progressivement", affirme Bernard Bigot.

Maîtiser les coûts, être sûr, veiller sur les sous-traitants

La France ne construira pas de réacteur pour faire plaisir à son industrie. La seule construction en cours est celle de l’EPR à Flamanville (Manche). Un second était prévu à Penly (Seine-Maritime), mais la catastrophe de Fukushima et le changement de majorité lui ont porté un coup fatal. Le grand carénage des centrales et le renouvellement du parc n’en offrent pas moins des perspectives à la filière nucléaire pour, au minimum, deux à trois décennies. Mais cela ne garantit pas, pour les trente années à venir, une électricité aussi bon marché que pendant les trente années passées ! Dans son rapport sur les coûts du nucléaire mis à jour en 2014, la Cour des comptes constate qu’"entre 2010 et 2013, le coût de production de l’électricité nucléaire connaît une forte progression ; il passe de 49,6 euros par MWh à 59,8 euros par MWh en euros courants, soit une augmentation de 21 %". Concrètement, les dépenses d’exploitation augmentent de 11 % pour atteindre plus de 10 milliards. Quant aux investissements sur le parc existant, ils bondissent de 118 % pour atteindre 3,8 milliards (un doublement en trois ans, un triplement en six ans).

Des augmentations qui témoignent du coût important des premiers travaux pour le grand carénage, en particulier le remplacement des grands composants comme les générateurs de vapeur. En sus, planent toujours des incertitudes sur le coût de démantèlement des réacteurs obsolètes et sur l’enfouissement des déchets. Pour rester une filière d’avenir à long terme, le nucléaire devra maîtriser ses coûts, tout en soignant sa sûreté et sa chaîne de sous-traitance. C’est à ce prix qu’il demeurera un avantage pour la compétitivité des entreprises et la balance commerciale de la France.

Ludovic Dupin

Réagir à cet article

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus