Nouveau coup dur pour Matthias Müller, qui tente de réorganiser Volkswagen

En deux jours, deux nouvelles révélations ébranlent le géant de l'automobile. L’une d’elles touche directement Porsche, dont est issu le patron de Volkswagen fraîchement nommé. Pourra-t-il tenir et poursuivre le renouvellement de son Etat-major ?

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Matthias Müller - Crédits Volkswagen

L'information qui devrait cependant gêner le plus Matthias Müller, son successeur, date de la semaine dernière. Le 2 novembre, l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) ouvrait en effet une enquête sur 10 000 nouvelles voitures qui auraient également été trafiquées. Problème : cette enquête porte sur des véhicules de VW, d'Audi mais aussi de Porsche, dont Matthias Müller a été le PDG entre 2010 et 2015.

Le groupe a immédiatement démenti dans un communiqué de presse : "Aucun logiciel n’a été installé sur les moteurs Diesel V6 3 litres, afin de modifier leurs émissions de manière illicite." Le nouveau patron risque-t-il de ne faire qu’un passage éclair à la tête du géant allemand Volkswagen ?

"Ce qui est troublant, c’est que l’agence américaine a fourni des informations vraiment détaillées", s’étonne Ferdinand Dudenhöffer, expert à l’université de Duisbourg. Si la tricherie est avérée, cela risque donc d’accentuer la descente aux enfers du groupe qui peine à mettre en place une véritable stratégie.

"Si même les marques haut de gamme sont concernées, alors cela montre que la gestion de crise chez VW n’est toujours pas bonne", juge Jürgen Pieper, analyste chez Metzler à Francfort.

Pour Dudenhöffer, qui estime que la démission de Müller serait alors inévitable, il faudra aussi "prendre des mesures sérieuses pour restructurer en profondeur l’entreprise, et pas seulement du maquillage".

Stefan Bratzel, spécialiste du secteur automobile, se montre cependant plus réservé : "Il faudra d’abord que sa responsabilité directe soit démontrée."

Mutation ?

Le nouveau patron faisait pourtant figure de successeur providentiel, censé redonner confiance aux clients et aux actionnaires après le départ de Martin Winterkorn. Cheveux gris acier, regard clair, "Mister Cool" comme le surnomme la presse allemande, est un homme du sérail et en connaît tous les rouages.

Entré en apprentissage à 24 ans chez Audi, il a fait toute sa carrière au sein des différentes marques, avant d’être nommé PDG du groupe fin septembre avec pour mission de remettre l’entreprise sur les rails. Cet ingénieur informatique a d’abord promis de faire toute la lumière sur le scandale avec la constitution d’une commission d’enquête interne. Celle-ci vient d’ailleurs de mettre en évidence des "incohérences" sur 800 000 véhicules supplémentaires des marques VW, Skoda, Audi et Seat. Autrement dit, les émissions de CO2 mesurées sont plus élevées que ce qui l’enseigne promet à ses clients. "On peut aussi voir cette nouvelle révélation de manière positive, poursuit Stefan Bratzel. Pour la première fois, elle vient de l’intérieur."

Le signe qu’une mue est en cours ? Müller s’est en tout cas attelé à une refonte complète de la gouvernance. Une gestion trop centralisée, concentrée dans les mains du directoire, serait aussi l’une des explications de cette crise.

Les douze marques vont ainsi être rassemblées en sous-groupes gérés par des patrons qui auront davantage de pouvoirs. Cette décentralisation devrait permettre une plus grande flexibilité. Pour redresser l’entreprise, le PDG s’appuie aussi sur de nouvelles têtes, qui présentent l’avantage de ne pas venir du groupe et qui ne risquent pas d’être compromises.

Nouvelles têtes

Exit donc Michael Horn, chef des opérations aux Etats-Unis qui était en première ligne. A l’inverse, Herbert Diess, nommé président de la marque VW en juillet dernier, fait figure de carte maîtresse. Etranger à l’affaire car débauché de chez BMW, l’homme est connu pour être un cost-killer, ce qui pourrait s’avérer utile pour trouver les ressources nécessaires pour payer la facture astronomique des réparations et des amendes. Cela dit, s’il manque encore d’expérience, il est toutefois vu comme un concurrent direct et sérieux de Müller en cas de succession.

Autre nouvelle tête : Thomas Sedran, ancien responsable pour la stratégie d’Opel, qui reprend chez VW un titre équivalent et qui en réfèrera directement à Müller. Il en va de même pour Christine Hohmann-Dennhardt, ancienne directrice de la conformité et des affaires légales de Daimler, chargée de remonter la crédibilité de VW, notamment dans ses procédures judiciaires.

Cette femme de 65 ans, ancienne ministre de la justice (SPD) de la Hesse et juge à la cour constitutionnelle allemande, jouit d’une réputation et d’un parcours impeccables. A l’inverse, le choix du nouveau chef du conseil de surveillance Hans Dieter Pötsch, nommé le 10 octobre, est critiqué outre-Rhin. Directeur financier de l’entreprise depuis 2003, il n’incarnerait pas suffisamment le renouveau du groupe, d’autant plus qu’il est un proche de Martin Winterkorn.

La R&D durement touchée

Mais c’est le département R&D, directement mis en cause, qui a subi le plus de dégâts. Trois pointures dans l’innovation ont été priées de prendre la porte : Ulrich Hackenberg, chef R&D d’Audi, Wolfgang Hatz, développeur moteur chez Porsche et Heinz-Jakob Neußer, chef du développement chez VW, remplacé par Volkmar Tannenberger jusqu’ici responsable du développement des systèmes électroniques.

Selon les premières révélations, Neußer, pur produit de Porsche et VW, aurait été mis au courant des manipulations illégales du logiciel dès 2011. Des informations qu’il aurait choisi de ne pas relayer. Hatz avait pour sa part commencé en 1983 chez BMW, puis chez Audi et Opel toujours sur les moteurs des voitures de sport. Hackenberg a fait lui toute sa carrière chez Audi avant de passer chez Volkswagen, qui lui doit le développement de sa plateforme modulaire. Malgré cela, on compte peu de personnes pour regretter leur départ.

"Cette crise est en fait une chance pour le département innovation. Cela va permettre de faire les choses différemment d’avant", pointe ainsi du doigt un analyste. "VW est la compagnie qui dépense le plus en R&D dans le monde. Mais pour un résultat équivalent aux autres groupes comme Toyota ou BMW. Où passe donc l’argent ?", s’interroge de son côté Arndt Ellinghorst, analyste financier chez Evercore. Désormais, le département de recherche sera chargé de développer de nouveaux secteurs, comme l’électro-mobilité. Du passé faisons table rase.

A Berlin, Gwénaëlle Deboutte

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