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Nucléaire : "Les drones ne sont pas une menace nouvelle", assure l’IRSN

Ludovic Dupin , , , ,

Publié le

Entretien Michel Brière est directeur général adjoint en charge des questions de défense et de sécurité à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. Il a participé à l’audition parlementaire du lundi 24 novembre sur le thème : "les drones et la sécurité des installations nucléaires". S’il ne minimise pas l’importance de ce phénomène, il assure que le sujet n’est pas nouveau et que les autorités en charge de la sécurité ne sont pas prises au dépourvu.

Nucléaire : Les drones ne sont pas une menace nouvelle, assure l’IRSN © IRSN

L’Usine Nouvelle :  La question des drones est-elle nouvelle pour l’IRSN ?

Michel Brière - Les drones, tels qu’on les voit survoler nos installations nucléaires ces dernières semaines, sont des objets nouveaux qui font irruption sur le marché grand public. Pour autant, cela n’est pas un sujet nouveau au regard des menaces prises en compte par les opérateurs nucléaires. Il faut se souvenir que l’on a déjà eu des survols par différents types d’appareils par le passé. Ce type de risque a été identifié. L’Etat et les opérateurs nucléaires doivent se doter de mesures adaptées pour y faire face.

Un programme de recherche pour intercepter les drones

Un million d’euros. C’est la somme que la France vient de dégager pour initier un programme de recherche sur la détection et l'interception de petits drones. Une décision qui fait bien évidement suite aux survols répétés de sites nucléaires français depuis deux mois. Le secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) a demandé à l'Agence nationale de la recherche (ANR) de prendre en charge ce programme. "Bien que les survols actuellement répertoriés ne présentent pas une menace remettant en cause le bon fonctionnement et la sécurité des installations nucléaires, ils constituent néanmoins une alerte sur les risques potentiels induits par un emploi inapproprié ou malveillant", explique le SGDSN dans un communiqué.

 

La situation actuelle vous paraît-elle préoccupante ?

Selon nos informations concernant les objets qui ont été aperçus, ils ne font pas courir de risques importants en matière de sûreté nucléaire ou de prise d’informations sur le site. Ce dernier point est un problème qui va bien au-delà de la question des drones et qui n’est pas différent de ce que l’on peut trouver dans le domaine satellitaire.

Mais il y a un autre danger qui est à considérer : une tentative de déstabilisation du système électrique. Un acte malveillant ne viserait pas forcément un accident nucléaire. Une centrale nucléaire pourrait être mise temporairement hors service par l’attaque d’une autre zone que le réacteur. Une opération d’envergure sur plusieurs sites, nucléaires ou non, pourrait handicaper un pays.

Greenpeace a remis un rapport, gardé confidentiel, sur les vulnérabilités des réacteurs français. Son auteur, John Large, affirme qu’il y a d’importantes failles dans nos installations nucléaires. Qu’en pensez-vous ?

En ce qui concerne le rapport, il est en cours d’analyse. Lors de l’audition à l’Assemblée Nationale du 24 novembre, il a été envisagé un forum pour en discuter. Concernant ce que dit John Large, je tiens à rappeler que nous travaillons en permanence sur de multiples formes de malveillance. Il y a effectivement cet épisode actuel qui est marquant, mais nous examinons toutes les menaces possibles. Il ne faut pas croire que ces engins surgissent brutalement et que, d’un coup, on ne sait plus quoi faire !

Des solutions semblent être disponibles pour neutraliser les drones (brouilleurs, lasers, snipers…), pourquoi ne sont-elles pas déployées dans nos centrales ?

Les technologies évoluent à toute vitesse, y compris celles des drones. Si l’on parle des objets qui seront offerts cette année comme cadeaux de noël, ils sont certes d’une autonomie limitée mais aussi petits, en plastique et silencieux. Cela les rend très difficile à détecter. Réussir à les repérer pour pouvoir verbaliser les auteurs de vols illégaux est un enjeu important. Mais il est trop tôt pour savoir si les centrales seront équipées de systèmes idoines.

Quid de leur interception ?

La performance d’un système de sécurité n’est pas la performance d’une seule de ses couches. C’est celle de toutes. La première est la criminalisation et la pénalisation. Vient ensuite le renseignement et d’autres encore qui concernent la réglementation. Il peut y avoir une dizaine de couches. La dernière concerne ce qui se passe si quelqu’un a franchi toutes ces barrières avec des intentions malveillantes. Au cas où la menace ne serait pas réduite précocement, il faut alors s’assurer que la sûreté nucléaire d’une installation peut encaisser toute agression. Or, aujourd’hui, dans les médias en particulier, nous avons tendance à ne regarder que l’interception, qui est très emblématique.

Propos recueillis par Ludovic Dupin

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