Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine de l'Energie

Nucléaire, stop ou encore ?

, , , ,

Publié le

Nucléaire, stop ou encore ?
Alors que l’EPR de Flamanville est retardé d’un an, un rapport en préconise six nouveaux.

Capitaliser sur une industrie du nucléaire ou développer une industrie des énergies renouvelables ? En démissionnant avec fracas le 28 août, Nicolas Hulot a laissé entendre qu’il n’avait pas gagné l’arbitrage en faveur de la deuxième option. Le ministre regrettant de ne pas avoir eu de "réponses qui [le] satisfassent […] sur la programmation pluriannuelle de l’énergie et sur les réacteurs [nucléaires à fermer]". Il a aussi répété que, pour lui, l’atome était "cette folie inutile économiquement, techniquement, dans laquelle on s’entête".

Deux jours plus tard, la fuite d’un rapport classé secret défense sur le maintien des compétences nucléaires en France confirme ses

craintes. Rédigé par un ancien administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Yannick d’Escatha, et un ex-délégué général à l’armement, Laurent Collet-Billon, il propose la construction d’un nouveau parc nucléaire français, avec six nouveaux EPR à partir de 2025. Les lobbies nucléaires sont bien à la manœuvre… La réaction à cette fuite du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, sur Radio Classique, expliquant que "la sagesse recommande déjà d’attendre que l’EPR de Flamanville (Manche) soit achevé avant de prendre des décisions", confirme que la question de construire un nouveau parc nucléaire en France est bien sur la table… Mais qu’elle ne sera pas tranchée dans la prochaine PPE, la programmation pluriannuelle de l’énergie [lire ci-contre]. Une façon pour le ministre de ne pas rouvrir l’indispensable débat de l’avenir du nucléaire en France. Il est pourtant central, qu’on le veuille ou non.

D’un point de vue économique, le nucléaire est "la troisième filière industrielle française" et "représente des centaines de milliers de salariés, d’ouvriers, de compétences, de savoir-faire" produisant une énergie à "un coût compétitif, qui n’émet pas de CO2", a rappelé le ministre de l’Économie. Mais c’est une filière à la peine avec des soucis de savoir-faire et de compétences. Un énième problème de qualité sur les soudures des tuyauteries réalisées par un sous-traitant mal contrôlé a obligé EDF, le 25 juillet, à reculer encore d’un an, à fin 2019, la date de mise en service de l’EPR de Flamanville, avec une nouvelle augmentation de la facture de 400 millions d’euros, qui porte le coût de l’ouvrage à 10,9 milliards d’euros, soit plus de trois fois le devis initial. Nouvelle preuve qu’EDF et Framatome (ex-Areva) ne maîtrisent plus la construction de centrales nucléaires.

L’État à l’heure des choix

L’heure est venue pour la France de décider de continuer ou non à investir dans cette filière du XXe siècle ou de miser sur de nouvelles énergies. Mais à budget contraint, elle ne peut investir de manière significative pour développer des filières industrielles pérennes à la fois dans le nucléaire et dans les énergies renouvelables. Et ce, surtout, dans un contexte où la baisse vertigineuse des coûts de production des énergies renouvelables a transformé, au niveau international, le nucléaire en un marché de niche.

Côté solaire, même si le français Photowatt développe, avec le soutien de Canadian Solar et d’EDF Énergies Nouvelles, des cellules de nouvelle génération, les Chinois trustent la production mondiale des panneaux photovoltaïques. Côté éolien, après les déboires d’Areva et la vente d’Alstom, la France ne compte plus aucun fabricant significatif. Elle aurait en revanche une carte à jouer dans l’éolien flottant en mer. Engie, EDF, Naval Group (ex-DCNS) et même Bouygues investissent dans des projets de fermes pilotes.

Mais pour développer des filières industrielles dans les nouveaux domaines des énergies renouvelables, le soutien de l’État reste nécessaire. C’est ce qu’espérait Naval Group dans le domaine de l’énergie houlomotrice, exploitant les marées. Las, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et l’État ne prévoient dans la prochaine PPE que 100 à 150 MW d’hydroliennes installés en mer d’ici à 2028, soit 50 turbines de 2 MW. Pas assez toutefois pour alimenter la nouvelle usine de Cherbourg (Manche) tout juste inaugurée. Naval Group a ainsi annoncé, fin juillet, mettre fin à ses investissements dans le domaine, fermer l’usine – ouverte un mois plus tôt –, et se recentrer sur l’éolien flottant et l’énergie thermique des mers. Trois industriels restent néanmoins sur les rangs pour développer une filière hydrolienne, Hydroquest, Sabella et Guinard Énergies, aux feuilles de route mieux calibrées à ce marché de niche.

Dans les gaz renouvelables, hydrogène vert en tête, la France a aussi de quoi développer une filière industrielle d’envergure internationale. Là aussi, il faudrait des arbitrages politiques forts en sa faveur pour la soutenir avec des objectifs inscrits dans la PPE. Nicolas Hulot en était un fervent défenseur. Il laisse derrière lui un plan hydrogène pragmatique doté d’objectifs industriels et d’une enveloppe de 100 millions d’euros à l’Ademe. Gaz vecteur de la transition énergétique, l’hydrogène présente aussi des atouts pour le stockage de l’énergie et une mobilité électrique de longues distances Et c’est sans parler du développement de batteries européennes durables alors que là aussi, pour l’instant, la fabrication des cellules est trustée par l’Asie.

Comment concilier écologie et économie

Autant de technologies qui entrent en concurrence avec… le nucléaire et une vision centralisée de la production d’énergie, alors que celle-ci, irrémédiablement, se décentralise. Et que les territoires commencent à comprendre tout le développement économique qu’ils peuvent en tirer. Pour preuve, les contrats de transition écologique sur mesure et proactifs que Sébastien Lecornu, secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire, prépare avec des territoires qui cherchent à dynamiser une région et à anticiper la fermeture d’une centrale nucléaire ou à charbon. S’ils fonctionnent, ces contrats d’un nouveau genre seront à mettre au crédit de Nicolas Hulot et de la méthode de concertation qu’il a insufflé pour concilier écologie et économie. Un "petit pas" qui compte.

PPE, mode d’emploi

La programmation pluriannuelle de l’énergie, la PPE, est l’outil de pilotage de la politique énergétique de la France créé par la loi de Transition énergétique pour la croissance verte votée en 2015. Elle exprime les orientations et priorités d’actions (objectifs intermédiaires de production par type d’énergie, appels à projets, équilibre offre-demande, impacts sociaux économiques, stratégie de recherche…) pour atteindre ses objectifs.

La loi prévoit une révision de la PPE tous les cinq ans. Mais la première PPE, qui porte sur les périodes 2016-2018 et 2019-2023 est revue de manière anticipée pour que les révisions à venir aient lieu en début de mandat d’un président de la République et d’une législature.

Une révision de la PPE doit donc être menée d’ici à fin 2018. Elle portera sur les deux périodes 2018-2023 et 2024-2028. Une ébauche est prévue en octobre.

Elle doit notamment fixer la manière dont sera appliqué l’objectif de ramener à 50 % la part du nucléaire dans le mix électrique français, fixée par la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015.

La nouvelle PPE a fait l’objet d’un débat public national entre février et juin?2018. Le compte rendu rédigé par la Commission nationale du débat public a été publié le 30 août.

 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle