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L'Usine Matières premières

Nucléaire et pétrole sans énergie

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Face à des baisses d’activité dans le pétrole et le nucléaire, les sous–traitants s’organisent. Ils se diversifient et cherchent à se démarquer.

Nucléaire et pétrole sans énergie
Taquet Industries usine des protoypes d’éoliennes Nenuphar.
© crédit photo

Un marché du nucléaire en pause, une filière pétrolière à l’arrêt. Depuis le début de l’année, les sous-traitants de l’énergie sont dans une position des plus inconfortables. Chez AGS, spécialisé dans la mécanique, à Colombes (Hauts-de-Seine), le carnet de commandes lié au nucléaire s’est brusquement vidé. « Notre chiffre d’affaires dans ce secteur a chuté de 50 % au premier trimestre. Nous n’avons plus de nouvelles commandes et certaines, en cours, ont été reportées à 2016 », constate Marcel Ferreira, le PDG et fondateur de ce groupement de cinq entreprises qui emploie 160 personnes pour un chiffre d’affaires de 24 millions d’euros. À l’exception des activités de maintenance courante, qui correspondent à un marché annuel de 1,7 milliard d’euros, les nouveaux projets tardent à se débloquer. En particulier le grand carénage. Ce vaste chantier, qui vise à faire passer la durée d’exploitation des centrales EDF de quarante à soixante ans, génère un enthousiasme compréhensible chez les fournisseurs du secteur. Entre les équipements à fabriquer et les installations à faire évoluer pour intégrer les nouvelles normes post-Fukushima, il représente un marché de 55 milliards d’euros d’ici à 2025. Les sous-traitants sont dans les starting-blocks, mais le signal de départ se fait attendre.

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) n’a toujours pas rendu son avis, indispensable, sur le grand carénage. Celui-ci n’est pas prévu avant 2016. « EDF avait annoncé, il y a deux ans, des surcharges d’activité, mais nos adhérents n’en ont toujours pas vu la couleur », note Gilles Lecomte, le président de Sotraban, l’association des sous-traitants de Basse-Normandie, et président de la société Hag’Tech. Cependant, EDF a anticipé l’avis de l’ASN et lancé quelques commandes pour certains équipements critiques ou longs à fabriquer, comme les générateurs de vapeur et les groupes diesel ultime secours (DUS). Des commandes qui profitent déjà à quelques industriels comme Industeel, SGCI et Valinox Nucléaire. Les autres marchés restent dans le flou. « Dans le nucléaire, il est difficile de maîtriser les temps, qui sont très liés au temps politique, mais depuis Fukushima, et avec les récentes difficultés d’Areva, nul ne sait dire avec certitude si tel ou tel programme sera lancé dans un, deux ou trois ans », constate Bertrand Gauvain, le délégué général du Pôle nucléaire de Bourgogne.

« Continuer d’innover, même si le secteur est en crise » STÉPHANE DELPIERRE RESPONSABLE DU DÉVELOPPEMENT DU BUSINESS DE FERRY-CAPITAIN

Face à la raréfaction des affaires dans le pétrole, notre démarche commerciale est clairement tournée vers l’international, explique Stéphane Delpierre, le responsable du développement du business du fondeur Ferry-Capitain, implanté à Joinville (Haute- Marne). Nous prospectons partout dans le monde. Mais cela ne suffit pas. Pour conserver notre avance, il faut continuer d’innover même si le secteur est en crise. Un des axes est le développement de nouveaux matériaux. Jusqu’ici, nous nous contentions de répondre aux spécifications des clients, mais aujourd’hui, nous travaillons sur de nouvelles nuances qui anticipent leurs besoins. L’autre axe est la certification : nous sommes en conformité avec les récentes normes Norsok [de l’industrie pétrolière norvégienne, ndlr] et nous avons ouvert notre laboratoire. Nous sommes un des seuls fondeurs agréés Cofrac, ce qui signifie que nous pouvons concevoir, fabriquer puis tester les pièces de nos clients. Cela demande de l’investissement, mais nous avons fait le choix de maintenir nos équipes R & D à tout prix, en étant plus rigoureux sur d’autres dépenses, car nous savons que l’activité finira par repartir.

Plusieurs plans sociaux annoncés

Hasard du calendrier, ce manque de visibilité pour les sous-traitants survient pendant un creux d’activité dans la construction de nouveaux réacteurs EPR. Les chantiers de Flamanville (Manche) et de Taishan (Chine) sont bientôt terminés, alors qu’un accord vient tout juste d’être signé pour le financement de l’EPR de Hinckey Point au Royaume-Uni. « Cette phase compliquée pour l’industrie nucléaire mondiale devrait se poursuivre encore deux ans, et il faudra attendre six à sept ans pour voir un redémarrage structurel du marché », analyse Hervé de Chillaz, le directeur de la division technologies avancées de Daher, spécialiste des vannes et de la logistique dans le nucléaire et le pétrole.

