Economie

« Nouveau contrat social » à France Télécom : les deux craintes des syndicats

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France Télécom vient de dévoiler son « nouveau contrat social », annoncé cet été. Alors que cinq nouveaux suicides, entre fin août et début septembre, entachent de nouveau la réputation de l’opérateur, le contrat vise à faire de l’entreprise un cadre agréable de travail. Les syndicats sont loin d’être convaincus.

« Nouveau contrat social » à France Télécom : les deux craintes des syndicats © REUTERS

« Ce nouveau contrat social est destiné à faire de France Télécom-Orange un groupe où il fait bon travailler grâce à une nouvelle vision des Ressources Humaines, un nouveau style de management et des valeurs communes », annonce mardi l’opérateur téléphonique dans un communiqué. Le document d’une quarantaine de pages sera envoyé aux 102 000 salariés français alors que l’entreprise est de nouveau endeuillée par cinq suicides cet été portant à 2" le nombre de morts en 2010.

« Le nouveau modèle social » annoncé par le PDG Stéphane Richard se décline en six points : une politique de l’emploi avec 10 000 CDI promis en trois ans, une organisation du travail axée sur la proximité, une redéfinition de la mission des managers, une amélioration des conditions de travail avec une amélioration des locaux et un « budget convivialité alloué aux managers », et un service RH renforcé. Ces engagements est le « fruit de l’écoute de l’ensemble des salariés et des négociations avec les organisations syndicales », précise le communiqué.

Pourtant, ce contrat est loin de faire l’unanimité auprès des syndicats. « Le nouveau contrat social n’est pas du tout satisfaisant. Il ne répond pas aux attentes des salariés », clame Jean-Jacques Guichou, délégué syndical central de Force ouvrière (FO). « Ce contrat est au pire du bluff, au mieux du réchauffé d’accords syndicaux déjà négociés », ajoute-t-il. « Nous, nous jugerons aux actes. Pour le moment, sur le terrain, il y a un véritable blocage. Ce contrat reste une déclaration d'intention », précise un porte-parole de la CGT. Sébastien Crozier, président de la Confédération syndical des cadres de France Télécom, se veut plus positif: « Ce nouveau contrat social est un choix nécessaire et courageux. Mais ce que les gens attendent c’est un avenir. Et, pour ça il faut avant tout un projet industriel. »

Les syndicats s’inquiètent sur les questions de l'emploi et de l'avenir de l'entreprise :

Création d’emplois

Le « nouveau contrat social » s’engage à « 10 000 recrutements sur des postes en CDI » sur les années 2010-2011-2012. « Entre les départs à la retraite et le temps partiel senior, il n’est pas sûr que cela représente une création d’emploi », souligne Jean-Jacques Guichou, de FO. Pour la CGT, les nouveaux postes se créeront au compte-goutte sans effet sensible sur les conditions de travail au quotidien.

Un porte-parole de France Télécom répond qu’en effet, si le groupe communique sur ces recrutements, le groupe ne peut s'engager que sur « une stabilisation globale des effectifs français à l’horizon 2012 ». Il ne s’agit pas de reconduire chaque poste mais de garder, en France,  une masse salariale égale fin 2010 et fin 2012. En effet, les départs à la retraite représentent 1 000 à 1 500 départs par an. A cela s'ajoute une mesure de temps partiel sénior qui permet aux salariés à trois ans de leur retraite de travailler à mi-temps. Ils ne perçoivent plus que 65% de leur salaire mais l'entreprise continue de cotiser à 100% afin qu'ils ne subissent pas de décôte sur leur pension. Cette mesure, basée sur le volontariat, représente aussi un moins dans la masse salariale.

Manque de projet industriel

« L’entreprise demande 11 milliards de dividendes en 3 ans. Elle ne peut pas investir à cause du montant de ces dividendes. Or nous avons besoin d’investissement pour être crédible dans la fibre optique. Le contrat social est bon mais, sans projet industriel en France, c’est une charrue sans ses bœufs. Aujourd’hui, les salariés attendent de trouver un renouveau, un projet, un avenir. Sans ça le contrat social perd sa force », explique Sébastien Crozier, président de la Confédération syndical des cadres de France Télécom. A la CGT, le même argument est avancé : on privilégie la rémunération du capital, non seulement au travail, mais à l’avenir même de l’entreprise.

Chez France Télécom, la réponse est l’investissement de 2 milliards d’euros sur trois ans en fibre optique, annoncé en février dernier. « Nous déployons la fibre optique dans 6 nouvelles villes de France en ce moment. Nous couvrirons tous les départements à l’horizon 2015. Ce projet est en train de se réaliser », martèle le porte-parole. « En France, nous investissons énormément dans l'avenir: 2 milliards dans la Fibre, 3 milliards par an dans le réseau, l'extension de la couverture 3G, l'investissement à venir dans les licences et fréquences LTE (printemps 2011). En dehors des projets industriels, le Groupe a pris l'engagement d'investir 900 millions d'euros sur 3 ans dans le Nouveau Contrat Social. France Télécom a bien un projet industriel dont ler grandes lignes sont tracées dans le projet d'entreprise "Conquêtes 2015" présenté en juillet dernier par Stéphane Richard », défend le porte-parole.

A titre de comparaison, en 2009, les investissements globaux s’élevaient à 5,3 milliards d’euros et 6,3 milliards en 2008, principalement à destination des pays émergents. L'achat de Meditel à 640 millions d'euros, aujoud'hui, semble présager d'investissements hors de nos frontières.

Morgane Remy

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