Dans le secteur parapétrolier, la situation est encore plus tendue. « Les opérateurs ont stoppé tous leurs projets de construction de plates-formes, rapporte Thierry Rouaud, chargé des études et des statistiques au GEP-AFTP, le groupement des entreprises parapétrolières et paragazières. Ces décisions ont déjà un impact visible sur l’activité 2015, et la filière entre dans une période dure qui devrait durer au moins jusqu’à mi-2016. » Une nouvelle unité de production offshore est rentable à partir de 70-80 dollars le baril, mais les prix actuels du pétrole, autour des 50 dollars, ont remis en question les projets. « D’ordinaire, nous travaillons chaque mois sur une dizaine de projets de plates-formes mais, en ce moment, cette activité est réduite à deux par mois, sachant que les rares projets qui ont été maintenus font l’objet d’une pression sur les prix », commente Vincent Lagarrigue, responsable commercial et marketing chez Trelleborg Oil & Marine. Implantée à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), cette filiale du groupe suédois Trelleborg fournit les flexibles en caoutchouc et en métal qui servent au transport du pétrole en mer.

Ces baisses d’activités dans le nucléaire et le pétrole ont des conséquences directes sur les ingénieristes et les grands ensembliers de ces secteurs. Les annonces de plans sociaux se sont multipliées depuis le début de l’année. 20 000 suppressions de postes sont prévues chez Schlumberger, 6 000 chez Technip ou chez Areva, 2 000 chez Vallourec. Les fournisseurs de ces grands groupes ont pour l’instant limité la casse. Les sous-traitants du pétrole et du nucléaire ont un point commun : ils ont diversifié leurs activités. « Ils savent que ce sont des marchés cycliques et ont donc su devenir pluridisciplinaires », commente Gilles Lecomte, de Sotraban. Chez Ortec, groupement de sociétés de service industriel implanté à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), qui emploie 10 500 personnes, le chiffre d’affaires de 1 milliard d’euros est réparti à parts égales entre la France et l’international. « Jusqu’ici, notre développement à l’étranger reposait sur la croissance de l’exploration pétrolière, mais comme le secteur est perturbé et que nous voulons conserver cet équilibre entre la France et l’international, nous nous tournons vers des secteurs porteurs comme l’aéronautique, le traitement des déchets et l’environnement », précise André Einaudi, le président du groupe Ortec.

« La crise, source d’opportunités » HERVÉ MAYBON SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE TECHNOGENIA, CHARGÉ DE LA STRATÉGIE ET DU DÉVELOPPEMENT DU BUSINESS

Nous réalisons 80 % de notre activité dans le pétrole et le gaz, et notre chiffre d’affaires dans le secteur diminue, témoigne Hervé Maybon, le secrétaire général, chargé de la stratégie et du développement du business, de Technogenia, PME implantée à Saint-Jorioz (Haute-Savoie) qui fournit des solutions de protection anti-usure pour les outils de forage. Nous oeuvrons dans deux directions. Pour réduire les coûts, nous faisons attention à chaque dépense, et nous avons renoncé à remplacer nos collaborateurs qui s’en vont. Pour augmenter notre volume d’affaires, nous cherchons à nous diversifier en allant prospecter des pays dans lesquels nous ne sommes pas encore présents, en développant de nouveaux produits et en réalisant des études pour d’autres marchés que le pétrole. Nous gardons aussi à l’esprit que la crise peut être une source d’opportunités. Il y aura un éclaircissement du marché qui profitera à ceux qui auront su se diversifier. Enfin, cela obligera le secteur à se poser des questions. Faire des forages au milieu de l’Antarctique pour produire des barils à 90 dollars, ce n’était pas raisonnable. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. La crise aura eu cet intérêt de stopper les investissements à outrance.

Difficulté de recrutement

La diversification s’opère également sur le plan technique, comme chez Gattefin, spécialiste en usinage et mécanique de précision, qui réalise 13 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 100 salariés. « Nous maîtrisons une trentaine de métiers en interne, cela nous permet d’être mieux positionnés en termes de coûts et de délais que si nous faisions appel à d’autres sous-traitants », confirme Dominique Gattefin, le président de cette entreprise installée à Mehun-sur-Yèvre (Cher). Toutefois, être diversifié ne suffit pas. « Il faut aussi être introduit, car quand on s’aperçoit qu’un secteur diminue, c’est qu’il est déjà trop tard, poursuit le dirigeant. Dans l’énergie, cela signifie prendre part à toutes les discussions, rencontrer souvent ses donneurs d’ordres, afin d’être au bon endroit au bon moment, sous peine de voir des contrats nous échapper. »

Plus facile à dire qu’à faire pour de nombreux patrons forcés de réagir dans l’urgence. « Quand on voit son carnet de commandes diminuer, on court partout pour le remplir et on n’a plus forcément le temps de penser stratégie ou développement à l’export », souligne Gilles Lecomte, qui dirige la société Hag’Tech (2,8 millions d’euros de chiffre d’affaires, 35 salariés), spécialiste de l’usinage de grandes dimensions implanté à Beaumont-Hague (Cotentin). À quoi s’ajoute la difficulté du recrutement. Dans l’énergie, il ne suffit pas de former les opérateurs. « Le plus souvent, ceux-ci doivent être certifiés. Puis, le client vient les auditer, cela prend du temps », avertit Marcel Ferreira, chez AGS. C’est pendant cette période difficile que les sous-traitants doivent recruter, en prévision de la reprise des projets.

Comme toujours, il y a ceux qui parviennent à voir la crise comme une opportunité. « Nous profitons de la baisse d’activité dans le pétrole pour aller voir les grands industriels du secteur et leur proposer notre offre de logistique intégrée permettant une optimisation de la chaîne d’approvisionnement, indique Hervé de Chillaz, chez Daher. En cette période difficile, ils sont plus enclins à se transformer et sont plus réceptifs à ces discours portés sur la valeur ajoutée. »

Au final, contrairement à d’autres secteurs qui ont connu des crises comparables, notamment l’automobile, la filière de l’énergie peut compter sur des sous-traitants matures, qui savent depuis longtemps qu’on ne peut survivre avec des contrats peu récurrents et des petites séries de production. Cette crise aura également permis à certains donneurs d’ordre une meilleure prise de conscience des enjeux des sous-traitants. Parmi ces enjeux, la concurrence de plus en plus féroce des sous-traitants étrangers. « Certains sous-traitants ont des compétences que l’on ne veut pas voir disparaître. Ainsi, à l’occasion d’un récent appel d’offres sur le transport, nous avons choisi de privilégier le mieux-disant, en l’occurrence la société béarnaise Perguilhem, car elle avait fait l’effort d’acheter des matériels dédiés et neufs », indique Denis Quessard, le directeur de production France du pétrolier Vermilion.

Enfin, des efforts sont réalisés sur l’accompagnement à l’export. « Nous essayons d’emmener des sous-traitants avec nous, en facilitant les implantations sur nos marchés internationaux, en particulier l’Asie, relate Anne-Marie Choho, la directrice sûreté, sécurité et soutien aux opérations chez Areva. Nous proposons par exemple une offre d’hébergement de nos partenaires dans nos bureaux à Pékin. »

L’éolien, une alternative

Fondeurs, chaudronniers, usineurs, électriciens… Pour ces métiers confrontés à la morosité du pétrole et du nucléaire, l’éolien est un marché d’avenir. En particulier l’éolien offshore. Avoir une expérience des plates-formes pétrolières est un vrai plus pour travailler dans ce secteur, tant les contraintes sont similaires. Si les fabrications en grande série n’ont pas encore démarré, plusieurs industriels travaillent déjà sur des pièces de présérie. Certains voient dans l’éolien une promesse de gros volumes. « Nous faisons de l’usinage pour les prototypes d’éoliennes Nenuphar. À terme, c’est un marché d’au moins un millier de pièces », note Jean-Pierre Tacquet, le président de Tacquet Industries (5,6 millions d’euros de chiffre d’affaires, 44 salariés). Pour d’autres industriels comme Ferry-Capitain, c’est aussi une affaire d’honneur. « Nous nous battons pour que cette production reste en France », affirme Stéphane Delpierre, le responsable du développement du business du fondeur (180 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 1 200 salariés).

Deux filières clés pour la France

  • LE NUCLÉAIRE

- 2 500 entreprises dont 450 entreprises ayant développé un savoir-faire nucléaire spécifique

- 220 000 salariés directs et indirects, soit 1 % des actifs

- 46 milliards d’euros de CA en 2010

- 70 % des entreprises ont une activité à l’export

  • LE PARAPÉTROLIER

- 800 entreprises dont 200 en font leur activité principale

- 65 000 emplois

- 41 milliards d’euros de CA en 2014 (en progression de 6%, contre 12% les années précédentes)

- 45% du chiffre d’affaires réalisés sur des projets offshore

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